TERRITOIRES ET AILLEURS : PRESQUE LA GUERRE

Publié le par shlomo


Huit personnes ont été tuées aujourd’hui lors d'une attaque du Hamas contre des militants du Fatah au point de passage de Karni à la frontière entre Gaza et Israël. D'autres violences ont porté le bilan provisoire des affrontements de la journée à 14 morts.

Au moins 22 personnes ont trouvé la mort au cours des violences des derniers jours. C'est peu de dire que c'est événements menacent la survie du gouvernement d'union formé en mars par le Hamas du Premier ministre Ismaïl Haniyeh et le Fatah du président Mahmoud Abbas.

La dernière fusillade a éclaté lors que des militants du Hamas ont attaqué une base utilisée par le Fatah pour garder le point de passage de Karni, par où transite notamment depuis Israël le carburant devant alimenter la Bande de Gaza.

"Nous considérons cela comme une grave provocation et un crime commis de sang-froid", a déclaré Ahmed al-Kaisi, porte-parole de la Garde présidentielle, affiliée au Fatah.

Plusieurs heures après l'attaque de Karni, un autre membre des services de sécurité partisan du Fatah a été tué par des militants du Hamas à Gaza, selon le Fatah.

Dimanche dernier, des affrontements entre factions palestiniennes avaient lieu en dépit de l'accord de partage du pouvoir passé il y a deux mois et annoncé triomphalement dans la presse internationale qui demandait la levée de l’embargo financier au vu de la merveilleuse entente qui régnait au sein du gouvernement Palestinien.

Même Douste Blazy y avait été de son petit couplet saluant cette heureuse initiative. Mais l'assassinat d'un commandant lié au Fatah et de son garde du corps, attribué au Hamas, a déclenché des batailles de rues et une nouvelle vague d'enlèvements dans les deux camps.

Le Hamas a bien évidemment démenti toute implication dans le meurtre de Baha Abou Jarad, 32 ans, membre des Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa, proches du Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas. Il a été criblé de balles alors qu'il circulait en voiture à Beit Lahiya, ainsi que son garde du corps.

On recense au moins 14 personnes enlevées qui rejoignent ainsi le journaliste de la BBC dont on est sans nouvelles depuis plus d’un mois.

Dimanche, le ministre de l'Information Mustafa Barghouti a exhorté les deux camps à ramener le calme dans leurs rangs. "C'est non seulement l'avenir du gouvernement mais l'avenir de tout le peuple palestinien qui sera mis en danger si ces actes sanglants continuent".

Peine perdue.

Le ministre de l’intérieur a, depuis, donné sa démission, plongeant ainsi un peu plus dans le chaos le territoire.

Mais cette haine entre factions rivales, qui n’étonne que les journalistes peu au fait des enjeux et de l’histoire du Moyen Orient, perdure depuis des années et resurgit, par à-coups, au-delà même des territoires proprement dit. Le 7 mai, deux Palestiniens du mouvement Fatah ont été tués et quatre autres personnes, dont un militant d'un groupe islamiste adverse, ont été blessées dans des accrochages dans un camp de réfugiés palestiniens du sud Liban,

Le 6 mai, des militants palestiniens islamistes, ont fait exploser une bombe près d'une école élémentaire dirigée par les Nations unies à Rafah, dans le sud de la Bande de Gaza, alors qu'une fête se déroulait dans l'établissement.

Des extrémistes musulmans avaient un peu plus tôt protesté devant l'établissement scolaire, mettant en garde les autorités contre la tenue de la manifestation jugée contraire à l'usage musulman. Ils ont aussi essayé d'entrer dans l'école, a déclaré Majed Abou Shamaleh, le dirigeant du Fatah dont le garde a été tué. Il quittait les lieux après la fête lorsque la fusillade a éclaté.

Des officiers de la sécurité palestiniens ont commencé à tirer en l'air pour tenir à distance des militants portant barbe et longue tunique blanche, puis un engin explosif a éclaté, ainsi que d'autres coups de feu. Sept personnes ont été blessées, par des éclats de bombe pour la plupart, selon des responsables médicaux.

La veille, des militants avaient publié un communiqué accusant l'ONU de "détourner le peuple de l'islam" et de "transformer les écoles en boîtes de nuit", a déclaré M. Abou Shamaleh à la radio locale de Gaza. Il est vrai que, dans cette école, les professeurs faisaient écouter aux enfants des chansons occidentales.

Une autre cause

Mais l’explication de ce regain de violence se trouve dans l’application supposée du plan américain qui prévoyait en Juin 2007 une reprise en main par le Président et ses troupes loyalistes de la sécurité. Un plan farouchement combattu par le Hamas et son meneur resté en Syrie, Khaleed Meshaal. "Nous rejetons le plan américain et nous ferons en sorte qu'il échoue par tous les moyens", a déclaré Faouzi Baroum, porte-parole du Hamas à Gaza.

Méchaal avait déclaré lors d'un rassemblement à Damas: "Je déclare officiellement le rejet par le Hamas de ce document ou de tout projet américain, européen, israélien et même arabe qui affaiblit ainsi la cause palestinienne (...).

Un site internet favorable au Hamas cite des propos tenus par Méchaal: "Nous devons garder le doigt sur la gâchette et nous préparer au combat."

C’était dimanche dernier. Méshaal a tenu parole, bien à l’abri dans son bunker syrien. Les Palestiniens s’entretuent aujourd’hui avec une violence sans équivalent depuis plusieurs mois.

Il se trouvera toujours des analystes inspirés pour attribuer la responsabilité des tueries à Israël.

Depuis ce soir, l’ordre islamiste règne à Gaza. Des hommes cagoulés contrôlent les rues, terrifiant les habitants calfeutrés chez eux. Tard ce soir, une petite fille de dix ans a été prise dans les échanges de tirs et grièvement blessée à la tête, selon les secours palestiniens.

Une internationalisation du conflit

Alors que l’étau se resserre autour de la Syrie et qu’un tribunal international est sur le point d’être réuni contre les assassins présumés d’Hariri, les menaces contre la communauté internationale s’intensifient.

Le chaos dans la bande de Gaza et un mouvement proche du Hamas, Les «Brigades Abou Hafs al-Masri», un groupe qui se réclame d'Al-Qaeda, qui menace de mener «une campagne jihadiste sanglante» en France après l'élection du «sioniste» Nicolas Sarkozy à la présidence.

«Maintenant que vous avez choisi Sarkozy, le croisé et le sioniste assoiffé du sang des enfants, des femmes et des vieillards musulmans (...), nous vous avertissons que les prochains jours verront une campagne jihadiste sanglante et une guerre sans merci dans la capitale de Sarkozy», écrit le groupe dans un «message au peuple français», signé «Brigades Abou Hafs Al-Masri - Division Europe».

Les «Brigades Abou Hafs al-Masri» avaient revendiqué les attentats de Londres (7 juillet 2005), de Madrid (11 mars 2004) ainsi que le double attentat d'Istanbul (novembre 2003).

Ce groupe avait également menacé l'Europe d'attentats en août 2004. Les pays européens avaient alors été sommés de cesser d'«agresser les musulmans et de s'immiscer dans leurs affaires intérieures», en échange de «la paix».

Le nom des «Brigades Abou Hafs al-Masri» correspond à celui d'un chef d'Al-Qaeda qui avait combattu en Afghanistan jusqu'à sa mort en octobre 2001.

Bien évidemment, nos penseurs internationaux affirmeront que rien n’est lié. Mais à chaque fois que la justice approche d’un peu trop près le régime syrien, des tensions internationales surviennent, par Palestiniens ou Djihadistes interposés.

Si les attentats surviennent en France malgré les dispositifs de sécurité, que ce soit par ce groupe fantômatique ou par le GSPC-Al Qaïda Maghreb & Inc, il s’en trouvera toujours pour expliquer que cela est certainement du à l’humiliation dont sont victimes les Musulmans depuis des décennies.

Car c’est être humilié que de constater que l’Occident ne se convertit pas immédiatement à la religion de paix, d’amour et de concorde du Prophète.

Tant que l’Islam sera représenté, au Moyen Orient ou ailleurs, par des abrutis de cet acabit, l’Alliance entre civilisations restera un songe creux.

En attendant, des hommes, des femmes, des enfants innocents, des journalistes et des membres d’ONG souffriront. Mais c’est peut-être ainsi qu’Allah est grand.

© Primo, 16 Mai 2007.

Publié dans MONDE ARABO-MUSULMAN

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