MORT HORRIBLE D'UNE JEUNE FILLE IRAQIENNE

Publié le par shlomo


Tina Susman
Une jeune fille massacrée par la populace illustre l’intolérance religieuse qui envahit la nation. Sur la page originale du "Chicago Tribune", figure une vidéo du lynchage. Attention, les images sont extrêmement perturbantes. (Menahem Macina).
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22 mai 2007

 

The Chicago Tribune

 

Article original anglais "Iraqi girl’s horrific death".

 

 

Traduction française : Menahem Macina

 

 

Baghdad - La vidéo est de mauvaise qualité mais la brutalité est évidente.

 

Une mince jeune fille à la chevelure noire est traînée par la tête au milieu d’une populace vociférante. En quelques secondes elle est à terre, en position fœtale, tentant vainement de protéger sa tête d’une pluie de pierres.

 

Quelqu’un lance violemment un bloc de béton à l’arrière de sa tête. Une rivière de sang s’écoule de sous ses cheveux longs en désordre. La jeune fille cesse de bouger, mais les pierres continuent de tomber, en même temps que les cris de victoire des hommes qui les jettent.

 

Aux yeux de beaucoup de membres de sa communauté du nord de l’Iraq, le crime de Duaa Khalil Aswad, 17 ans, était d’aimer un garçon ayant une autre religion. Elle était membre de la secte religieuse marginale des Yazidi, et lui, un musulman sunnite. Pour l’oncle et les cousins d’Aswad, c’était une raison suffisante pour la mettre à mort, le mois dernier, dans le village de Bashiqa.

 

Des groupes de femmes disent que la vidéo montre le glissement vers l’arriération tandis que l’intolérance ethnique et religieuse se renforce.

 

« Il y a un nouveau contrôle Taliban de la vie des femmes en Iraq », affirme Hanaa Edwar, une activiste de l’association de femmes iraqiennes, Al-Amal, une organisation non gouvernementale de Baghdad. « Je pense, sans le moindre doute, que cette histoire se répétera. Je crois que si la sécurité n’est pas assurée, de telles choses deviendront très fréquentes. »

 

Le cas a des dimensions beaucoup plus larges en Iraq, où la colère qui en découle montre la discorde ethnique, religieuse et sectaire qui affecte virtuellement tous les problèmes, même le meurtre d’une jeune fille.

 

Cette colère a été alimentée par la diffusion d’images-vidéo prises avec un téléphone portable, qui figurent sur Internet et qui ont été le centre d’un reportage de CNN, durant le week-end.

 

Les Kurdes, dont font partie les Yazidis, soupçonnent les Arabes sunnites de répandre ces images effroyables pour alimenter la colère contre les Yazidis et ébranler la communauté kurde, qui bénéficie d’un certain degré d’autonomie au nord de l’Iraq et qui en désire davantage.

 

« Il semble qu’ils essaient de gonfler l’événement dans des buts politiques », affirme Mohsen Gargari, membre du parlement kurde.

 

Dans une interview, lui et deux autres parlementaires kurdes ont condamné le meurtre de Aswad. Mais ils ont fait remarquer qu’en février, une femme sunnite avait été tuée par des membres de sa famille pour avoir eu une relation avec un Yazidi. « Personne n’en a parlé. Personne n’a filmé la scène, ou n’en a fait grand cas », dit-il.

 

 

ONU : Les crimes d’honneur sont en hausse

 

Dans un rapport publié le mois dernier, les Nations unies affirment que les crimes d’honneur (meurtres de femmes) sont en hausse en Iraq. Selon le rapport, rien qu’en janvier et février, au moins 40 femmes ont été tuées pour une prétendue « conduite immorale », allant d’un voyage en voiture avec un homme qui n’est pas de sa parenté, jusqu’à un adultère.

 

Contrairement à la mort d’Aswad, aucun de ces crimes d’honneur n’a entraîné des représailles.

 

Deux semaines après la lapidation du 7 avril, des hommes armés ont extrait d’un bus 20 passagers Yazidi, au nord de la ville de Mossoul, à environ 20 miles au sud de Bashiqa, les ont mis en ligne devant un mur et les ont abattus. Le jour suivant, un groupe sunnite insurgé, lié à Al-Qaeda, a revendiqué la responsabilité de l’explosion d’un car, visant les bureaux d’un parti politique kurde dans le nord de l’Iraq, affirmant que c’était pour venger la mort d’Aswad.

 

« Nous prévoyons davantage de violence, mais nous avons déjà payé le prix », dit Mahama Shangali, membre Yazidi du Parlement.

 

Shangali affirme que trois de ses cousins ont été tués récemment à Mossoul, qui compte une importante communauté Yazidi. Edan Ashaik, un Yazidi vivant à Mossoul déclare que, le mois passé, des membres de la secte ont été avertis par des Arabes d’avoir à quitter la ville. Des étudiants d’un collège Yazidi ont fui l’université de cette ville par peur d’être attaqués.

 

« Je dois recommencer mes cours l’année prochaine, ou bien me déguiser pour aller passer mes examens », dit Amal Jibor, jeune fille de 23 ans qui voudrait acquérir ses grades universitaires, et affirme qu’elle et sa famille ont quitté Mossoul et vivent avec des parents dans une maison trop étroite à Bashiqa. Jibor précise que la plupart des Yazidis s’opposent à la mort par lapidation, mais elle se fait l’écho de l’opinion des politiciens, selon laquelle l’affaire a été exploitée.

 

« C’était un problème ordinaire, mais il a été exploité et transformé en une cause politique », dit Jibor.

 

Shangali et beaucoup de Yazidis, ainsi que des Kurdes non-Yazidis, sont convaincus que la diffusion de la vidéo fait partie d’un complot pour diviser la communauté kurde du nord de l’Iraq. Ils affirment que cela va retarder la possibilité que les Kurdes procèdent à un référendum prévu pour cette année sur l’autonomie pour quelques régions du nord, incluant la ville de Kirkouk et des terres contestées en bordure de la région semi-autonome du Kurdistan. Les Arabes sunnites sont hostiles à l’autonomie kurde et s’opposent à la tenue du référendum.

 

« Pour empêcher qu’il ait lieu, ils ont utilisé cela [le lynchage de la jeune fille] pour constituer une opposition unie aux Yazidis », dit Shangali. Quand on lui demande qui se cache sous ce "ils", Shangali cite les partisans intransigeants de l’ancien dirigeant iraqien, Saddam Hussein, un Arabe sunnite dont la campagne pour "arabiser" la majeure partie du nord de l’Iraq a mené au déplacement de centaines de milliers de Kurdes.

 

 

Les représailles attirent davantage l’attention

 

Les récits de ce qui est arrivé à Aswad varient, mais certaines choses son claires. Elle a noué une relation avec un jeune Arabe sunnite. Dans un effort pour séparer le couple et apparemment pour protéger Aswad de la rage de son oncle et de ses cousins, son père l’a emmenée chez un clerc à Bashiqa. Aswad est restée là une semaine, jusqu’au 7 avril, quand son oncle et au moins deux de ses cousins ont enlevé la fille.

 

Un membre de la famille qui ne veut pas qu’on l’identifie affirme que le père de Duaa Aswad, Khaleel Aswad, a essayé d’empêcher le meurtre et a accusé son frère, Saleem Aswad, de l’avoir organisé. Le général Wathiq Hamdani, de la police locale, affirme que Saleem Aswad fait partie des personnes recherchées en relation avec la lapidation.

 

Le récit de la lapidation n’a encore reçu que peu d’attention en Iraq. La nouvelle du meurtre des hommes Yazidis, deux semaines plus tard, apparemment en représailles pour la mort de Duaa Aswad, ont davantage attiré l’attention des médias locaux. Des femmes iraqiennes disent que c’est le signe de l’obsession du pays concernant les implications sectaires et politiques de la violence, aux dépens de la préoccupation pour les droits des femmes, et particulièrement de la mort d’une jeune fille.

 

« Je suis vraiment désolée que nous en soyons venus à traiter les problèmes de cette manière », déclare Ghazan Alyas, une enseignante yazidi vivant à Bashiqa.

 

« Il y en a qui disent que des forces extérieures sont à l’origine de ce qui s’est passé », dit-elle, se référant aux accusations d’ingérence arabe. « Mais je pense que c’est une illusion. La pensée qu’un tiers soit impliqué dans ce qui est arrivé n’est qu’un moyen de nous exonérer, nous et notre culture ignorante, de nos responsabilités.

 

 

Tina Susman

 

© The Chicago Tribune

 

Mis en ligne le 22 mai 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org

Publié dans ISLAM

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