LES DEUX ISLAMS

Publié le par shlomo

Attentats: les deux islams Imprimer Envoyer à un ami
Par Ivan Rioufol   
6 juillet 2007
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LE FIGARO — Les trois attentats déjoués en Grande-Bretagne, qui mettent en cause des médecins étrangers, rappellent le défi posé aux sociétés occidentales: se défendre contre les attaques islamistes lancées au nom du Coran, tout en évitant d'incriminer la religion et ses pratiquants. L'issue tragique, espérée des djihadistes, serait d'inciter la majorité des musulmans d'Europe à s'exclure de la démocratie et de la modernité. Encore faut-il, préalablement, accepter de regarder des réalités en face.

Qu'on l'admette ou non, l'islam est en guerre. Cela fait 1375 ans que cela dure. Son expansion a commencé dès 632, à la mort de Mahomet, et n'a jamais connu de répit, comme le rappelle Jean-Paul Roux, historien de l'islam, dans un livre passionnant (Un choc de religions, Fayard). Le monde chrétien aussi a pu être violent. Mais il n'a réussi à rechristianiser que l'Espagne, la Sicile et la Crimée. Il perd du terrain. C'est sur ce fond historique qu'il faut replacer les attentats, dont celui du Yémen, lundi, qui a tué six Espagnols. La France, malgré sa politique arabe, est aussi une cible. Or cette obsession de la conquête est occultée. Les commentaires préfèrent parler du sentiment d'humiliation qui pousserait les radicaux. Quand le djihad est mentionné, c'est pour lui trouver des excuses. Ces endormissements sont déjà des redditions.

Et voilà ce que l'on ne veut pas entendre: l'amour n'est cité qu'une fois dans le Coran, alors qu'il compte quelque deux cent cinquante versets qui exaltent la guerre sainte. Les fondamentalistes qui ont oeuvré en Grande-Bretagne sont les héritiers de cette lecture littérale. Elle n'est pas “la religion de paix et de tolérance” pratiquée par la majorité des musulmans installés en Europe.

Oui, il y a place pour deux islams. Mais il faut soulever un faux-semblant: si le théologien Tariq Ramadan a su se faire passer, auprès des naïfs, pour un modéré plaidant pour un islam européen, Jean-Paul Roux rappelle, parlant des deux civilisations: “Elles sont trop différentes pour se fondre l'une dans l'autre”. En réalité, ce sont les musulmans laïcs, qui gardent leur religion pour eux et qui se plient aux règles communes, qu'il faut encourager. Pour cela, la nation ne doit rien céder de ses valeurs. La France a-t-elle encore cette autorité?

Les deux options

La France ne se résoudra pas à voir le Liban glisser vers la guerre civile”, a prévenu François Fillon, mardi, lors de son discours de politique générale. Mais c'est un processus de libanisation, c'est-à-dire d'éclatement des communautés, que pourrait connaître le pays avant la fin du siècle, si la nation se révélait incapable de faire respecter sa langue, son mode de vie, son peuple. Le Liban se disloque à cause d'un État vulnérable à la pression islamiste. L'enjeu pour la France mériterait une prise de conscience qui tarde à s'exprimer.

Certes, parlant de “fermeté” et d'“autorité” pour évoquer les valeurs républicaines, le premier ministre a utilisé les mots nécessaires au respect d'un socle commun, qu'il faudrait d'ailleurs définir. Mais la République cède quand elle permet le port du voile lors des naturalisations en préfecture. Elle cède lorsque personne ne réagit à Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République, qualifiant sur France 3 les Français de souche de “souchiens” (on peut entendre “sous-chiens”).

Le problème identitaire, soulevé par Nicolas Sarkozy, reste entier. Quand François Fillon rappelle que l'identité nationale est “fondée sur le droit du sol”, il ne veut pas voir que cette nationalité automatique est parfois vécue comme une violence (bloc-notes du 8 juin). Quand Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration, explique qu'il faudra maîtriser le français en préalable à tout regroupement familial, il ne peut ignorer que les immigrés d'Afrique et du Maghreb ont déjà, généralement, cette pratique de la langue.

La nation est à la croisée des chemins. Un choix reste à faire, entre deux modèles de société. Le discours dominant, qui fait l'apologie de la diversité et du respect des différences, pousse à un multiculturalisme qui est une menace pour la cohésion nationale. L'autre voie, esquissée par Fillon quand il rappelle “l'universalité française”, consiste à imposer les valeurs non négociables sur lesquelles s'est construit l'Etat-nation. Actuellement, ces deux options s'entremêlent. Une clarification s'impose.


Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro, est Senior Fellow à l'Atlantis Institute

Publié dans ISLAM

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