LIBAN : LA PAIX DE SAINT CLOUD

Publié le par shlomo


Du 14 au 16 juillet, la France parie sur l’avenir du Liban. Tous les mouvements y seront représentés. Si tout se passe bien... Car certains mouvements hésiteraient à venir. Pourtant, la diplomatie française a mis les petits plats dans les grands.

D’après les dernières nouvelles, la France renoncerait à qualifier le Hezbollah de "mouvement terroriste". Le pragmatisme sarkozien a encore joué. Kouchner avait déjà donné des signes allant en ce sens.

La France, et c’est bien le moins, mettra la pression sur le Hezbollah lors de discussions à Paris pour qu’il renonce à l’utilisation de ce qu’elle a qualifié de « terrorisme » et pour qu’il devienne un fort courant politique libanais, a déclaré le porte-parole du président Nicolas Sarkozy.

Le Hezbollah n’est donc pas un mouvement terroriste mais il pratique le terrorisme. Dont acte !

La nuance est de taille, on le voit, même s’il n’est pas certain que cette nuance réjouisse les victimes du Hezbollah, les Libanais eux-mêmes et quelques centaines de familles de victimes françaises et israéliennes.

Il faut se souvenir des journalistes français retenus en otage durant plus d’une année, les parachutistes de l’immeuble Drakkar à Beyrouth.

Le Hezbollah n’est pas intimidé

Le mouvement chiite a minimisé les propos tenus lundi par Nicolas Sarkozy, estimant qu'ils avaient pour but de "satisfaire le lobby sioniste".

"Le parti n'a pas encore pris position sur les déclarations venues de Paris", déclare dans le quotidien An-Nahar de mardi Mohammed Fneich, un des ministres démissionnaires du Hezbollah, qui doit représenter le parti à la réunion de Paris.

D’autres médias pro-Hezbollah remettent aujourd’hui en cause la participation du Hezbollah à cette réunion. C’est le journal Al-Akhbar qui le révèle, citant une source au sein du parti.

"Sarkozy fait exploser la rencontre de Paris en décrivant le Hezbollah comme terroriste", titrait quant à lui le journal d'opposition Ad-Diyar.

Mais, aprés ces rodomontades de principe, nul doute qu'ils viendront à Paris, comme les autres, tant leur besoin est grand d'exister sur le plan international, surtout après les évènements de Nahr el Bared durant lesquels un obscur mouvement Palestinien est venu leur voler la vedette et le titre envié de "résistant en chef".

Nabih Berry, quant à lui, a estimé qu’il y avait lieu de s’entourer d’un climat d’optimisme, précisant que, parfois, il est nécessaire que la situation s’aggrave jusqu’à un certain point pour que des solutions pointent à l’horizon (cité par l'Orient Le Jour). La aussi, les victimes libanaises causées par l’agression du Hezbollah contre Israël à l’été 2006 apprécieront.

Pour éclairer un peu sur ce personnage, il faut savoir qu’il est le chef du mouvement chiite Amal et pro-syrien convaincu.

En Avril 2006, Nabih Berry avait été reçu par Mahmoud Ahmadinejad en marge du 3ème Congrès parlementaire de soutien au peuple palestinien qui se déroulait dans la capitale iranienne.

Ce triste sire, empreint d’une gloire finissante, a sermonné l’ambassadeur de France, Bernard Emié, qui avait osé dire que le gouvernement Siniora était légitime : "J’avais cru comprendre que le peuple français avait élu Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Je ne savais pas qu’il avait élu un ambassadeur comme président pour planifier la politique de la France dans le cadre du nouveau mandat. La position partiale de l’ambassadeur Émié est, dans le meilleur des cas, dirigée contre le dialogue qui va se tenir à La Celle-Saint-Cloud à la fin de la semaine", a-t-il ironisé.

C’est dire combien la tâche de Bernard Kouchner et de Nicolas Sarkozy sera difficile du 14 au 16 juillet.

La bonne question

"Si le Hezbollah est un mouvement terroriste, pourquoi a-t-il été invité à participer ?" a lâché un responsable du Hezbollah.

Alors que les Etats-Unis ont placé ce mouvement sur leur liste des "organisations terroristes", l'Union Européenne s'est toujours refusé à le faire. Au nom de la concorde et avec l’espoir d’une réussite de cette réunion de Saint Cloud, la France s'aligne pour l'instant sur la position européenne.

L'ancien Premier ministre Lionel Jospin en fit l'amère expérience. Il avait été proprement caillassé après avoir qualifier le Hezbollah de mouvement terroriste devant les étudiants palestiniens de l'université de Birzeit, en Cisjordanie.

Il en garda un fâcheux souvenir sur le haut du crane et fut vertement réprimandé par Chirac pour cet écart de langage. Cela nuira profondément à son image de présidentiable potentiel.

Si la seule capacité de nuisance du Hezbollah consiste à nuire à l’image d’un ministre français, c’est certes vexant.

Mais ce mouvement ne s’arrêtera pas là. L’inviter à Paris et lui faire honneur ne le calmera pas. Il en ressortira au contraire ragaillardi.

Et cela risque d’avoir des conséquences incalculables sur l’avenir du Liban.

La France joue gros à Saint Cloud. Parfois le culot paye. Dans le cas contraire, le peuple Libanais paiera la facture. Et elle risque d’être salée.

Les bruits de guerre se font persistants. Le Hezbollah, seule milice libanaise à avoir conservé son armement généreusement fourni par la Syrie et l’Iran malgré les dénégations de ces deux pays et les affirmations de la FINUL, endort la conscience internationale pour frapper à nouveau cet été.

Devinez quel est le pays visé par le Hezbollah ? Ceux qui répondront "la Papouasie occidentale" n'auront pas le droit de revenir en deuxième semaine.

Pierre Lefebvre © Primo, 10 Juillet 2007

Publié dans MONDE ARABO-MUSULMAN

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article