DEUX POIDS , DEUX MESURES

Publié le par shlomo

 

Près de deux mois après le début des combats entre l'armée libanaise et une milice islamiste palestinienne dans le camp de Nahr al-Bared, qui ont fait au moins 220 morts (dont 100 militaires libanais et 80 combattants islamistes), il vaut la peine de s'intéresser à la perception de cet événement.

La prise d'un secteur urbain fortifié de façon progressive est certainement l'une des opérations militaires offensives les plus difficiles qui soient. Les pertes très élevées subies par l'armée libanaise, certes peu entraînée à ce type d'engagement, en témoignent. Pourtant, ce n'est pas faute d'employer des moyens lourds : un feu indirect soutenu, avec entre 5 et 10 obus d'artillerie par minute dans le camp, un feu direct également important avec des chars de combat et des pièces antichars, des véhicules blindés transporteurs de troupes, ont tous contribué à des destructions considérables. Sans que les combattants islamistes ne soient pour autant contraints de cesser le combat, mais aussi sans que le Gouvernement libanais perde sa liberté d'action sous la pression internationale.

Cet investissement d'un camp de réfugiés palestiniens occupé par des combattants rappelle en effet celui d'un autre camp, à Jénine, lors de l'opération israélienne "Bouclier Défensif" au printemps 2002. A l'époque, une partie des médias avait repris les cris au massacre de Jénine, une grossière manipulation visant à qualifer de génocidaire une opération militaire au contraire précise et ciblée qui ne fera que 79 morts, dont 23 soldats israéiens et une majorité de combattants palestiniens. La pression médiatique sera d'ailleurs suffisante pour que l'ONU décide de former une commission d'enquête afin de vérifier les accusations de massacre, qui mettront environ un mois avant d'être entièrement démenties. D'autres démarches similaires ont également eu lieu ces dernières à propos d'autres opérations offensives israéliennes.

Rien de tout cela ne se produit aujourd'hui au Liban : la destruction même partielle d'un camp de réfugiés palestiniens par l'armée libanaise, avec son fardeau inévitable de dommages collatéraux, n'éveille pas la moindre accusation de force disproportionnée ou de génocide délibéré. Pourtant, les Israéliens n'ont pas employé d'artillerie à Jénine, au contraire des Libanais à Nahr al-Bared, une arme qui offre une précision très douteuse en milieu urbain non seulement par l'absence de munition guidée, mais également par ses trajectoires peu adaptées. Il n'est donc pas difficile d'en conclure que l'on assiste là à un bel exemple de ce traitement partiel et partial qui entache souvent la production médiatique, et que ce dernier serait bien différent si les forces attaquantes étaient israéliennes ou américaines. J'en veux d'ailleurs pour preuve que les Palestiniens n'ont guère tenté de mobiliser l'opinion publique occidentale à coups de manipulations médiatiques, contrairement à une pratique éprouvée.

Deux poids, deux mesures, et une leçon : laisser faire le sale travail à des forces locales, que ce soit au Liban, au Pakistan, en Somalie ou en Irak, est un avantage énorme pour les armées occidentales et leur redonne la liberté d'action perdue par la perception biaisée de leurs propres médias.

Posté par Ludovic Monnerat à 18:19 | Commentaires (6) | Pisteur (0)

Publié dans TERRORISME

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