UN SOURIRE ASSASSIN

Publié le par shlomo

C’est dans le New York Times qu’on a pu lire la critique du film « Hot House », un documentaire consacré aux prisonniers palestiniens détenus dans les quartiers de haute sécurité des prisons israéliennes.

L’article est illustré par la photo d’une jeune femme souriante.

Ce documentaire a été acheté par de grands médias européens. Chez nous, Arte l’a déjà diffusé en 2006.

Mais personne ne dit qui est la jeune femme radieuse dont l’image accompagne la promotion du film. De quoi est fait son bonheur apparent ? On savait que certains jeunes Palestiniens se faisaient volontairement arrêter pour bénéficier des facilités accordées aux prisonniers de droit commun : études, sécurité sociale, suivi psychologique…

Mais les quartiers de haute sécurité ne justifient certainement pas un sourire aussi épanoui.

Non seulement épanoui, mais sympathique. Voilà une petite jeune fille à qui l’on donnerait le bon dieu sans confession ! Et puisqu’il s’agit d’une détenue, cette sympathie bénéficie a priori à l’ensemble des prisonniers qui peuplent, comme elle, les prisons de l’Etat hébreu.

Rien d’étonnant à ce que les Israéliens embastillent une jeune femme au sourire si franc : nos médias nous les montrent depuis bientôt 7 ans sous l’aspect de barbares sans scrupule. Face à eux, ce sourire illustre bien un peuple courageux et fier de sa cause.

Toute autre, la réalité

Mais cette jeune et frêle prisonnière au sourire si angélique que des sites français de soutien aux Palestiniens la qualifient de « Martyre » n’est pas seulement un symbole. C’est aussi une meurtrière de sang froid.

Les faits : le 9 août 2001, un habitant du village d'Aqaba, au nord de Tulkarem, Al-Masri de Shuheil, fils d’un riche propriétaire terrien, pénètre dans un restaurant bondé à Jérusalem.

Il s’agit de la pizzéria Sbarro. Il actionne le dispositif de la bombe qu’il porte : 15 civils israéliens sont tués et plus de 130 blessés dont plusieurs mutilés. L'attaque terroriste a été coordonnée et projetée par le Hamas à Ramallah. Six semaines plus tard, une exposition triomphale est inaugurée à l'université d’Al Najah, la plus importante de Cisjordanie, en présence de nombreux officiels palestiniens.

Cette exposition comporte une maquette grandeur nature du restaurant Sbarro. On y voit des restes de pizza et la reconstitution en plastique des morceaux de corps sanguinolents suspendus du plafond.

La charge explosive a été fabriquée par Abdallah Jamal Barghouti, l’« ingénieur » en chef du Hamas en Judée. La bombe, qui contenait des vis et des clous pour en augmenter l’effet dévastateur, a été assemblée à l'intérieur de l’étui de guitare qu'Al-Masri a portée.


A côté du téléphone de Keren, un clou et une agrafe en métal contenues dans la bombe

À son procès, des preuves ont été produites qui montrent que Marwan Barghouti – le plus célèbre prisonnier palestinien en Israël, un temps pressenti pour être candidat à la présidence – a payé Abdallah Barghouti la somme de 500 dollars US pour la fabrication de cette bombe.

L’organisatrice de cette tuerie est Al-Tamimi d'Ahlam « Aref Ahmad », également connue sous le nom d'Ahlam Tamimi. C’est elle qui sourit si largement sur la photo illustrant le film.

Tamimi a tout planifié, le jour, l’heure et le trajet du candidat au suicide. La bombe cachée dans l’étui de guitare, elle se dirige avec Al Masri vers une station de taxi dans Ramallah. Le taxi les conduit à Jérusalem. Tamimi, qui se faisait passer pour une journaliste, portait un appareil-photo et un laissez-passer en anglais.

Elle a été arrêtée quelques semaines après l’attentat, le 14 septembre 2001. Elle était la première femme à avoir été recrutée par le Hamas, les Brigades Izzadine El-Qassam. Elle n'a jamais exprimé le moindre regret, voire remord, pour son action.

Barghouti lui-même a plaidé coupable. Il a affirmé à la Cour qu'il « a agi pour tuer autant d'Israéliens que possible ».

Interviewé en avril 2006 dans l'émission télévisée de la CBS « 60 minutes », il a indiqué que son seul regret concernant le massacre du Sbarro est qu’il n’y ait pas eu plus de morts.

Ahlam Tamimi, la femme au sourire, persiste elle aussi du fond de sa prison. « Je ne m’excuse pas pour ce que j’ai fait. Nous serons libres un jour et alors je sortirai de cette prison ».

Qui produit ce documentaire ?

HBO est une société de production dont le catalogue compte quelques fictions de renommée mondiale : « Sex and the city », ou « Les Soprano », qui met en scène un gangster froid et touchant, rempli de doutes métaphysiques.

HBO a des impératifs marketing légitimes et elle a parié sur l’image du sourire d’une femme derrière les barreaux israéliens pour faire vendre son documentaire.

Ce documentaire Hot house (en français « Le temps des prisonniers ») a obtenu plusieurs récompenses. Une mention spéciale au festival 2006 du film de Jérusalem, un Special Award au festival du film 2007 de Sundance. Il est aussi au programme du Festival du film des Droits de l’Homme 2007 et sera en compétition au Festival du Film de Chicago.

En France, il est possible de se procurer ce documentaire en DVD en l’achetant auprès de la société MEMENTO qui diffuse en priorité les films d’Eyal Sivan, le fameux auteur de « Route 181 ».

Ce qui est un peu normal puisque Sivan est l’un des fondateurs de Memento. On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Son cousin Rony Brauman, l’ancien président de Médecins sans frontières, en est également actionnaire.

Le sourire de Keren

Certes, le documentaire concerne les prisonniers, pas leurs victimes. Pour autant, lorsqu’on filme des détenus, on évoque toujours le délit à l’origine de leur détention. Toujours. Pas là. Ni HBO ni le New York Times ne se sont intéressés aux victimes de ces atrocités.

Primo vous incite à le faire à leur place. Vous pouvez visiter le site consacré à l’une des victimes de cette tuerie du 9 Août 2001, Keren Malki.

Elle ne pourra plus jamais sourire. Elle avait 15 ans et venait simplement manger une pizza avant d’aller à son cours de musique.

Certains sourires sont synonymes de mort. Le sourire du Hamas, qui n’est pas sans évoquer celui d’Hitler contemplant la construction d’Auschwitz, fait froid dans le dos.

Le sourire de Keren, lui, fait vivre et revivre.

Il permet également de se souvenir que les prisonniers palestiniens en Israël ne sont pas que des héros sympathiques et des « résistants » au grand cœur. Parmi ces prisonniers, il y a, de surcroît, un certain nombre d’adolescents, ce qui doit poser problème à toute conscience éclairée. Et qui pose problème aux Israéliens.

Mais, parmi les 10 000 prisonniers palestiniens, combien ne jurent que par la destruction de l’entité sioniste au nom d’Allah ?

Une précision importante, au moment où le gouvernement israélien en relâche un certain nombre.

Pierre Lefebvre © Primo, 22 Juillet 2007

Photos tirées du site kerenmalki foundation

Auteur : Pierre Lefebvre
Date d'enregistrement : 23-07-2007

Publié dans TERRORISME

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