FINUL 2 : UNE MISSION IMPOSSIBLE....

Publié le par shlomo


L’ARMÉE FRANÇAISE EST ELLE À SA PLACE AU SUD LIBAN ?

 

 

Je ne suis pas de ceux qui pensent que nos forces armées n’ont pas vocation à franchir nos frontières si besoin est. Bien sur, la défense du territoire national et de nos ressortissants sont des priorités absolues dont notre outil de défense ne doit se détourner sous aucun prétexte. Mais nous avons choisi de donner à notre pays une place dans le concert des nations et le maintien de ce rang suppose certains sacrifices, sauf à renoncer clairement et officiellement à notre (déjà faiblissante) influence internationale. Autrement dit, nous devons parfois envoyer nos troupes outre mer pour répondre à des situations d’urgence, honorer nos engagements internationaux ou, simplement, nous interposer entre deux belligérants pour participer au retour d’une paix durable, souvent sur demande pressante de l’ONU. Certes, ces opérations sont budgétairement ruineuses et peuvent heurter ceux qui, de bon droit, jugent que l’armée française est là pour défendre la Patrie, point barre. Mais soyons un peu cyniques : les Opex, outre les bénéfices en termes d’image que le pays et l’armée peuvent en retirer, sont aussi de magnifiques terrains ouverts de formations pour nos troupes et d’exercices pour nos matériels. A condition qu’une solution de sortie soit envisageable à moyen terme et que des stratégies proactives soient mises en œuvre pour l’obtention de cet objectif. Et, dans le cas de notre déploiement actuel au Sud Liban, c’est là que le bât blesse…

Car quels étaient les objectifs de la Finul 2 lors de son déploiement au sud Liban ? A court terme, l’arrêt des combats entre Israël et les miliciens du Hezbollah, la dépollution des villages et des champs, le retour des populations déplacées, la reconstruction des infrastructures essentielles ; bref, le retour à une vie civile normale. A moyen terme, le désarmement du mouvement chiite et l’assurance pour l’Etat Hébreu que sa frontière nord ne serait plus menacée. A long terme, l’espoir fait vivre, la relance d’un vrai processus de paix qui rendrait enfin son calme à la région. Force est de reconnaître que, si le premier objectif a été réalisé, avec l’accord tacite des deux parties, le contraire eut rendu la tache bien plus ardue, tous les autres sont, en l’état, totalement irréalisables. Et voilà comment on place 2000 soldats français lourdement armés dans une position impossible qui rappelle les pires heures des casques bleues en Bosnie : un contingent impuissant qui se trouve réduit à patrouiller sous les regards narquois et/ou hostiles de deux adversaires qui fourbissent leurs armes, chacun prêt à en découdre à nouveau le moment venu.

Pour avoir vanté dans ces pages l’utilité de l’opération Licorne dans le rétablissement de la paix en Cote d’Ivoire, je dis qu’avec ce déploiement ci, nous nous enferrons dans l’erreur et que, faute d’une bonne utilisation de la force et d’objectifs stratégiques clairs et atteignables, nous nous condamnons à rester spectateurs voire à ramasser des coups pour un résultat minime.

Cette mission ne correspond ni à notre doctrine, ni à nos intérêts ni, surtout, ne rencontre l’approbation durable des différents protagonistes de la région. Les Israéliens, meurtris par leur semi échec de l’an passé mais suffisamment réalistes pour en avoir tiré les leçons, considèrent, à juste titre, que la menace du Hezbollah n’a pas disparu. En fait, il semblerait même qu’elle se soit renforcée faute d’une volonté forte des casques bleus pour désarmer la milice chiite qui profite du répit accordé pour se réorganiser et préparer, elle aussi, le deuxième round en formant des cadres et en faisant l’acquisition d’armements sophistiqués. Lorsque les forces onusiennes se montrent trop entreprenantes, une attaque par IEDmeurtrière leur rappelle qu’ils ne sont pas là pour se mêler des affaires régionales. La population locale est, au mieux, neutre et, malgré les sourires de façade, les renseignements obtenus sont faibles voire inexistants. Quant au pouvoir libanais, le moins qu’on puisse dire c’est qu’il est dépassé par les événements et contemple en spectateur.

Faire respecter un cessez le feu, c’est bien. Rétablir la paix, c’est mieux. En l’état des choses, je ne vois pas en quoi la présence de nos soldats dans cette région peut conduire à une normalisation. La situation est en fait simple : le Hezbollah considère qu’il est en résistance légitime contre un ennemi qu’il s’est juré de combattre. Il n’est nullement dans ses objectifs d’abandonner la lutte armée et moins encore de désarmer. Israël, de son côté, voit les miliciens qui campent à sa frontière nord vaquer tranquillement, ou presque, à leurs occupations qui constituent une menace grave pour sa sécurité nationale. Un nouvel affrontement entre les deux parties est, à terme, inévitable si la situation politique n’évolue pas et, sauf cécité de ma part, on ne discerne aucun miracle à l’horizon qui viendrait changer cette donne.

Nous sommes donc partis pour stationner encore longtemps sur ce bout de Liban, du moins jusqu’à ce que la situation ne s’envenime à l’occasion, par exemple, d’un nouveau coup de force du Hezbollah. Que ferons nous, dans le cas où les israéliens voudront récupérer des soldats otages et désarmer leurs ennemis par la force ? Nous tirerions sur eux ? Ce serait pure folie que de s’affronter ! Du reste, il est vrai que la présence des troupes françaises et européennes est, pour les israéliens plus que pour le mouvement chiite, une gêne et un inconvénient.

Voila donc à quoi sont rendus nos troupes à cause de décisions politiques maladroites et prises sans vision stratégique cohérente : servir de bouclier humain au Hezbollah qui, à l’abri derrière notre rideau défensif, prépare la prochaine guerre. Comme ils l’ont déjà montrés par le passé, ils n’auront pas les pudeurs et la retenue de Tsahal pour nous faire partir le moment venu.

Je ne suis pas sur que ce soit là une mission vitale pour la France que de permettre à une guérilla islamiste de reprendre des forces pour mieux s’attaquer à un allié. Dans ce cas, et si la situation intérieure libanaise n’évolue pas, oui, je pense qu’il est temps de revoir sérieusement l’utilité de notre présence au Liban au lieu de pinailler sur le soutien à apporter au combat contre les talibans qui, eux, représentent pour notre sécurité à long terme un vrai danger.

Tant qu’à déployer nos troupes à l’extérieur, je pense que nos Leclerc et nos AUF 1 seraient plus utiles, à tous points de vue, du côté de Kandahar qu’au sud du Litani.


Note : la carte publiée ci-dessus est une œuvre de Thomas Blomberg.

 

 

Publié dans ISRAEL

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