LA ROUTE DE BAGDAD PASSE PAR ANNAPOLIS

Publié le par shlomo

Solana doit rencontrer le 30 novembre Saïd Jalili, le nouveau négociateur iranien pour le nucléaire. Le rendez-vous qui devait se tenir cette semaine a été retardé d’une semaine pour avoir lieu après la conférence internationale d’Annapolis où les représentants du régime des mollahs n’ont pas été conviés. Les mollahs entendent peser sur Annapolis afin de dicter leurs conditions à Solana : lier comme il se doit le règlement de la crise nucléaire à une reconnaissance de leur rôle d’arbitre du conflit Israélo-palestinien.

Pour Téhéran, le règlement de la crise nucléaire a toujours été lié à ce que les mollahs appellent des Garanties de Sécurité, autrement dit une reconnaissance de ce qui garantit la survie (la sécurité) du régime. La seule assurance vie du régime des mollahs est sa force de frappe terroriste, force dont le fleuron est le Hezbollah.

Les Garanties de Sécurité évoquées par les mollahs signifient la reconnaissance du droit des mollahs à disposer selon leur bon vouloir du Hezbollah. Il s’agit ni plus ni moins d’une reconnaissance d’un droit à l’ingérence des mollahs au Liban (avec un Hezbollah arbitre du jeu politique [1]), mais désormais aussi à Gaza (avec le Hamas) et bientôt dans le sud de l’Irak. Téhéran attendra donc les résultats d’Annapolis avant de décider quelle attitude il doit adopter pour obtenir ces fameuses « Garanties de Sécurité ». Tout dépend de la réussite ou de l’échec d’Annapolis.

L’idée de cette conférence internationale avait été évoquée en octobre 2007 et initialement, il était question qu’elle ait lieu à Bahreïn. Mais très tôt, le lieu de ce rendez-vous exceptionnel a été déplacé à Annapolis, ville militaire américaine où la sécurité sera d’une meilleure qualité. Les invités restent les mêmes, c’est-à-dire à peu près toute la planète sauf les mollahs. En fait, bien plus que son objectif annoncé, la conférence cherchera à isoler l’Iran. Dans ce domaine, l’un des objectifs intermédiaires sera d’éloigner la Syrie de l’Iran.

Dans un article que nous avions consacré à l’annonce d’une conférence à Bahreïn, nous avions évoqué ces objectifs non déclarés et nous avions parlé de « conférence de tous les dangers pour les mollahs ». A cette époque, Téhéran s’était gardé de réagir ou protester contre sa mise à l’écart et la seule réaction négative avait émané du Hamas, le nouvel élément des Garanties de Sécurité des mollahs.

A présent qu’approche la date du 27 novembre où se réuniront à Annapolis l’Autorité palestinienne, Israël, les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, les membres de la Ligue arabe ainsi que l’Afrique du Sud, l’Allemagne, le Brésil, le Canada, l’Egypte, l’Espagne, la Grèce, l’Inde et une quinzaine d’autres pays, c’est toujours le Hamas qui tempête contre cette conférence qui n’est dangereuse que pour le seul absent de marque.

En revanche, Téhéran qui avait apporté son soutien au Hamas lors de la première protestation, s’est fait discret et a concentré ses efforts sur des rencontres diplomatiques avec des syriens afin de les convaincre de ne pas se rendre à cette conférence. Walid Mouallem, le ministre syrien des affaires étrangères, était à Téhéran pour rassurer les mollahs que son pays qui a déjà refusé l’invitation pour Annapolis ne changerait pas d’avis à la dernière minute.

Si la Syrie tient parole, Téhéran marquera des points supplémentaires et confirmera que son influence régionale s’étend de l’Irak au Liban jusqu’au Gaza, et il ne manquera pas de faire valoir ces acquis dans ses prochaines rencontres avec le représentant européen ou les diplomates américains que les mollahs doivent rencontrer prochainement à Bagdad.

En attendant le bilan d’Annapolis, le nouveau négociateur iranien, Saïd Jalili, qui doit rencontrer Solana le 30 novembre à Londres, meuble le temps en faisant toutes sortes de déclarations sur le droit à l’enrichissement ou à l’opposé, sur son optimisme à propos de cette rencontre, et ce bien qu’il ait, dans une autre déclaration, rejeté déjà la principale proposition de Solana sur un enrichissement délocalisé ! Jalili parle pour faire passer le temps : Téhéran attend la feuille de présence à Annapolis et le bilan de cette conférence.

La route de Londres passe par Annapolis, la route de Bagdad aussi. Est-ce la preuve que les mollahs sont des maîtres en stratégie ? non, ils profitent du désordre mondial, désordre propagé par les américains mais aussi par les russes, chacun pour le triomphe de ses propres intérêts.

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Publié dans IRAN NUCLEAIRE

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