IRAN NUCLEAIRE : LA DEFAITE DES EXPERTS EN PRET A PENSER

Publié le par shlomo

Le rapport du renseignement américain sur les activités nucléaires en Iran a remis en cause toutes les rumeurs et théories des experts qui parlaient d’une intervention militaire et de bombardement massifs de l’Iran. Seymour Hersh doit sans doute en ce moment pester contre sa mauvaise fortune, mais son cas n’est pas désespéré car il a toujours mentionné des bruits de couloirs d’experts en retraite ayant requis l’anonymat. Ce n’est pas le cas de François Heisbourg, Bruno Tertrais ou encore Alain Rodier, qui ont sorti cette année chacun un livre sur la très grande possibilité d’une attaque contre l’Iran. Espérons qu’ils finiront comme Gilles Kepel qui un an avant le 11 septembre avait sorti un livre prédisant la fin de l’Islamisme ! Ce cher Gilles a disparu des rayons des librairies et c’est sans doute ce qu’il faudra pour François, Bruno et Alain dont l’expertise sur la crise nucléaire iranienne a lamentablement échoué.

Le rapport du renseignement américain a officiellement dressé le Congrès contre le président sortant. Il n’y aura pas de frappe et en plus tout le monde demande un sursaut diplomatique voire une réconciliation avec l’ex-infréquentable. De plus, ce rapport publié avec l’accord de Bush a torpillé la possibilité d’adoption de nouvelles sanctions onusiennes contre l’Iran. En septembre 2007, les Etats-Unis avaient déjà agi de même en annonçant l’application de très lourdes sanctions non-onusiennes à la veille d’une possible adoption d’une nouvelle résolution. Nous avions annoncé dès le mois d’août 2007 que les Etats-Unis penchaient pour un statu quo onusien et par la suite, nos prévisions et analyses ont été régulièrement confirmées par les actualités.

Ces prévisions et analyses résultent d’une étude globale et régionale des forces qui régissent le Moyen-Orient et l’Asie Centrale, deux régions pétrolières liées entre elles par l’Iran. C’est ainsi que nous avons pu conclure à une volonté américaine d’arriver à une entente avec le régime qui préside au destin de ce territoire charnière. C’est une analyse géopolitique. C’est aussi ce qui a manqué et manquera toujours à ces experts et plus particulièrement à François Heisbourg et à Bruno Tertrais qui, pour rester des experts Télé, évitent d’évoquer certains aspects géopolitiques qui pourraient déplaire à certains décideurs politiques de l’Elysée ou du Quai d’Orsay. Ainsi sous Chirac, ils furent chiraquiens, avec un discours adapté à la diplomatie chiraquienne, aujourd’hui, ils sont atlantistes. Il en résulte des pseudos analyses qui n’ont aucune permanence ni aucune profondeur géopolitique.

Un exemple : ces pseudos analyses évoquent l’Iran sans parler de l’Asie Centrale, du rôle de la Russie vis-à-vis de l’Asie Centrale, de l’importance de l’Iran pour la Russie dans sa gestion de l’enclavement délibéré de l’Asie Centrale. Pire encore, s’il leur arrive de parler de la Russie, des considérations politiques s’y mêlent pour rester « politiquement correct » : mais on ne peut ni faire de l’analyse géopolitique idéologique ni une analyse de la situation iranienne sans parler géopolitique.

Ainsi François Heisbourg a écrit « Iran, le choix des armes ? » où il parle de 3 scénarii, mais pas de la dimension géopolitique de la crise iranienne. Finalement, trois mois après la publication de son livre, ses expertises sont caduques. Ces jours-ci, François Heisbourg s’agite pour attaquer le contenu du rapport américain qui a effacé l’ardoise des mollahs ! C’est sa carrière d’expert qui se joue plus que l’avenir de son dernier livre. Mais cela revient au même : il est quand même obligé de défendre un livre qui avait tout prévu sauf ça : que les américains reconnaissent que les mollahs bluffaient !

Heisbourg reste figé sur les affirmations de son dernier livre où il avait insisté sur l’existence de ces activités militaires et non sur un bluff. Pour justifier sa démarche, il reparle des activités de l’usine d’enrichissement de Natanz contenant 3000 centrifugeuses, centrifugeuses que personne n’a vues ! La réalité est que des gens comme Heisbourg ou Tertrais ou Rodier ont écrit des livres fondés sur d’autres rapports non corroborés par aucune inspection. Heisbourg ou Tertrais ou Rodier ont écrit des livres avec des titres accrocheurs pour garnir leurs comptes bancaires mais sans rien connaître d’un programme totalement opaque et en plus en faisant impasse sur une analyse géopolitique.

Le rapport américain a bouleversé le train-train de ces experts en prêt à penser qui ont des formules figées pour tout expliquer simplement : l’Iran est un pays chiite, il voulait une bombe pour se protéger des sunnites, le système politique est partagé entre les modérés et les durs.

Ces formules ne résultent pas d’une analyse car le programme nucléaire iranien a démarré en 1985 grâce à Rafsandjani aujourd’hui qualifié de modéré et il a prospéré sous Khatami, un autre « modéré ». Les mollahs sont chiites, mais ils aident le Hamas sunnite et de nombreux mouvements marxistes ou encore des nazis (anti-musulmans). Mais les experts en prêt à penser se moquent des rapports ou faits qui contredisent leurs avis. Une fois la formule posée, ils la réutilisent interminablement.

Ce qui est formidable avec ce rapport américain c’est son impact international : nos experts en prêt à penser ne peuvent l’ignorer. Il est venu bousculer leurs expertises peinardes et simplifiées qui leur permettaient d’écrire des livres aux titres vendeurs en compilant des rapports qui leur convenaient.

Face à ce rapport inattendu qui contredit leur avis, au lieu de réagir en chercheur pour corriger le tir, ils se braquent, préfèrent continuer leur train-train et remettent en cause le rapport. Notre démarche est différente puisque nous remettons en cause la fiabilité de tous les rapports puisqu’il n’y a eu aucune inspection : nous analysons les opportunités politiques créées par leur publication et en plus nous leur privilégions l’étude des cartes géopolitiques.

La situation est différente pour ceux qui, comme Heisbourg ou Tertrais, font des compilations des rapports de renseignement : leur refus affiché est motivé par l’opposition entre le contenu de ce rapport et leurs conclusions immortalisées dans leurs derniers livres.

L’un des vrais problèmes de ces experts baudruches est qu’ils ont été médiatiquement très populaires et ont laissé des traces nombreuses et indélébiles sur tous les supports (TV, radio, Web chat, livres, articles) pour faire part au plus grand nombre de leurs certitudes. Les exemples abondent où ils étalent « leurs savoirs », comme récemment Tertrais traduisant un mot arabe en affirmant que c’est du persan. Le vrai domaine de ces experts est l’approximation, pourvu que ça colle à leurs articles.

Le plus actifs de ces experts à remettre en cause le contenu du rapport et à en modifier l’interprétation est Heisbourg, qui est plus âgé et plus titré que Tertrais. Pour cacher son désespoir, il lui arrive même de faire de l’humour, de s’attacher à des détails comme celui d’affirmer que la presse iranienne n’avait pas relevé cette information le 3 décembre : il ignore le décalage horaire qui est de 9 heures entre Téhéran et Washington ! C’est pathétique. On dirait un petit vieux qui ne sort pas de chez lui : à l’exemple de son expertise qui résume le monde à Washington, oubliant la Russie, la Chine et l’Asie Centrale.

Heisbourg insiste sur Natanz, qu’aucun inspecteur n’a visité. Il parle du danger nucléaire des 3000 centrifugeuses de Natanz au mépris de toutes les données scientifiques qui rejettent la possibilité de faire des bombes avec seulement 3000 appareils car il en faudrait plus de 50,000. Le seul mot qui existe pour qualifier la situation est le mot pathétique, il est pathétique de s’accrocher à des rumeurs pour préserver un titre, une fonction.

Tertrais qui n’a vendu son livre « Iran : la prochaine guerre ? » qu’un seul mois, essaye de sauver les ventes en brouillant les cartes et en insistant uniquement sur ses certitudes à propos de Natanz. Mais c’est là de la diversion, car il ne sait pas comment expliquer qu’il avait affirmé dans le Monde que les experts militaires pakistanais (devenus fréquentables par la nécessité de l’occasion) lui avaient confirmé l’existence d’un programme nucléaire militaire iranien.

Les médias abondent des confidences de Tertrais ou Heisbourg quant à la certitude d’un programme nucléaire militaire en Iran. Le drame est qu’ils ne pourront pas dénigrer ce rapport trop longtemps, ils seraient mis à l’écart ! S’ils reconnaissaient le rapport, ils seraient ridicules. C’est la défaite des analyses non-géopolitiques et des experts en prêt à penser.

Il y a aussi le cas d’Alain Rodier, auteur d’un autre « Iran : la prochaine guerre ? », une compilation d’articles disparates remplie d’erreurs historiques incroyables : à éviter. Ne lisez plus les livres de ces gens qui ne connaissent rien et colportent des rumeurs qui ne profitent qu’aux mollahs. Le livre de Tertrais se vend 9 €, celui de Heisbourg est à 15.50 € et celui de Rodier 16 €. Économisez 40,5 € et constituez une caisse pour faire venir en France des enfants iraniens brûlés pour leur donner un visage.

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Demain, nous consacrerons un article aux effets de ce rapport sur la politique intérieure des mollahs et sur l’avenir politique d’Ahmadinejad.

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