CHRONIQUES ALGERIENNES

Publié le par shlomo

Il ne faudra juger de l’impact du voyage de Sarkozy en Algérie que dans quelques mois. Une visite officielle engage des processus qui se mettent en place sur la durée.

Tout jugement à l’emporte-pièce serait prématuré. Voilà pour les conséquences.

Les discours, les termes utilisés, par contre, reflètent les évolutions d’une pensée. Sur ce point, le Président français a déçu plusieurs camps.

A cela, il pourra répondre qu’il préfère sa façon imparfaite de faire les choses que la façon parfaite qu’ont eue ses prédécesseurs de ne rien faire du tout.

Le nocif parrallélisme concernant Israël effectué par le Président lors de son discours à Constantine devra cependant être examiné avec toute la rigueur nécessaire.

Dont acte ! Pour l'instant, il faut se concentrer sur les propos de la presse algérienne, laquelle émet des avis divergents concernant cette visite.

Certains journaux francophones se réjouissent de la condamnation par le Président du système colonial "injuste". D’autres, bien évidemment, plus proches du pouvoir, lui reprochent de ne pas être allé au bout de cette condamnation en faisant acte de repentance.

Le quotidien gouvernemental "El Moudjahid", qui reflète généralement les positions officielles de l'Algérie, note en Une que "la cohabitation algéro-française est née d'un passé que ni les français, ni les algériens ne peuvent occulter. Il en découle pour tous un devoir de mémoire qui se fonde avant tout sur la solidarité des générations qui se succèdent et qui fait que les fils endossent les dettes de leur pères".

Il faudrait alors répondre à El Moudjahid que si les fils doivent endosser les dettes de leurs pères, les Algériens d’origine arabe doivent demander pardon pour une colonisation brutale et sanglante de ce pays au détriment des Kabyles et des Berbères.

La repentance n’a pas de frontière idéologique. Une colonisation effectuée au nom de l’Islam n’est pas plus recommandable, n’est pas moins condamnable que la colonisation française.(lire à cet égard un livre indispensable La tyrannie de la pénitence - essai sur le masochisme occidental, de Pascal Bruckner, chez Grasset)

Il resterait en outre à apporter la preuve qu’elle a causé moins de morts, moins de tourments. Pour cela, encore faut-il revisiter son Histoire sans tabous, ce que semble incapable de faire la caste au pouvoir en Algérie.

Oui, la France a colonisé l’Algérie. Elle n’a pas à en être fière. Ce n’est pas être partisan de l’Algérie Française que d’affirmer que, si la France envoya ses premières troupes la-bas, c’était aussi sous le prétexte de protéger des populations berbères et juives. Présentes pour certaines sur ce territoire depuis la nuit des temps, elles se faisaient alors massacrer par les tribus musulmanes.

L’attitude française, toutes formes de gouvernements confondues, jusqu’en 1962, a considéré l’Algérie comme un jouet, une manière d’asseoir une domination politique. En Février 1837, le Comte Molé, Président du Conseil donne les instructions suivantes : « Ce que la France a surtout en vue, c'est son établissement maritime …, la sécurité de son commerce …. l'accroissement de son influence dans la Méditerranée. La France a surtout intérêt à être maîtresse du littoral. Le reste doit être abandonné à des chefs indigènes » sous entendu, "que les autres se débrouillent eux".

Mais l’avidité a été la plus forte et c’est toute l’Algérie qui fut bientôt conquise. Le sous-sol était riche.

Certes, la chrétienté occidentale ne peut en aucun cas se vanter de ses hauts faits d’armes, de ses colonisations sous prétextes économiques et religieux.

Mais ces empires chrétiens successifs, n’ayant souvent de chrétien que le nom, n’ont rien à envier dans leur soif de pouvoir, de sang, de massacres et de viols à la domination musulmane au Maghreb, en Afrique, au Proche et Moyen Orient.

A l’affirmation « les fils endossent les dettes de leurs pères » d'El Moudjahid, il est permis de préférer la lecture d’un livre vieux de plusieurs milliers d’années.

Un prophète juif y affirme au contraire qu’il ne faut plus se réfugier derrière cette excuse trop facile pour justifier ces propres manquements. « Les pères ont mangé des raisins verts, les dents des fils en sont-elles pour autant agacées ? »*

N’est-ce pas une peur du futur, une crainte d’entreprendre, qui pousse les Islamistes à cette négation de l’individu ? Que les générations aient pour devoir de préserver une indispensable solidarité entre elles est parfait. Faut-il pour autant que les citoyens d’un pays portent éternellement les stigmates d’une attitude destructrice de leurs ancêtres ? Quid de la responsabilité individuelle ?

Surtout lorsque cette stigmatisation reste unilatérale !

Chaque génération est responsable du présent et surtout du futur. Quant au passé, qu’il soit assumé, mais avec courage et vérité. Le pouvoir algérien et ses gages constants donnés à la religion musulmane et aux plus implacables de ses zélateurs exige toujours plus mais redistribue de moins en moins.

La caste au pouvoir détourne les fantastiques ressources naturelles de ce pays. Les fortunes accumulées par les membres du FLN suffiraient à elles seules à propulser l’Algérie au rang des pays riches.

Mais il est préférable de laisser croire que la pauvreté endémique est une conséquence de la colonisation.

Devant l’esquive sarkosienne à toute expression de repentance, le journal "Al Bilad" (proche des islamistes) qualifie le discours de Constantine devant les étudiants de "provocation".

Les islamistes ont la détestable attitude de penser et de croire que tout ce qui est opinion différente de la leur est par essence une provocation. Cette perpétuelle négation du débat sur quelque sujet que ce soit, ce dogme affligeant qui empèse toute discussion, reste un des obstacles majeurs à toute normalisation des rapports internationaux.

Les Musulmans radicaux, et ce quelque soit le pays où ils sévissent, ne cherchent pas à acquérir la culture du débat démocratique, la recherche du compromis acceptable, la notion du respect des accords internationaux.

Ce serait reconnaître que l’autre, le vis-à-vis, peut parfois avoir un peu raison, ce qui, en bonne théologie islamiste, n’est pas acceptable.

Il est moins facile en effet, d’élaborer un projet de vie, de poser les bases du « vivre ensemble » que de propager le culte de la culpabilité, de la récrimination et de la mort, finalement.

Mais c’est ainsi qu’Allah est grand, comme le disait Alexandre Vialatte.

Pierre Lefebvre © Primo, 6/12/2007

*Jérémie 31 :29 ; Ezéchiel 18 :2

Auteur : Pierre Lefebvre
Date d'enregistrement : 06-12-2007

Publié dans MONDE ARABO-MUSULMAN

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