" INTELLIGENCE " STUPIDE

Publié le par shlomo

‘Intelligence’ stupide
10 décembre 2007 - Par Alan M. Dershowitz, |
FrontPageMagazine.com, Adaptation française de Sentinelle 5768 ©

L’Estimation Nationale du Renseignement* qui a conclu que l’Iran a arrêté son programme d’armes nucléaires en 2003 est simplement l’évaluation du service de renseignement** la plus stupide que j’aie jamais lue. Il a gobé toute l’histoire d’un appât transparent et un changement tactique employés non seulement par l’Iran, mais aussi par plusieurs autres puissances nucléaires dans le passé.

La tactique est évidente et bien connue de tous les officiels du renseignement disposant d’un Quotient Intellectuel au-dessus de la température de la pièce. Il dispose ainsi : il existe deux voies pour fabriquer des armes nucléaires : l’une est de conduire la recherche et de développer la technologie directement reliée à son utilisation militaire. C’est ce que les USA ont fait quand ils ont développé la bombe atomique au cours du « Manhattan Project ». La seconde voie est de développer une technologie nucléaire pour une utilisation civile, puis d’utiliser la technologie civile pour des objectifs militaires.

Ce que toute agence de renseignement sait, c’est que la part la plus difficile pour développer des armes correspond précisément à la seconde voie, c’est-à-dire l’utilisation civile. En d’autres termes, il est relativement simple de passer de la voie 2 vers la voie 1 en un court laps de temps. . Comme Valerie Lincy et Gary Milhollin, tous deux experts du contrôle des armes nucléaires, le formulent dans un éditorial de Une dans le ‘New York Times’ du 6 décembre 2007 :

« Au cours de l’année écoulée, période pendant laquelle le programme d’armes [nucléaires] de l’Iran état supposé arrêté, le gouvernement s’est activé à installer 3.000 centrifugeuses à gaz dans son usine de Natanz. Ces machines pourraient, en fonctionnant de façon continue pendant environ un an, produire suffisamment d’uranium enrichi pour fournir le combustible pour une bombe. De plus, elles n’ont pas d’objectif plausible pour l’effort du nucléaire civil de l’Iran. Tous les besoins de l’Iran en uranium enrichi pour ses programmes d’énergie sont couverts par un contrat avec la Russie.

« L’Iran fabrique aussi un réacteur à eau lourde dans son centre de recherche d’Arak. Ce réacteur est idéal pour produire du plutonium pour des bombes nucléaires, mais il est de faible usage dans un programme énergétique comme celui de l’Iran, qui n’utilise pas de plutonium comme combustible de réacteur. L’Inde, Israël, et le Pakistan ont construit de semblables réacteurs - tous avec pour objectif d’alimenter des armes nucléaires. Et pourquoi, au passage, l’Iran veut-elle même un programme d’énergie nucléaire, alors qu’elle est assise sur une énorme réserve de pétrole, dont la valeur monte aujourd’hui en flèche ? Et pourquoi développer des missiles Shahab à longue portée, ce qui n’a aucun sens militaire si on n’y met pas des têtes nucléaires ?

« L”arrêt de l’enrichissement secret et de ses efforts de conception de la bombe en 2003 prouve seulement que l’Iran a fait un changement tactique. Elle a suspendu un travail qui, s’il était découvert, aurait révélé sans ambiguïté son intention de construire une arme [nucléaire]. Elle a poursuivi l’autre voie, cruciale pour la capacité à faire une bombe, qu’elle peut faire passer pour ses applications civiles ».

Eh bien ! Qu’est-ce alors qui peut expliquer une gaffe aussi évidente du renseignement ? Une explication peut résider dans le vieil adage qui dit : « L’intelligence militaire est à l’intelligence ce que la musique militaire est à la musique ». Mais je ne crois tout simplement pas que nos agences de renseignement soient peuplées de l’espèce de nigauds qui tomberaient dans un stratagème iranien aussi évident. L’explication la plus plausible est qu’il existe une manoeuvre cachée dans le rapport. Que pourrait alors être cette manoeuvre ? Pour découvrir une manœuvre cachée, il faut toujours en chercher les bénéficiaires. Qui gagne à ce rapport profondément vicié ? Bien sûr, l’Iran y gagne, mais il est peu probable que les intérêts iraniens aient pu motiver quelque manœuvre américaine. Lincy et Milhollin conjecturent ceci :

« Nous devrions suspecter tout document qui soudainement, donne à l’administration Bush un laissez-passer sur un grand problème de sécurité nationale qu’elle ne résoudra pas pendant l’année de mandat qui lui reste. Est-ce que l’administration se lave simplement les mains de la question insoluble de l’Iran nucléaire en disant : « Si nous ne pouvons pas la régler, elle ne sera pas brisée ? ».

Ma propre opinion est que les auteurs du rapport ont combattu la dernière guerre. Non, pas la guerre d’Irak, mais plutôt ce qu’ils croient être les efforts du vice-président Dick Cheney pour aller en guerre contre l’Iran. Ce rapport ôte sans doute le vent de ces voiles. Mais c’était la guerre non menée l’an passé. Personne à Washington n’a sérieusement envisagé d’attaquer l’Iran depuis que Condoleezza Rice et Robert Gates ont remplacé Cheney en charge de la politique étrangère derrière le trône.

Quelles que soient la manœuvre et la motivation, ce rapport pourrait bien figurer dans l’Histoire comme l’un des plus dangereux, des plus malavisés et des plus contreproductifs des évaluations de l’histoire du renseignement. Il pourrait bien encourager les Iraniens à avancer encore plus vite dans le développement d’armes nucléaires. Si le rapport est correct en soutenant que la seule manière de décourager l’Iran de développer des armes nucléaires est de maintenir une pression internationale, alors les auteurs du rapport doivent sûrement savoir qu’ils ont réduit à eux seuls toute incitation de la communauté internationale à maintenir fortement la pression.

Si Neville Chamberlain n’était pas mort depuis longtemps, je me demanderais s’il n’avait pas mis la main à la rédaction de ce fiasco du renseignement de “la paix en notre temps”.

J’espère que l’évaluation du renseignement était correcte. La majorité des media en jugent ainsi, qui ont accepté ses conclusions naïves avec un enthousiasme dénué de critique. Le monde serait un lieu bien plus sûr si l’Iran avait vraiment mis fin à ses efforts pour développer des armes nucléaires et les expédier. Mais souhaiter un résultat désirable ne le réalise pas pour autant. Prétendre qu’un résultat désirable se produit, quand la meilleure information indique que ce n’est pas vrai, encourage seulement le pire des résultats.

Les auteurs de ce rapport pervers, influençant la stratégie politique si immédiatement et négativement, auront fort à répondre si leur évaluation a pour conséquence une réduction de la pression sur l’Iran - qui est la seule nation qui menace vraiment d’utiliser des armes nucléaires pour attaquer ses ennemis - pour arrêter sa marche évidente vers la puissance militaire nucléaire la plus dangereuse du monde.

http://www.frontpagemag.com/Articles/Read.aspx ?GUID=DFA7A7FC-E9F4-4C


Notes du traducteur

*National Intelligence Estimate = NIE en anglais ; ** Intelligence = service de renseignement

Publié dans IRAN NUCLEAIRE

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