LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS

Publié le par shlomo

Jeudi 27 décembre, Rony Brauman a eu l’occasion de s’exprimer sur le procès de l’Arche de Zoé. C’était sur les ondes de France-Inter.

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour connaître la position du co-fondateur de Médecins sans frontières. Ce dernier s’est montré particulièrement sévère vis-à-vis de l’Arche de Zoé et de son sauvetage hasardeux.

Il fit remarquer, enfonçant ainsi le clou, que ce fiasco avait des conséquences néfastes pour les ONG à l’œuvre au Darfour, attirant sur elles des suspicions préjudiciables.

En l’occurrence, pour Mr Brauman, la fin ne peut en aucun cas justifier les moyens mis en œuvre.

Une question se pose alors à nous.

Pourquoi d’un côté, une action qu’il juge « illégale » et « irresponsable », appelle-t-elle de sa part un jugement sévère et une condamnation sans équivoque, alors que dans le même temps, une énorme imposture médiatique aux conséquences tragiques engendre chez lui une compréhension, sinon une approbation ?

On se souvient en effet que le même Rony Brauman, interrogé sur l’affaire Al Dura, s’était montré totalement compréhensif, expliquant que la tromperie médiatique en question n’était pas un problème. Seul comptait le fait que des enfants arabes palestiniens mouraient.

Face à cette immense confusion morale, il est utile et salutaire d’essayer de trouver une explication.

Pour Rony Brauman, la condamnation de l’Arche de Zoé est évidente car son action est de "droite", ou en tout cas perçue comme telle.

Elle a un relent de conservatisme et de néo-colonialisme : une certaine forme de mépris du peuple africain (peu importe que les enfants soient vraiment orphelins ou pas), un esprit de supériorité jusqu’auboutiste (le salut de l’Afrique, c’est nous…).

C’est d’ailleurs bien ainsi que beaucoup d’Africains ont reçu cette action. Le contexte du procès qui vient d’avoir lieu le démontre.

L’affaire Al Dura, cette imposture médiatique aux conséquences tragiques (flambée de haine anti-juive et anti-israélienne dans le monde, braises de la 2ème Intifada attisées, manifestations meurtrières, etc…), quant à elle, est de "gauche".

Elle prend la défense des pauvres (les Arabes palestiniens), des spoliés, contre la puissance impérialiste (Israël) qui assassine des enfants.

Or, dans ce cas, visiblement, pour Mr Brauman, la fin justifie les moyens. Une diffamation mensongère médiatisée à grande échelle n’est alors pas une mauvaise chose, dans la mesure où elle sert le "progrès", le "bien" de l’humanité ici représentée par les Arabes palestiniens.

Finalement, on peut trouver à gauche comme à droite, le même principe de la fin qui justifie les moyens. Seulement, le curseur de la tolérance n’est pas placé au même endroit de l’échelle des faits.

Le 20ème siècle a montré, au travers des pires extrémismes, combien "droite" comme "gauche" pouvaient mettre en œuvre ce principe de la fin qui justifie les moyens : propagande mensongère, internement, exécutions arbitraires, etc…, au nom de la lutte contre le fléau communiste ou la défense des empires coloniaux pour les uns, au nom de la lutte des classes et du combat contre l’impérialisme capitaliste pour les autres…

Le 21ème siècle semble hélas montrer de beaux débuts en la matière.

Il est stupéfiant de réaliser combien les hommes, de droite et de gauche, sont capables d’une certaine compréhension d’un côté, et de sentiments révoltés de l’autre, de façon parfaitement symétrique.

Ce qui est troublant, de la part d’un Rony Brauman (mais son "cas" est loin d’être isolé), ce n’est pas tant cette sévérité à l’égard de l’Arche de Zoé.

C’est ce "deux poids deux mesures" qui, sous une apparence de rigueur morale et d’objectivité, fait montre de beaucoup de complaisance envers un acte répréhensible et malhonnête, dès lors qu’il est de "gauche", et mieux encore, contre l’Etat d’Israël.

La fin justifie les moyens, pour Eric Breteaux, mais aussi pour Rony Brauman, et beaucoup d’autres… Et peut-être pour chacun d’entre nous ?

Or « la fin préexiste dans les moyens » (dixit un certain Martin Luther King).

Il nous faut en tout cas espérer que ce principe dévoyé, cette perversion morale, ne se répande pas outre mesure parmi nous.

Jean-Daniel Chevalier © Primo, 27/12/2007


 
Auteur : Jean-Daniel Chevalier
Date d'enregistrement : 28-12-2007

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