LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Publié le par shlomo

Lettre à M. Bouteflika : à verser au débat sur la repentance pour la colonisation
Texte reçu d’une internaute, qui la présente comme « une lettre écrite par un professeur émérite du Val de Grâce, hôpital dans lequel le Président Boutéflika va, de temps en temps, se faire soigner ». Et d’ajouter : « Il me semble qu'elle est à relayer ». Il m’a semblé aussi, d’où la mise en ligne qui suit, après quelques retouches. (Menahem Macina).
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14/01/08

Lettre à Monsieur Bouteflika,

Président de la République algérienne



Monsieur le Président.


En lançant l’injure du génocide de l’identité algérienne par la France, vous saviez bien que cette identité n’a jamais existé avant 1830. Mr Ferrat Abbas et les premiers nationalistes avouaient l’avoir cherchée en vain. Vous demandez maintenant repentance pour barbarie : vous inversez les rôles !

C’était le Maghreb ou l’Ifriqiya, de la Libye au Maroc. Les populations, d’origine phénicienne (punique), berbère (numide) et romaine, étaient, avant le VIIIe siècle, en grande partie chrétiennes (500 évêchés dont celui d’Hippone-Annaba, avec saint Augustin). Ces régions agricoles étaient prospères.

  • Faut-il oublier que les Arabes, nomades venant du Moyen Orient, récemment islamisés, ont envahi le Maghreb et converti de force, « béçif » (par l’épée), toutes ces populations ? « Combattez vos ennemis dans la guerre entreprise pour la religion […] Tuez vos ennemis partout où vous les trouverez » (Coran, sourate II, 186-7).

Ce motif religieux était élargi à celui de faire du butin, argent, pierreries, trésor, bétail, et aussi bétail humain, ramenant par troupeaux des centaines de milliers d’esclaves berbères ; ceci étant légitimé par le Coran comme récompense pour les combattants de la guerre sainte (XLVIII, 19, 20). Et après quelques siècles de domination arabe islamique, il ne restait, de l’ère punico-romano-berbère, si riche, que des ruines (cf. Abder-Rahman ibn Khaldoun el Hadrami , Histoire des Berbères,T I, p.36-37,40,45-46. 1382).

  • Faut-il oublier aussi que les Turcs ottomans ont envahi, puis occupé le Maghreb pendant trois siècles, maintenant les tribus arabes et berbères en semi-esclavage, bien qu’elles fussent adeptes de la même religion, les laissant se battre entre elles et prélevant la dîme, sans rien construire en contrepartie ?
  • Faut-il oublier que ces Turcs ont développé la piraterie maritime, en utilisant leurs esclaves ?

Ces pirates barbaresques arraisonnaient tous les navires de commerce en Méditerranée, permettant, outre le butin, un trafic d’esclaves chrétiens, hommes, femmes et enfants. Dans l’Alger des corsaires du XVIe siècle, il y avait plus de 30.000 esclaves enchaînés. D’où les tentatives de destruction de ces bases depuis Charles Quint, puis les bombardements anglais, hollandais et même américain. Les beys d’Alger et des autres villes se maintenaient par la ruse et la force, ainsi, celui de Constantine, destitué suite à l’arrivée des Français, et qui avoua avoir fait trancher 12.000 têtes pendant son règne.

  • Faut-il oublier que l’esclavage existait en Afrique depuis des lustres, et qu’il existe toujours ?

Les familles aisées musulmanes avaient toutes leurs esclaves africains. Les premiers esclavagistes, Monsieur le Président, étaient les négriers noirs eux-mêmes, qui vendaient leurs frères aux musulmans du Moyen-Orient, aux Indes et en Afrique (du Nord surtout), et ce des siècles avant l’apparition de la triangulaire avec les Amériques et les Antilles, ce qui n’excuse en rien cette dernière, même si les esclaves domestiques étaient souvent bien traités.

  • Faut-il oublier qu’en 1830, les Français sont venus à Alger détruire les repaires des barbaresques ottomans qui pillaient la Méditerranée, libérer les esclaves et, finalement, affranchir du joug turc les tribus arabes et berbères opprimées ?
  • Faut-il oublier qu’en 1830, il y avait à peu près 5.000 Turcs, 100.000 Koulouglis, 350.000 Arabes et 400.000 Berbères dans cette région du Maghreb, où n’avait jamais existé de pays organisé depuis les Romains ?

Chaque tribu faisait sa loi et combattait les autres, ce que l’Empire Ottoman favorisait, divisant pour régner.

  • Faut-il oublier qu’en 1830, les populations étaient sous développées, soumises aux épidémies et au paludisme ?

Les talebs les plus évolués qui servaient de toubibs (les hakems), suivaient les recettes du grand savant « Bou Krat » (ou plutôt Hippocrate), vieilles de plus de 2.000 ans. La médecine avait quand même sérieusement évolué depuis !

  • Faut-il oublier qu’à l’inverse du génocide, ou plutôt du massacre arménien par les Turcs, du massacre amérindien par les Américains, du massacre aborigène par les Anglais, et du massacre romano-berbère par les Arabes, entre l’an 700 et 1500, la France a soigné, grâce à ses médecins (militaires au début, puis civils) toutes les populations du Maghreb, les faisant passer de moins d’un million d’habitants, en 1830, en Algérie, à dix millions, en 1962 ?
  • Faut-il oublier que la France a respecté la langue arabe, l’imposant même au détriment du berbère, du tamashek et des autres dialectes, et a respecté la religion (ce que n’avaient pas fait les Arabes, qui forçaient les berbères chrétiens à s’islamiser pour ne pas être tués, d’où le nom de « kabyle » - j’accepte) ?
  • Faut-il oublier qu’en 1962 la France a laissé en Algérie, malgré des fautes graves et des injustices, une population à la démographie galopante, souvent encore trop pauvre - il manquait du temps pour passer du Moyen-Âge au XXe siècle - mais en bonne santé, avec une agriculture redevenue riche grâce aux travaux des Jardins d’Essais, des usines, des barrages, des mines, du pétrole, du gaz, des ports, des aéroports, un réseau routier et ferré, des écoles, un Institut Pasteur, des hôpitaux et une université, la poste, etc. ?

Il n’existait rien avant 1830. Cette mise en place d’une infrastructure durable, et le désarmement des tribus, a été capital pour l’Etat naissant de l’Algérie.

  • Faut-il oublier que les colons français ont asséché, entre autres, les marécages palustres de la Mitidja, y laissant de nombreux morts, pour en faire la plaine la plus fertile d’Algérie, un grenier à fruits et légumes, transformée, depuis leur départ, en zone de friche industrielle ?
  • Faut-il oublier que la France a permis aux institutions de passer, progressivement, de l’état tribal à un Etat-nation, et aux hommes, de la sujétion à la citoyenneté en construction, de façon, il est vrai, insuffisamment rapide.

Le colonialisme, ou plutôt la colonisation, ont fait entrer de plain-pied le Maghreb, à travers l’Algérie, dans l’ère de la mondialisation.

  • Faut-il oublier qu’en 1962, un million d’européens ont dû quitter l’Algérie, abandonnant leurs biens pour ne pas être assassinés ou, au mieux, devenir des habitants de seconde zone, des dhimmis, méprisés et brimés, comme dans beaucoup de pays islamisés. Il en est de même de quelque cent mille israélites, dont nombre d’ancêtres s’étaient pourtant installés, là, 1000 ans avant que le premier arabe musulman ne s’y établisse ?

Etait-ce une guerre d’indépendance, ou encore de religion ?

  • Faut-il oublier qu’à notre départ en 1962 - outre au moins 75.000 Harkis sauvagement assassinés, véritable crime contre l’humanité, et des milliers d’européens tués ou disparus, après ou avant, il est vrai, les excès de l’OAS - il y a eu plus de 200.000 tués dans le peuple algérien qui refusait un parti unique, beaucoup plus que pendant la guerre d’Algérie?

C’est cette guerre d’indépendance, avec ses cruautés et ses horreurs de part et d’autre, qui a fondé l’identité algérienne. Les hommes sont ainsi faits !


Monsieur le Président, vous savez que la France forme de bons médecins, comme de bons enseignants. Vous avez choisi, avec votre premier ministre, de vous faire soigner par mes confrères du Val de Grâce. L’un d’eux, Lucien Baudens, créa la première Ecole de médecine d’Alger en 1832, insistant pour y recevoir des élèves autochtones. Ces rappels historiques vous inciteront, peut-être, Monsieur le Président, à reconnaître que la France vous a laissé un pays riche qu’elle a su et pu édifier, grâce au travail de toutes les populations, des plus pauvres aux plus aisées - ces dernières ayant souvent connu des débuts très précaires. La France a aussi créé son nom qui a remplacé celui de Barbarie. Personne ne vous demandera de faire acte de repentance pour l’avoir laissé péricliter, mais comment expliquer que tant de vos sujets, tous les jours, quittent l’Algérie pour la France ?

En fait, le passé, diabolisé, désinformé, n’est-il pas utilisé pour permettre la mainmise d’un groupe sur le territoire algérien ? Je présente mes respects au Président de la République, car j’honore cette fonction.

Un citoyen français,


André S.

Professeur agrégé du Val de Grâce.


[Texte aimablement transmis par Monplaisir.]

 

Mis en ligne le 14 janvier 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

 

Publié dans MONDE ARABO-MUSULMAN

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