LE LIBAN EN ATTENTE DE DEFLAGRATION

Publié le par shlomo


Depuis 6 h ce matin, l’armée libanaise a décidé d'utiliser si nécessaire la force contre toute présence d'hommes armés.

Cela ne signifie pas qu’elle doive désarmer les milices, ce qui était pourtant une condition de l’application de la résolution 1701.

Comme le notait lors de son départ en 2007 le général Pellegrini à propos de l’armée libanaise : "C'est une armée très légaliste...du moment qu'elle n'a pas reçu l'ordre de désarmer le Hezbollah, elle n'a aucune raison de le faire."

Et il faut lui rendre cette justice : elle ne l’a pas fait.

Résultat, le Liban est de plus en plus sous la menace d’une déstabilisation majeure. Le Hezbollah a dressé des barrages sur toutes les routes dans le nord du pays, paralysant l’aéroport, le port et toutes les activités économiques. Il empêche ce faisant l’aide internationale de parvenir aux défavorisés, imitant en cela le comportement criminel des responsables birmans.

Nasrallah, dès le vote de cette résolution, avait montré tout le respect qu’il portait aux organisations internationales en refusant catégoriquement toute négociation sur le désarmement de sa milice.

Les autorités libanaises n’ont pas eu le courage de désarmer le Hezbollah. Il faut dire que certains hommes politiques actuellement dans la coalition au pouvoir (dont Walid Joumblatt), entretiennent eux-mêmes des troupes à leur dévotion.

Les événements actuels sont également un camouflet pour la communauté internationale, dont le bras armé, la FINUL 2, a été dans l’incapacité d’interdire toute approvisionnement en provenance de la Syrie et donc de l’Iran.

Pour cette raison, la principale route entre le Liban et la Syrie est aux mains du Hezbollah qui contrôle également le poste frontière. C’est plus pratique pour les livraisons d’armes.

A l’époque de la conférence de Paris III, Jacques Chirac avait clamé : J’ajoute que toutes les résolutions du Conseil de sécurité concernant le Liban, toutes sans aucune exception, ont pour but d'aider ce pays à recouvrer sa pleine et entière souveraineté. Elles doivent être appliquées" (le 25 janvier 2007, devant les délégations de Paris III).

On voit le résultat : plus de 60 morts aujourd’hui et plus de 200 blessés.

L’Orient-Le Jour, principal quotidien libanais n’hésite pas à parler de faillite de l’armée : "Non seulement l'armée s'est bien gardée de s'interposer efficacement entre les combattants, mais elle a honteusement failli, de surcroît, à la protection des simples citoyens".

L'armée n'est jamais intervenue depuis le début de cette flambée de violences, la plus meurtrière depuis la guerre civile (1975-90). Mieux, elle s’est retirée des rues aux moments les plus chauds.

Mais bien peu veulent s’attaquer à cette armée morcelée, véritable mosaïque des différentes communautés constituant le pays.

Peut-être la venue d’un chef d’Etat, un président élu, légitime, pourrait renverser la tendance. Mais son élection vient d’être une nouvelle fois reportée au 10 juin prochain.

Cela ne fait que 18 mois que l’exécutif est paralysé, et 6 mois qu’il n’y a plus de président.

Quand on est militaire, il ne suffit pas d’avoir un ennemi éternel, à savoir Israël, encore faut-il savoir à qui obéir.

© Primo, 13 mai 2008

Publié dans MONDE ARABO-MUSULMAN

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