LE MONDE S'INTERESSE ENFIN A LA FAUXTOGRAPHIE (bis)

Publié le par shlomo

June 10, 2008

Le Monde s’intéresse enfin à la fauxtographie : faut-il s’étonner du résultat ?



 Richard Landes 

Et si…

Alors, tout le raisonnement de notre photographe et la culture journalistique dans le cadre de laquelle s’exerce sa solidarité va à l’encontre du but proclamé : l’intérêt des Libanais. Et si la pression corporatiste du journalisme militant inconscient les poussait de terribles erreurs, à se laisser berner par les ennemis de la démocratie, et, comme avec les Palestiniens, en propageant le discours de mort, renforçait les vrais ennemis du peuple libanais.

En d’autres termes, et si nos journalistes bien-intentionnés encourageaient, en fait, le Jihad par leur journalisme engagé basé sur les principes du politiquement correct, qui à ce stade, va à l’encontre de leurs buts ? Ne peuvent-ils pas, sans adhérer aux thèses jihadistes - trop dur, il est plus facile de stigmatiser Israël- renforcer en fait les jihadistes ?

On pourrait imaginer qu’un vrai journaliste militant, c’est à dire sincèrement attaché aux principes de la société de droit et concerné par le sort des civils des deux côtés, souhaiterait mettre en lumière toutes les causes des souffrances des Libanais, au lieu de cette diabolisation artificielle des Israéliens destinée à “aider” les Libanais.

Et, parmi ces causes, notre reporter intrépide soulignerait certainement, à l’intention des Occidentaux qui ont du mal à se représenter cet univers, à moins d’avoir étudié le Moyen-Âge ou le début de l’époque moderne, ce que cela signifie d’être sous la coupe d’une puissante organisation de type mafieux qui appelle aux guerres de religion et au génocide, promeut un culte de la mort, s’attaque aux civils ennemis et sacrifie bien facilement ses propres concitoyens, profanant les cadavres pour quelques points à l’audimat.

Il n’aurait pourtant pas besoin d’être un héros… Juste une personne honnête et raisonnablement modeste, qui accomplit son travail comme il convient. Sauf rares exceptions, nous n’attendons pas des journalistes qu’ils soient des visionnaires qui choisissent ce qu’il faut dire au public pour les guider sur la voie de leur “intérêt supérieur”. La différence entre propagande et journalisme est que l’un manipule, l’autre informe. La première affaiblit, le second renforce le lecteur. Nos journalistes, des gens comme Bruno Stevens, n’ont aucun mandat pour rendre ces jugements et prendre ces décisions, pour lesquels ils n’ont aucune compétence, mais s’ils se sentent habités par un souffle prophétique.

Ce qu’il faut par-dessus tout aux lecteurs (qui vivons dans des sociétés libres et pouvons nous forger une opinion en nous basant sur une presse libre) c’est une juste estimation de l’exactitude des informations que nous fournissent les médias. Si l’information est arrangée, si les photographes piétinent les règles déontologiques afin d’obtenir des clichés plus sensationnels, ces si ces images chocs amènent les leaders d’opinion à perdre toute mesure dans la condamnation d’une partie au conflit tout en détournant le regard des turpitudes de l’autre camp, alors je dirais que nous sommes tous bien mal partis.

À la fin de la seconde guerre mondiale, quand les services de renseignement américains avaient besoin de conseil, ils se tournaient vers les médiévistes, parce que ceux-ci sont formés à reconstituer un grand document à partir de petites pièces. Quand j’ai visionné “l’œuvre” de Talal Abou Rahmeh, entendu les réactions d’Enderlin et vu Bob Simon rendre compte de l’affaire Al-Durah, je me suis dit que seules des manquements internes et étendus des médias avait permis l’éclosion de Pallywood.

Et rien n’incarne mieux ces manquements que cet article, produit médiatique caractéristique du Monde, dédaigneux du monde nouveau des médias responsables que la blogosphère annonce. Il n’y a pas meilleure démonstration de la nécessité, pour les professionnels de l’information qui travaillent au Moyen-Orient, de se garder de toute compromission. En ces temps de crise, nous ne pouvons accepter des médias aux relents d’écuries d’Augias.

Réchauffement du Jihad mondial et effet de serre médiatique

Car lorsque les médias se prêtent au jeu des manipulations plutôt que de les dénoncer, non seulement ils sacrifient les Libanais innocents qui ne veulent pas que cette mafia religieuse prenne le pouvoir et les utilise comme boucliers, mais ils nuisent aussi à la société civile de par le monde. D’un côté ils nous dissimulent les actes et les motivations d’organisations comme le Hamas ou le Hezbollah, ce qui permet aux musulmans ennemis de la démocratie, en Occident, de nous (leurs alliés progressistes présumés) inviter à manifester avec eux sous des banderoles à la gloire du Hezbollah. De l’autre, ils encouragent les haines et les sentiments revanchards qui nourrissent l’appel au Jihad mondial. La température est montée de cinq degrés sur l’échelle du Jihad mondial quand les musulmans du monde entier ont vu avec horreur et indignation le spectacle de ces enfants morts que des médias avides et mal inspirés ont transmis et exploité.

Si ç’avait été un échec pour l’entreprise médiatique du Hezbollah, et que le monde, horrifié, ait été témoin de la manipulation répugnante des cadavres, dont la mort est, en dernière analyse, de la responsabilité d’une secte morbide, on peut supposer que cette fièvre serait retombée. Non seulement les jihadistes auraient eu moins d’aliment nouveau à leurs haines, mais les vrais modérés en auraient été renforcés.

Mais au lieu de dénoncer le Hezbollah, notre photographe rend compte d’une façon qui véhicule son programme, au nom du peuple libanais. Au lieu d’aider un peuple sous l’emprise d’une minorité maléfique, les médias aident cette minorité maléfique en diffusant sa propagande empoisonnée comme de l’info « rien ne nous empêchera de parler des massacres israéliens. ». Et ce faisant, ils jouent le rôle d’une serre, enfiévrant les passions jihadistes en donnant de la publicité aux discours de mort et en enflammant le monde. Comment un musulman, n’importe où dans le monde, ne serait-il pas indigné par le soutien qu’apportent les États-Unis à une bande de tueurs en série, telle que les médias lui dépeignent Israël ?

Pourquoi ?

Pourquoi les mêmes médias qui ne cessent de tancer George Bush, le pape Benoît XVI ou n’importe qui critiquant l’Islam en leur reprochant d’aggraver les choses, se lancent dans des activités concrètement dangereuses qui presque incontestablement les aggravent. Pourquoi se taisent-ils ? Pourquoi ne dénoncent-ils pas ?

Il y a beaucoup de réponses à cette question, y compris de nature psychologique. Je veux ici en aborder deux : l’intimidation et le militantisme.

Nous ignorons, et nos médias ne font rien pour nous informer là-dessus, jusqu’où s’étend l’intimidation. Si vous n’avez pas suivi de près des incidents comme l’enlèvement de Bob Simon en Iraq (21 janvier 1991) ou plus récemment la conversion forcée de deux correspondants de la chaîne Fox News, vous n’avez aucune idée du niveau de violence contre les médias qui se manifeste actuellement dans le monde arabe, et de manière croissante dans tous les pays de culture musulmane. Dans le conflit israélo-arabe, l’assassinat et l’enlèvement de journalistes sont devenus banals à partir des années 70 et 80, au moment de la naissance de Pallywood, selon nos estimations.

Cela ne doit pas nous surprendre. C’est une caractéristique des sociétés fondées sur l’opposition honneur/déshonneur que toute critique des puissants soit perçue comme une agression justifiant des représailles. Et plus encore quand une secte mortifère prend le dessus et parvient à intimider la presse occidentale jusqu’à lui faire nier l’existence même de cette intimidation.

Ce qui transparaît dans les allusions de notre reporter anonyme aux intimidations - dont les implications semblent avoir échappé à la journaliste du Monde, suggère que cette culture de solidarité obligatoire exerce à plein son emprise sur le monde de l’info au Moyen-Orient. C’est la seule façon d’expliquer non seulement l’émergence de Pallywood, mais sa persistance, années après années, comment quelque chose comme l’affaire Al-Durah peut durer six longues années de dommages visibles, constants, sans que la vérité éclate.

Mais il y a une autre explication : que ces journalistes sont des militants, des idéologues engagés qui soit ignorent qu’ils encouragent le Jihad mondial, soit nient leur responsabilité, comme ce Bryan X. qui se dégonfle pour parler des photographes qui cèdent à la tentation “d’arranger” les scènes, pour le bien du peuple libanais.

C’est maintenant à eux de décider, s’ils continueront à se boucher le nez dans leurs écuries d’Augias, à traiter de réactionnaires ceux qui se plaignent de l’odeur, à faire leur cet axiome, clairement nuisible autant que malhonnête, qui consiste à rendre Israël responsable des malheurs des Arabes.

C’est à eux de faire preuve d’assez d’humilité pour envisager qu’ils puissent ressembler aux courtisans de cet empire dont le souverain était sorti nu devant ses sujets, eux qui ont gobé une ligne qui contredit la simple réalité sous nos yeux, et rassembler assez de courage pour parler franchement. C’est à eux de montrer plus de professionnalisme et moins d’idéologie. Comme je le disais à Charles Enderlin la première fois que je l’ai vu et ai visionné les rushes : « considérez , au moins comme une hypothèse de travail, que vous avez pu être dupés. » Et, de grâce, ne répondez pas comme lui « Impossible, ils ne songeraient même pas à tricher comme ça, car je m’en apercevrais aussitôt. »

L’heure de l’honnêteté a sonné, si pénible qu’elle puisse être. Ce n’est pas à vous de décider quelle information est bonne pour les Libanais, ou les Palestiniens.

Après ce paragraphe extrêmement révélateur, dont les conséquences dévastatrices semblent avoir échappé à la journaliste du Monde, celle-ci conclue par ces vœux pieux, qui sont aussi un plaidoyer en faveur des médias français :

Les plus optimistes espèrent que les blogs inciteront chacun à redoubler de prudence, en particulier dans la vérification et la mise en légende des images envoyées par les photographes. “Si l’AFP n’a pas été éclaboussée - mis à part quelques attaques négationnistes -, c’est qu’elle a été la première à créer un bureau de proximité, avance Patrick Baz. Nous étions trois éditeurs à Beyrouth, sur place, pour traiter les photos.” Alors que Reuters a fait le choix de délocaliser l’édition des photos à… Singapour. L’agence vient d’ailleurs de muter son responsable régional de la photographie pour le Moyen-Orient, Jack Dabaghian. Quant à AP, elle vient de faire une distribution générale de son code de déontologie, en précisant à ses photographes que, désormais, tout recours à Photoshop devait être validé par un supérieur.

Non, ce n’est pas le mieux que l’on puisse espérer, c’est le moins. Le mieux serait - si vraiment, suivant l’éthique de la profession telle qu’elle s’exprime sur le site lightstalkers, ces violations sont scandaleuses, qu’elles soient dénoncées haut et fort, que les journalistes des grands médias comme Claire Guillot cessent d’en rendre compte d’une façon superficielle, trompeuse et orientée, qui minimise le problème, de donner la parole aux principaux acteurs, conscients ou inconscients, de Pallywood, de marginaliser ceux qui tirent la sonnette d’alarme et de maintenir l’opinion dans l’obscurité.

Appel aux personnels des médias

S’il vous plait, Bryan X., et tous les autres reporters et photographes qui en savent plus… Un peu de courage et d’honnêteté ! Pourquoi ne pas rendre des comptes à vos lecteurs, qui dépendent de vous, plutôt qu’à vos chauffeurs/interprètes qui vous ouvre les portes ou qu’à vos collègues qui se liguent pour défendre leur réputation professionnelle ? Que diriez vous de fissurer la loi du silence qui est à l’origine de vos écuries d’Augias ?

Les gens pourraient alors décider par eux-mêmes qui est responsable des souffrances du peuple libanais, au lieu que ce soit vous qui en décidiez. Les gens pourraient alors se défendre contre la manipulation de leurs émotions par les jihadistes qui jouent, justement, avec ces sentiments humains qu’ils ne partagent pas, et même méprisent, pour diaboliser les Israéliens qui, eux, partagent ces valeurs pour la vie et le respect des innocents.

C’est le mécanisme des accusations de crime rituel. Les calomniateurs projettent leur haine sur les calomniés, dans l’espoir de susciter une haine plus violente en retour. Pourquoi diable les médias d’aujourd’hui veulent-ils véhiculer ces atrocités médiévales ? Quand se réveilleront-ils de leur torpeur ? Hein, Claire Guillot ?

Publié dans ISRAEL

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