Les discours imaginaires d’une précieuse ridicule

Publié le par shlomo


Libération nous propose, le 11 juin 2008, la tribune d’une obscure ex-candidate belge aux élections sénatoriales. Notre collaboratrice, Liliane Messika, n’a pas manqué l’occasion de la contrer sur ses propres contradictions. Un papier au vitriol que l’intéressée a bien cherché !

Mme Simone Susskind, qui a récolté 2,03% des voix aux dernières élections sénatoriales belges francophones (en 2007) devrait connaître les difficultés suscitées par la composition binationale d’un Etat, comme en témoigne la complexité du processus électoral qui lui a permis d’obtenir 16000 voix…

Cela ne l’empêche pas de donner des leçons à un Premier ministre qui ne lui a rien demandé.

S’auto-proclamant nègre d’Ehud Olmert, Mme Susskind écrit à son intention un discours qui eût, si le chef du gouvernement israélien avait eu la bonne idée de s’en remettre à ses conseils, entraîné immédiatement une paix sereine et dénuée de toute arrière-pensée entre les peuples juif et palestinien (lire ce "discours" dans les pages Rebonds de Libération).

Un nègre au parfum de noirceur

Le discours idéal - selon Mme Susskind - aurait demandé à Ehud Olmert une pulsion effrénée à l’autoflagellation, mais on n’a rien sans rien et de cette seule et unique contrition dépend, dans son imaginaire, la paix du monde entier. Ou au moins celle de ses organes…

Qu’Olmert commence donc à demander pardon d’être né dans une famille de militants sionistes (péché originel impardonnable) prônant « la création d’un Etat juif sur la totalité de la terre d’Israël incluant les deux rives du Jourdain », autrement dit la totalité du territoire confié par la SDN à la Grande Bretagne pour y établir un foyer national juif !

Mme Susskind, qui préside une organisation nommée « Actions in the Mediterranean » n’envisage manifestement pas d’inclure l’étude de l’histoire ou la mise en perspective au nombre de ces actions.

Il est clair que la pénitence à laquelle elle invite Olmert à se plier n’a strictement rien à voir avec le droit international, avec le monde rationnel ou avec la sémantique. Il s’agit là de s’abandonner à un fantasme masochiste personnel et intime en dehors duquel la dame peine à jouir.

« La colonisation a été notre grand projet », fait-elle encore regretter au repentant, démontrant ainsi son ignorance du sens du mot colonie : « Territoire occupé par une nation en dehors de ses propres frontières. Elle l'administre et le maintient dans un état de dépendance. »

La nation juive aurait-elle projeté d’annexer un territoire en-dehors de ses propres frontières (lesquelles en 1947 ?) ou bien les parents de M. Olmert acceptaient-ils tout simplement la décision de la SDN d’autoriser le peuple juif, comme tous les autres peuples de la terre, à disposer de son autonomie sur la terre de ses ancêtres ?

Certes, la puissance mandataire, la Grande-Bretagne, avait profité de son statut, en 1922, pour retrancher de ce territoire la partie Est du Jourdain, soit les ¾ de la surface totale, afin de l’offrir à son obligé hachémite en remerciement de services rendus lors de la Première Guerre mondiale.

C’est la Grande-Bretagne qui a colonisé ce territoire étranger pour en faire don à un de ses vassaux sous le nom de Transjordanie, puis de Jordanie.

Et c’est de cela que M. Olmert doit demander pardon ? Et à qui ?

Du procès d’intention comme procédé de masturbation

Aujourd’hui, 60 ans plus tard, « colonie » est devenu un gros mot dans l’ex-empire colonial belge. Incriminer Israël des péchés Léopoldiens, n’est-ce pas là une exquise jouissance ?

Mme Susskind use et abuse de ce godemiché intellectuel. Ne pouvant passer sous silence la restitution du Sinaï à l’Egypte par Israël en échange de la paix, elle l’explique par le machiavélisme inhérent au juif fourbe et cauteleux : « Nous n’avons pas accepté de gaieté de cœur la restitution du Sinaï à l’Égypte, mais ce sacrifice était nécessaire pour garantir la paix avec le pays arabe le plus important de la région et assurer notre mainmise sur la Palestine et le Golan. »

Qui est le « nous » au cœur lourd inventé par la masochiste belge ? M. Olmert ? A-t-elle sondé son cœur et ses reins ou lui impute-t-elle sa propre noirceur ? S’agit-il de Sharon qui à cette époque a lui-même, manu militari, évacué les fermiers juifs des kibboutzim qu’ils avaient fait fleurir dans le désert ?

Et en quoi le fait de rendre un territoire en échange de la paix, comme les Israéliens le demandaient via l’ONU depuis Juin 1967, leur aurait-il permis « d’assurer leur mainmise » sur la Palestine (de quel Etat fantasmatique s’agit-il encore là ?) et sur le Golan (que le même Olmert est justement en train de négocier avec la Syrie au moment où Mme Susskind l’accuse du contraire !)

La sado-maso du keffieh

Qu’importe, encore une fois, le réel et l’histoire puisque le nègre auto-proclamé d’Olmert vise exclusivement à son propre orgasme ! D’où « les excuses du gouvernement de l’Etat d’Israël » qu’elle jubile d’imaginer le voir présenter « pour les souffrances que nous avons été amenés à vous infliger tout au long de ce siècle douloureux pour nos deux peuples ».

Les souffrances dont il est question ne sont, bien entendu, pas celles que les milices armées ont infligées aux Palestiniens de Gaza. Non, celles-là sont passées sous silence. Pourtant, elles ont, en presque trois ans, fait autant de victimes que les 30 ans d’occupation israélienne.

Non, ce qui préoccupe Mme Susskind, c’est le « mur infranchissable ». Infranchissable par les terroristes, puisqu’ils ont fait tomber le nombre d’attentats de deux cents par an à zéro.

Il paraît que les tueurs en série tuent parce que c’est le seul stimulus qui les conduise à l’orgasme. Pour l’instant, les seules victimes de Mme Susskind sont l’honneur d’Israël et l’histoire. Gare à l’escalade !

Les Juifs, lors du Seder de Pâques, par lequel ils célèbrent la fin de leur esclavage en Egypte, chantent une litanie de « dayénou », « cela nous aurait suffi ». Si leur dieu s’était contenté de rendre leur sort moins pénible sous la férule de Pharaon, ça leur aurait suffi, si leur dieu s’était contenté de le faire sortir d’Egypte, ça leur aurait suffi…

Mais rien ne suffira à Mme Susskind pour parvenir à l’orgasme salvateur tant qu’une parcelle de l’histoire juive n’aura été entièrement recouverte par la noirceur des procès d’intention qu’elle fantasme à leur égard.

S’il existait un Moïse Siffreddi pour sortir le peuple juif des fantasmes de Mme Susskind, ça lui suffirait sûrement !

Liliane Messika

© Primo,

 

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