Iran-Syrie : Pourquoi Bush a imposé sa vision à Sarkozy

Publié le par shlomo

Avant l’arrivée de Bush, Sarkozy évoquait une reprise du dialogue avec la Syrie, un dialogue sans condition pour aider l’ambitieux projet UPM (Union pour la Méditerranée) et avec un lointain espoir d’éloigner le leader syrien de l’Iran. Après le passage de Bush, Sarkozy a aligné ses positions sur le résident de la Maison-Blanche qui exige une rupture entre Téhéran et Damas, préalablement à tout dialogue. La demande de Bush a deux aspects différents mais convergents.

Tout d’abord, ce n’est pas ainsi que l’on pourra défaire l’Axe Iran-Syrie, cet axe étant lié à des réalités géo-politiques. En autre, les américains ne se privent pas eux-mêmes de dialogue indirect avec la Syrie : Jimmy Carter, le nouvel ami d’Obama s’y est rendu récemment pour rencontrer les chefs du Hamas ! La défense de dialoguer avec la Syrie ne s’applique pas aux américains ! Au fond, l’alignement de Sarkozy n’y change rien sauf pour la France qui risque de perdre ses atouts dans le projet UPM (Union pour la Méditerranée).

C’est peut-être ainsi qu’il convient dans un premier temps d’analyser la demande américaine de soumettre l’offre de dialogue avec la Syrie à une condition américaine. Les Etats-Unis ne souhaitent pas que Sarkozy réussisse ce projet ambitieux aux multiples retombées économiques pour la France.

La France est une alliée de Washington mais aussi sa concurrente en Afrique dans le domaine de vente d’armes ou de technologies. Les Etats-Unis s’intéressent à ce continent jadis tourné vers la France. De plus, l’UPM pourrait même placer la France comme un concurrent des américains sur d’autres marchés, l’Egypte, la Turquie… En demandant à Sarkozy de mettre la pression à Assad, Washington tente de compromettre le voyage en France du dirigeant syrien. Quelques jours plus tôt, c’est la Libye, l’ex-agitateur officiel du monde arabe qui a un deal avec Washington, qui a torpillé le projet ambitieux de Sarkozy sans aucun motif raisonnable. On ne se méfie jamais assez de ses amis.

Il n’en va pas de même entre la Syrie laïque et le régime islamiste des mollahs : leurs relations ne sont pas amicales mais géopolitiques et les deux Etats ne sont pas concurrents mais complémentaires. De plus Téhéran fournit gratuitement du pétrole et des armes à son allié et se bat pour obtenir des garanties de sécurité pour le package qui comprend le régime des mollahs et ses alliés : la Syrie, le Hezbollah, le Hamas et désormais l’armée de Mahdi en Irak.

La Syrie ne peut lâcher un si bon allié qui est de plus sans arrêt courtisé par les américains pour accepter un deal. Si Washington veut que Damas lâche Téhéran, il faudrait qu’il renonce d’abord à son propre deal avec l’Iran et se mette en position de renverser son régime. Dans ce cas, la Syrie cherchera un autre allié puissant qui ne sera en aucun cas Riyad, Washington ou Paris mais plutôt Pékin ou Moscou. Mais au fond, peu importe alors que Damas passe à l’Est, si Téhéran redevient un îlot de stabilité et l’allié énergétique de l’Occident.

Une fois encore, tout est lié à Washington et sa volonté de contrôler un régime agitateur pour contrôler l’agitation dans le monde musulman afin de perturber des projets comme l’UPM ou encore l’expansion de l’économie chinoise en Asie centrale. Cyniquement, Washington utilise la France pour renforcer cette politique hostile à la France (dans le cadre de son soi-disant hostilité au programme nucléaire iranien).

Or, c’est ce projet d’entente avec les agitateurs du monde musulman qui imprime sa marque à la politique iranienne des Etats-Unis, une politique d’isolement qui n’est constituée que de d’hostilité et pressions mesurées pour contraindre les mollahs à accepter un deal aux conditions américaines.

Téhéran qui connaît le fond du problème rejette les différentes offres commerciales des 5+1 pour trouver un deal avec son adversaire. Téhéran fait traîner la lutte, en utilisant un dialogue stérile avec les Européens, en espérant tenir jusqu’en novembre 2008 pour assister à l’élection d’Obama et l’adoption d’une autre politique américaine à son égard [1] . Chacune de deux parties utilise ses partenaires européens pour ses projets de deal immédiat ou différé.

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Publié dans IRAN NUCLEAIRE

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