Iran - Gazprom : Un marché de dupes

Publié le par shlomo

Dans la folle semaine que vient de passer Téhéran, les mollahs ont obtenu la garantie que les occidentaux tenaient à la survie de leur régime, et aussi la certitude qu’ils n’écoperaient pas de nouvelles sanctions bancaires (par exemple européennes). En revanche, en l’absence de sanctions directes, ils ont dû expérimenter une nouvelle forme de sanction : le retrait de Total qui les a privés de quelque 10 milliards de dollars promis.

Cette somme aurait pu sortir le régime du marasme économique qu’il connaît. Dépité par ce mauvais coup, Téhéran a réagi en affirmant que ce retrait ne l’ébranlait pas. Ceci est évidemment faux : l’industrie pétrolière iranienne est en panne et nécessite d’importants capitaux étrangers pour fonctionner.

En mai 2006, Mehdi Bazargan, directeur du Centre iranien d’Etude et de Développement Pétrolier, avait annoncé que le pays aurait besoin en 2007 d’au moins 7 milliards de dollars d’investissement étrangers pour développer ses gisements pétroliers et gaziers.

En l’absence d’un engouement dans ce sens, en décembre 2006 il avait revu ses prétentions à la baisse et ne cherchait plus que 4 milliards pour 2007, et finalement en février 2007, l’actuel ministre du pétrole Nozari affirmait que le pays se contenterait de 500 millions d’Euros d’investissements pour l’année en cours.

Les 10 milliards de dollars de Total étaient donc 20 fois supérieurs à la dernière attente de Téhéran. Cette situation est principalement due au fait que Téhéran ne profite pas de la flambée du baril car il vend uniquement des concessions d’exploitation (contrats buy-back) à des compagnies étrangères sur la base d’un prix sous-évalué d’environ 8 à 12 dollars le baril ou 9 dollars les milles mètres cubes de gaz.

Affirmer que ce retrait ne l’ébranle pas, sonne évidemment faux surtout aux oreilles des patrons de Total qui connaissent l’état de dépendance des mollahs aux investissements étrangers et aussi l’état de leurs caisses vides. Téhéran a donc décidé de partir à l’offensive de leur certitude par deux annonces presque simultanées.

Shana l’agence de presse de la compagnie pétrolière iranienne, a annoncé dimanche la découverte d’un nouveau champ pétrolier contenant des réserves estimées à 1,1 milliard de barils de « sweet crude oil », une très bonne qualité de pétrole contenant moins de 0,5% de soufre. Et tout de suite dans la foulée, Shana a annoncé la signature d’un accord de coopération avec le géant russe Gazprom, comme pour affirmer que Total était facilement remplaçable.

Sur un plan concret, l’accord est une catastrophe pour l’Iran car il permet aux russes de prendre le contrôle de deux gazoducs en projet et d’importants volumes de gaz et de pétrole iraniens que la Russie commercialisera à sa guise aux prix de son choix. De ce point de vue, l’accord éliminerait l’Iran comme étant un fournisseur alternatif au monopole européen de Gazprom.

Mais Téhéran ne se fait pas d’illusion. Les mollahs savent que les russes se montreront avares et ne se précipiteront pas pour investir en Iran. En effet, Moscou se doute que les mollahs renfloués seront en mesure de tenir le coup jusqu’à l’arrivée d’Obama pour trouver un accord avantageux avec lui. Il n’y aura donc aucun investissement concret susceptible de remplacer les 10 milliards de Total.

En fait, c’est un marché de dupes. Moscou se convainc qu’il va prendre le contrôle d’un concurrent alors que Téhéran cherche à intimider les européens et leur faire craindre une alliance énergétique avec la Russie, alliance qui les priverait de leur seule alternative face à Gazprom.

© WWW.IRAN-RESIST.ORG

Publié dans IRAN NUCLEAIRE

Commenter cet article