DE LA "POLITIQUE ARABE DE LA FRANCE " A L'UPM?

Publié le par shlomo

par Robert Cotta
 

Cette réunion d'une quarantaine de pays se rassemblant sous le nom d'Union pour la Méditerranée, le 14 juillet sous les ailes de la France comme si elle en était la "métropole" a quelque chose de profondément irréaliste quand on analyse les faits.

Grandeur et déclin

Décidément, la France ne se remettra jamais de la grandeur et du déclin de la puissance française : grandeur française aux temps du Roi-soleil, Louis XIV, où la France était le pays le plus peuplé d'Europe, grandeur de la France lorsqu'elle dominait toute l'Europe aux temps de Napoléon, grandeur de la France aux temps du colonialisme des 19è et 20è siècles où existait l'Empire français. Un impressionnant empire dont la génération actuelle ne mesure pas l'étendue, jugez-en plutôt : Guinée Cameroun, Togo, Mali, Sénégal, Madagascar, Bénin, Niger, Burkina, Côte d'Ivoire, Tchad, République centrafricaine, Congo, Gabon, Mauritanie, Djibouti, Guinée, rien qu'en Afrique noire; et en Afrique du Nord : Tunisie, Algérie, Maroc ; en Indochine : Viet Nam, Laos, Cambodge, sans oublier quelques îles du Pacifique. Seul le Commowealth était plus étendu. Cet Empire s'est effondré en moins de vingt ans après le reclassement géopolitique consécutif à la deuxième guerre mondiale.

Le général de Gaulle, chantre de la grandeur de la France, a cependant présidé à l'essentiel de la décolonisation française mais sans rien céder de son ambition pour la grandeur de la France. Il avait compris que l'Empire, c'était fini et le colonialisme aussi. Mais lui, qui raillait tant l'ONU qu'il appelait "le machin", avait compris que les Nations étaient désormais plus de cent cinquante et que les pays arabes et musulmans en constituaient près du tiers.

Ainsi germa l'idée, sous l'égide de Maurice Couve de Murville, l'inspirateur du Quai d'Orsay, de "la politique arabe de la France". La France pouvait se servir des pays arabes comme "clients politiques" pour peser dans les instances internationales. Un jeu ambigu où l'on ne sait trop qui était au service de qui, mais au centre duquel Israël servait de bouc émissaire commode : c'est Israël qui servait de ciment dans une monde arabe éclaté, c'est Israël que la France utilisait comme victime expiatoire pour cimenter le monde arabe autour d'elle.

Mais ces dernières années, la politique arabe de la France battait de l'aile. Avec la guerre d'Irak, la France avait perdu en Saddam Hussein son meilleur pion. Elle n'a pas manqué de le faire payer très cher aux Américains. La Jordanie, bien qu'elle fasse partie de la Ligue arabe, sortait , avec Abdallah, de l'orbite de la politique arabe de la France. La mort d'Arafat a réduit l'influence française toujours très forte cependant. L'Egypte après Camp David avait aussi pris ses distances. Quant à l'Arabie, devenue avec le pétrole une super puissance économique et financière, elle a gardé un rapport privilégié avec les USA dès les accords signés avec Roosevelt en 1940 en lui offrant la protection militaire en échange de l'essentiel de son approvisionnement pétrolier. Quant à la Syrie, elle ne s'est jamais sentie engagée par la politique arabe de la France dont elle se méfie depuis des décennies. L'actualité met les feux de le a rampe sur le "renouveau" des relations entre la Syrie et la France et un article "Sarkozy, Assad et nous" est publié en ligne ce jour sur le site.

La "politique arabe de la France" est aujourd'hui dépassée devant le nouvel ordre géopolitique mondial. Telle est la réalité.

L'Union pour la Méditerranée

Sarkozy semble bien l'avoir compris et a pris l'initiative de lancer l'Union pour la Méditerranée en saisissant l'occasion du 14 juillet où de nombreux chefs d'Etat dont conviés.

Quel avenir possible pour cette Union ? En principe on ne peut que se féliciter que des Etats décident de se concerter et de débattre sur des problèmes et sujets d'intérêts communs. Mais l'entreprise risque de se confronter à nombre d'écueils.

Le premier est qu'une telle organisation comporte un enjeu politique. On en connaît déjà les membres qui seront 44.

Qui la présidera ? La France qui l'a initiée ? Compte tenu que nombre de ces Etats ont été récemment décolonisés, l'entreprise paraîtrait être un néo-colonialisme qui cacherait mal son nom. Sarkozy a habilement choisi pour cette première réunion, une co-présidence avec Hosni Moubarak, avec une volonté de duo Nord-Sud. L'Egypte n'a jamais été colonisée par la France et c'est un Etat, politiquement et démographiquement, de poids. Soit, mais demain ? Il faudra bien régler la question peut-être à "l'européenne", selon une présidence double et tournante.

Où aura-t-elle son siège ? Vaste question ! La France peut difficilement la revendiquer, précisément parce qu'elle donnerait l'impression d'avoir lancé l'initiative avec des arrière-pensées politiques Un petit pays tel la Tunisie ou même Malte ? En tout cas, sûrement pas Israël !

Quels en seront le règles de fonctionnement ? Les décisions seront-elles prises à la majorité ou à l'unanimité ? Si elles sont prises à la majorité, il y aura forcément une majorité et une opposition et il se créera, forcément aussi, des jeux d'alliances et d'intérêts ainsi que des marchandages. L'Union ne manquera pas alors de capoter. Si les votes se feront à l'unanimité, il faudra se limiter à des sujets qui ne fâchent personne ou qu'à des voeux pieux ou des "résolutions" inefficaces.

Plus grave encore : ces 44 pays n'auront pas forcément des problèmes qui soient communs à tous de manière identique, voire contradictoires. L'eau, la pollution, l'immigration, le terrorisme etc. ne pourront avoir des solutions équitables et valables pour tous. Et plus encore, ces problèmes seront aussi communs à des pays limitrophes à cette Union. Alors pourquoi décider sans eux ? Oui mais alors, quelles seront les limites de l'Union ?

On se demande si, en fin de compte, si ce ne sera pas encore une "usine à gaz" comme le sont déjà l'ONU et l'Europe.

Les Juifs et l'UPM

Enfin, la question se pose forcément pour nous, les Juifs et Israël. Nous insistons sur le "et" : les Juifs et Israël. Israël est un Etat, et l'on ne peut que se féliciter que Sarkozy ait réussi à rassembler des pays dont plusieurs ne reconnaissent pas l'existence de cet Etat d'Israël. C'est un bon signe. Mais il comporte de graves risques. Passe que la Syrie ait demandé à siéger à distance d'Israël. Mais déjà Bassar el Assad soulève le problème d'une Union abolissant le nucléaire militaire. L'allusion est transparente : le rêve des pays arabes c'est un Israël dénucléarisé afin de le détruire facilement face au nombre. Surprenante proposition, alors que la Syrie détient nombres d'armes "sales" et qu'Israël vient de détruire des installations nucléaires syriennes. Encore plus surprenant, alors que la France, puissance nucléaire, devrait de dénucléariser !

Si l'UPM doit pouvoir travailler utilement il faut d'abord et avant tout qu'il n'y ait pas de conflit militaire latent entre ses membres. Israël doit donc être reconnu officiellement. C'est loin d'être fait. Et de plus, à quel prix ? Quid de Jérusalem, des réfugiés, des frontières, du terrorisme, etc ?

Il faut aussi reconnaître Israël comme Etat mais aussi comme Etat juif, car le monde arabe fait semblant de croire que Juif relève seulement de la religion, alors que, bien sûr, il s'agit également d'un peuple. Nous sommes Juifs comme peuple et juifs comme religion de même qu'un Egyptien est à la fois musulman et arabe.

L'UPM doit reconnaître cette double dimension : il y a des états de peuples arabes et de foi musulmane, de même qu'il y a l'Etat d'un peuple juif et de religion juive. Il ne faut en aucun cas que l'adhésion à l'UPM ne soit un prétexte pour notre assimilation et la destruction de notre identité juive.

Pour toutes ces raisons, malgré les envolées lyriques de Kouchner, nous ne croyons pas à la réussite de l'UPM.

Publié dans FRANCE

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