Djihadistes salafistes à Gaza : "Comparé à nous, le Hamas c’est de l’islamisme léger"

Publié le par shlomo


par Annie Lessard, Marc Lebuis


Leur objectif est le pouvoir mondial et ils sont prêts à abattre des innocents pour y arriver. Un groupe d’islamistes ultra-radicaux s’entraînent dans la bande de Gaza, et le magazine allemand d’extrême-gauche Spiegel Online a rencontré un de leurs dirigeants. Les mouvements salafistes sont aussi présents au Canada et ailleurs en Occident où ils propagent librement leur idéologie subversive, totalitaire et haineuse.

Le salafiste faisant l’objet de l’article de Spiegel Online (traduction ci-dessous) est typique des djihadistes auxquels nous avons consacré de précédents articles analysant leurs motivations et leur psychologie (ici), (ici) et (ici), tout en décrivant les fondements théologiques du djihad qu’ils mènent contre l’Occident. Ils viennent de milieux aisés et sont éduqués, ayant souvent étudié dans des universités occidentales. Ils sont en proie à des sentiments conflictuels d’amour-haine pour la civilisation occidentale et sont envahis par la peur de l’enfer. Ils méprisent la liberté individuelle, surtout celle des femmes, ainsi que la démocratie.

Ils mettent en relief l’absence de valeurs morales de l’Occident et menacent de l’enfer ceux qui adopteront son mode de vie. Ils endoctrinent leurs adhérents et leur inculquent l’observance la plus stricte des obligations et des interdits comme seule voie pour accéder au statut de bon musulman et ainsi mériter le paradis.

L’idéologie salafiste (appelée aussi wahhabisme) est largement responsable du soi-disant « choc des civilisations ». Au Canada, cette idéologie est propagée à travers un réseau de centres et de mosquées affiliés à la Ligue islamique mondiale.

Face à l’avancée islamiste dotée de moyens et de ressources inépuisables provenant de l’Arabie Saoudite et des ayatollahs iraniens, la résistance moderniste est peu outillée et ne retient pas l’attention des politiciens ni celle des médias en Occident. Par peur du conflit, les sociétés occidentales laissent perdurer le problème. Si leur inaction se prolonge, elle rendra le conflit inévitable. C’est pour cela que le travail de fourmi est essentiel. Il consiste à informer les gens et à les inviter à réfléchir.

Traduction de : SALAFI JIHADISTS IN GAZA : ’Compared to Us, Hamas Is Islamism Lite’, par Ulrike Putz, Spiegel Online, le 18 juilleet 2008

Djihadistes salafistes dans la Bande de Gaza : « Comparé à nous, le Hamas, c’est de l’islamisme léger »

Leur objectif est le pouvoir mondial et ils sont prêts à abattre des innocents pour y arriver. Un groupe d’islamistes ultra-radicaux s’entraînent dans la bande de Gaza, et Spiegel Online a rencontré un de leurs dirigeants.

Ce n’est pas facile de trouver un endroit pour rencontrer celui qui se fait appeler Abu Mustafa. Un certain nombre d’endroits ont été convenus puis rejetés. Enfin, après des heures sur la route autour de la Ville de Gaza avec le chauffeur d’Abu Mustafa, l’appel est venu. La rencontre aura lieu sur la plage. Il y a suffisamment de personnes sur la plage pour que l’on n’attire pas trop l’attention, a expliqué mon interlocuteur. L’absurdité de cette notion fût bientôt évidente.

La plupart des gens ne se tiennent pas sur les plages de Gaza comme le fait Abu Mustafa. Il traverse la plage sur des béquilles, sa jambe enveloppée de plâtre jusqu’à la cuisse. Les vêtements pakistanais qu’il porte sont également étrangers - et la chemise blanche qui descend à ses genoux rend sa marche sur des béquilles encore plus difficile. Il s’effondre finalement dans une chaise en plastique. « Que la paix soit sur vous », dit-il tranquillement, en accueillant son invité.

Beaucoup de gens voudraient parler à Abu Mustafa ces jours-ci – une dizaine d’hommes l’appellent chaque jour. Abu Mustafa détient la clé d’une idéologie vers laquelle plusieurs se tournent dans la bande de Gaza : le djihadisme salafiste, une croyance dans la forme la plus radicale de l’islam. « Nous nous réunissons en secret dans des mosquées et des maisons privées », dit Abu Mustafa, qui pour plusieurs est devenu la porte d’entrée du mouvement. Il dit qu’il y a présentement 5.000 salafistes, sans compter les femmes et les enfants.

« Un homme très dangereux »

« Nous ne sommes pas suffisamment bien organisés, mais nous sommes en train de mettre en place des réseaux », déclare l’homme de 33 ans. Éventuellement, espère-t-il, un puissant mouvement naîtra. Les membres reçoivent déjà un entraînement sur le maniement des armes et sont formés tant sur le dogme que sur la stratégie. « Lorsque le combat commencera, ils ne montreront aucune pitié », a déclaré un intermédiaire pour l’entretien - lui-même un combattant dans une milice armée - avant la rencontre sur la plage. « Abu Mustafa est un homme très dangereux ».

Les salafistes - que l’on appelle parfois les wahhabites - rêvent du monde tel qu’il était avant que l’islam soit changé par des innovations et influences culturelles. Ils cherchent à vivre une vie pieuse, dans la crainte de dieu et conformément aux prescriptions de la religion, une vie semblable à celle des musulmans de l’origine. À première vue, un tel système de croyances ne diffère pas beaucoup de celui d’autres sectes utopistes - si ce n’était de leurs idées sur la guerre sainte. Pour faire de leur vision une réalité, Abu Mustafa et ses hommes sont prêts à se battre et à tuer des innocents.

« Écoutez », dit Abu Mustafa, dont la barbe tombe en cascades sur sa poitrine, « il y aura trois possibilités. Certains trouveront le chemin de l’islam. Ceux qui ne veulent pas se convertir pourront vivre en paix sous l’autorité de l’islam. Toutefois, pour ceux qui ne veulent pas accepter l’hégémonie de l’islam, la guerre sainte est la seule solution. Alors nous devrons nous battre, tout comme nos frères l’ont fait le 11 septembre », dit Abu Mustafa.

« Les attentats sur New York et à Washington, DC, il y a sept ans ont été une réponse au mépris envers l’islam par le monde occidental », dit-il. « Si les musulmans sont attaqués n’importe où dans le monde, quelqu’un doit frapper en retour, et l’endroit n’a pas d’importance ». L’islam salafiste, c’est comme un chat, dit-il. « Il est très amical, mais s’il est attaqué, il se transforme en tigre ».

Le véritable islam

« Nous nous sentons comme Al-Qaida et nous pensons comme eux », dit Abu Mustafa. Il ne veut pas dire s’il a des contacts avec le groupe terroriste d’Osama Bin Laden, mais en parle vaguement comme « une possibilité ». Il a également esquivé la question de savoir si des étrangers ont joint le mouvement salafiste dans la bande de Gaza.

Abu Mustafa n’est pas friand d’interviews avec les journalistes. C’est encore risqué pour le groupe de sortir de sa clandestinité, dans la mesure où le Hamas - le groupe islamiste palestinien qui contrôle la bande de Gaza – voit les salafistes avec suspicion. Les deux groupes prétendent représenter le véritable islam, et les deux se font concurrence pour les mêmes adeptes. C’est par gratitude que Abu Mustafa a finalement accepté de rencontrer Spiegel Online, dit-il. « Je dois beaucoup aux Allemands », explique-t-il dans son allemand lent.

Abu Mustafa a obtenu un diplôme de l’Université de Sarrebruck en Allemagne de l’ouest. Pendant sept ans, jusqu’en 2000, il a étudié le génie chimique et généralement mené la vie d’un étudiant normal. Il avait des emplois occasionnels avec une compagnie de déménagement ou dans la construction, et à l’occasion il cuisinait des plats palestiniens pour les autres étudiants vivant dans le dortoir. « L’Allemagne me manque », a-t-il dit. Il a même cherché sur Google Earth pour la rue où il vivait et la cafétéria où il avait l’habitude de manger.

Il explique qu’il a été largement accepté en Allemagne et y a trouvé des personnes tout à fait amicales. Le seul problème est venu quand il a rencontré des femmes à peine vêtues ou des camarades de classe qui passaient beaucoup de temps dans les clubs et les bars. Il dit que ces expériences l’ont enraciné plus profondément dans ses convictions. « Ce serait préférable que ces personnes suivent le pur islam », a-t-il dit. « Nous allons essayer de leur apporter cette religion ».

Le salafistes avertissent l’Allemagne que son soutien à Israël et sa participation à des opérations en Afghanistan en font clairement une cible pour ses collègues islamistes. Il affirme qu’il n’agirait jamais lui-même contre sa « deuxième patrie », tout en prévenant que « l’Allemagne devrait avoir peur d’être attaquée ».

Lutte pour une influence mondiale

Les salafistes de la bande de Gaza se sont fait connaître du monde en mars 2007, lorsque les djihadistes du Jaish al Islam (Armée de l’islam) ont enlevé le journaliste de la BBC Alan Johnston, qui était basé dans la bande de Gaza. Le groupe est une petite faction des Salafistes. Ils ont détenu Johnston en otage pendant quatre mois, menaçant de le tuer et de montrer des images de lui portant une ceinture d’explosifs. Abu Mustafa dit que c’était une tactique légitime dans la lutte pour l’islam. « Ce n’est rien de personnel. C’était un message à l’Occident qu’il devrait libérer les musulmans emprisonnés ». « Pour le moment », ajoute-t-il en se faisant rassurant, « les journalistes étrangers ne sont pas en danger dans la bande de Gaza ».

En effet, dit Abu Mustafa, lui et ses compagnons d’armes réalisent qu’ils ont besoin d’être patients. Il y a un long chemin à parcourir avant qu’ils puissent entreprendre leur lutte pour une influence mondiale. Ils doivent d’abord s’occuper d’un ennemi plus proche : le Hamas.

Jusqu’à présent, le Hamas a fait ce qu’il peut pour garder les salafistes sous contrôle. Ils savent que les ultra-radicaux attendent de prendre en charge la position de leadership du Hamas. « Ce sont des traîtres », dit Abou Mustafa du Hamas. « Par rapport à nous, ils sont l’islamisme léger ».

Néanmoins, il est prêt à être miséricordieux. « Nous allons leur donner la chance de se détourner de la mauvaise voie », explique-t-il. Et qu’arrivera-t-il s’ils n’acceptent pas cette offre ? « Il y aura alors confrontation », promet Abu Mustafa, joignant ses poings. Il pense cependant qu’il est peu probable que les salafistes devront prendre les armes contre le Hamas. « Ce ne sera pas nécessaire. Ils s’auto-détruiront ».

Lutte pour le pouvoir

Son explication est claire. « Pour de nombreuses personnes à Gaza, le Hamas représentait la promesse d’un mode de vie islamique », dit Abu Mustafa. Mais une fois que le groupe a pris le pouvoir dans la bande de Gaza il y a plus d’un an, beaucoup ont été déçus. Sur les 10 dissidents qui l’appellent tous les jours, plusieurs sont des combattants du Hamas, prétend-il. « Ce sont des hommes coriaces et ils ont des informations de l’intérieur. Ils seront très utiles si on en arrive à une lutte pour le pouvoir ».

Le plus grand péché du groupe, dit Abu Mustafa, qui est aussi le père de deux enfants, est son effort pour faire coexister l’islam et la démocratie. « Le Hamas représente un islam de style américain. Ils ont essayé de s’attirer des faveurs ». Ce qui n’est pas une si mauvaise chose pour Abu Mustafa et ses salafistes. « Le Hamas est comme un bloc de glace au soleil », a-t-il dit. « Chaque minute, il rapetisse, et nous, nous croissons ».

La jambe cassée d’Abu Mustafa et les cicatrices sur sa main droite sont le résultat d’une attaque de roquettes israéliennes. En janvier, lui et quelques-uns de ses camarades ont tiré des roquettes sur Israël à travers la frontière. Ensuite, comme ils retournaient chez eux, un missile israélien les a frappés.

Quatre hommes ont été blessés et un autre, comme dit Abu Mustafa, est devenu un martyr. Le fait que sa jambe lui fasse encore mal six mois plus tard est une chose qu’il endure avec stoïcisme. « Ce n’est pas important comment on se sent dans cette vie, ce qui compte c’est si on entre en enfer ou au paradis après la mort », a-t-il dit.

Pour sa part, Abu Mustafa soutient qu’il n’a pas peur de la mort. Il dit qu’il ne lutte pas pour les choses du monde. Et il espère qu’il mourra en combattant pour ses convictions.

« D’autre part », dit-il avant de se relever et de marcher en boitant vers sa voiture, « j’aimerais beaucoup voir ma fille se marier. Peut-être qu’elle se mariera d’abord, et que je deviendrai ensuite un martyr ».

Voir aussi :

La Ligue Islamique Mondiale propage l’islam wahhabite au Canada

Farhat Hashmi enseigne l’islam wahhabite au Canada

Un salafiste et un djihadiste se dénoncent réciproquement – L’imam Al-Hayiti de Montréal et Adil Charkaoui

Pays-Bas - Un imam salafiste prêche le "devoir de haine" envers les infidèles

Espagne - La Reconquista inversée. Le salafisme progresse en Catalogne

Comment on devient djihadiste - le combat existentiel contre l’Occident

Publié dans ISLAM

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