UN CRITIQUE DES MEDIAS POURSUIT EN JUSTICE DES ORGANES DE PRESSE FRANCAIS

Publié le par shlomo


Paul Lungen

 

The Canadian Jewish News

Texte original anglais : "Media critic suing French news outlets".

 

Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org

 

Après avoir gagné en appel le procès que lui avait intenté la chaîne nationale de télévision française, Philippe Karsenty passe à l’offensive.

Responsable d’une organisation d’observation des médias, il a déposé une plainte contre deux des plus importants organes de presse français, qu’il accuse de l’avoir diffamé en le faisant passer pour un "névrosé".

La première plainte vise Canal+, une Compagnie de télévision payante appartenant à Vivendi S.A. ; selon Karsenty, la chaîne a diffusé un documentaire le « décrivant comme un menteur manipulateur ». Et d’ajouter :

« Ils disent que je suis du même genre que ceux qui affirment que les attentats du 11 septembre 2001 étaient l’œuvre d’un complot intérieur américain ».

Le second procès est intenté à l’hebdomadaire L’Express, pour avoir publié un article qui le dépeint comme atteint d’« une forme de névrose obsessionnelle, et comme un manipulateur ».

« Nous nous sommes défendu contre le mensonge de l’affaire al-Dura. Maintenant, il est temps de passer à l’offensive et de faire payer aux médias le prix de leur soutien à un mensonge antisémite »,

a affirmé Karsenty au cours d’une interview téléphonique de Paris.

Conseiller financier et directeur de Media-Ratings (www.m-r.fr), Karsenty a remporté une victoire judiciaire historique en mai, quand un tribunal français l’a exonéré d’une accusation de diffamation à son encontre. Karsenty avait maintes fois affirmé que France 2, réputée être la "chaîne-phare du service public français", avait diffusé, en septembre 2000, un reportage qui était une supercherie et un mensonge antisémite. Le reportage prétendait que des soldats israéliens avaient tiré sur Mohammed al-Dura, un enfant de 12 ans, alors qu’il était recroquevillé avec son père derrière un baril de béton, au carrefour de Netzarim, à Gaza. Karsenty mettait en doute le fait qu’il ait été abattu et affirmait que le faux reportage avait diffamé Israël et entraîné des attentats contre des Juifs. De plus, al-Dura était devenu un symbole international de la cruauté israélienne, et on pouvait voir le poster de l’enfant derrière le journaliste juif américain, Daniel Pearl, lors de son exécution par al-Qaeda.

Karsenty avait été poursuivi en justice par Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, qui avait diffusé le reportage basé sur les rushes et l’information fournis par un reporter palestinien local, Talal Abu Rahma. Karsenty perdit en première instance, mais fut acquitté en appel, par un tribunal français qui statua que ses affirmations constituaient une critique légitime de la chaîne et de son journaliste. L’élément le plus révélateur était constitué par les rushes projetés devant le tribunal et qui montraient des Palestiniens simulant des blessures, au carrefour de Netzarim. Le professeur américain Richard Landes qui a analysé l’affaire, a donné le nom de "Pallywood" à cette manipulation de l’information.

Karsenty affirme que les médias français se sont rangés derrière Enderlin qu’ils voulaient protéger en tant que collègue de l’establishment intellectuel de la France. Une pétition a été lancée dans Le Nouvel Observateur en soutien à Enderlin, et le dépeint comme une sorte de victime, dit Karsenty. La pétition soutient l'intégrité d’Enderlin et déclare :

« Sept ans. Voilà sept ans qu’une campagne obstinée et haineuse s’efforce de salir l’honorabilité professionnelle de Charles Enderlin. Voilà sept ans que les mêmes individus tentent de présenter comme une "supercherie" et une "série de scènes jouées", son reportage montrant comment un garçon de 12 ans a été tué par des tirs venus d’une position israélienne. »

Karsenty affirme que les partisans de la pétition sont des

« personnalités contrariées par le fait que je n’ai pas été déclaré coupable. Ils disent qu’il est interdit de diffamer et que le système judiciaire me permet de le diffamer [Enderlin]. C’est faux. Le juge a estimé qu’il n’y avait pas eu diffamation. » [1].

Et malgré la notoriété des signataires, dont Hubert Védrine, ancien ministre français des affaires étrangères, et Théo Klein, ancien président du CRIF, importante organisation juive française, 19 des premiers commentaires mis en ligne me soutenaient, affirme Karsenty.

« Les Français qui sont au courant de l’affaire sont dans mon camp. Je ne parle pas de la plupart des journalistes, des politiciens antisémites et des prétendus intellectuels français. »

« Les médias français ont menti à propos de notre victoire judiciaire. Ils sont tous complices dans ce genre de comportement – antisioniste, anti-israélien, qui conduit à l’antisémitisme. La France est toujours le pays le plus antisémite du monde occidental, et il est très ennuyeux de voir que même quand vous pouvez prouver qu’ils ont été manipulés, ils préfèrent mentir et couvrir l’erreur de leur collègue plutôt que de dire la vérité. »

Karsenty est également critique à l’égard du Président français, Nicolas Sarkozy, qui a le pouvoir d’agir contre France 2, une société nationale. Le CRIF a annoncé qu’il demandait une commission d’enquête sur toute l’affaire, mais Sarkozy n’a toujours pas répondu, remarque Karsenty. Il suppose que les conseillers du Président l’induisent en erreur sur l’affaire al-Dura.

« Son tort est d’avoir pris les anciens conseillers de Jacques Chirac. Cela en dit long. Chirac était si opposé à Israël et au monde occidental, que la politique ne peut changer. »

Karsenty critique également le gouvernement israélien, qui « ne tire pas avantage de cette énorme victoire. Il est temps qu’il le fasse en montrant que le public a été dupé en matière d’information concernant Israël et que le pays a été diffamé.


Paul Lungen


© The Canadian Jewish News

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Note du traducteur

[1] Cette affirmation doit être nuancée. Comme je l’ai écrit ailleurs, France 2 considère qu’ « il y a une contradiction insupportable dans le fait qu’un tribunal ait pu, dans un même souffle, admettre le "caractère diffamatoire des imputations" [de Philippe Karsenty] (paragraphe 4 de la page 8 du jugement), et décider, malgré tout, qu’il "a exercé, de bonne foi, son droit de libre critique ; que, ce faisant, il n’a pas dépassé les limites de la liberté d’expression reconnue par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme…" (Avant-dernier paragraphe de la page 12). »


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Mis en ligne le 6 août 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

Publié dans FRANCE

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