GEORGIE-RUSSIE : SOUS LES OBUS, LE PETROLE

Publié le par shlomo


Par Hélène David pour Guysen International News


Les affrontements entre la Russie et la Géorgie semblent être arrivés à leurs termes, grâce notamment à l'intervention de Nicolas Sarkozy, en tant que président en exercice du Conseil de l'Union Européenne. Pour autant, la situation pourrait rester tendue tant les enjeux économiques et stratégiques sont importants. Qu'il s'agisse de la Géorgie, de la Russie ou de l'Europe, il est dans cette affaire davantage question d'intérêts et de pouvoir que de frontières et d'intégrité territoriale…

La visite du Président français Nicolas Sarkozy en Russie puis en Géorgie a mené mardi 12 août à un plan de paix entre les deux pays.

Ce plan, qui doit encore être signé par les deux parties et avalisé par les ministres des Affaires étrangères de l'Union Européenne, prévoit la cessation des affrontements selon six points :

le non recours à la force, la cessation définitive des hostilités, l'accès à l'aide humanitaire, le retour des forces géorgiennes à leurs cantonnements antérieurs, le retrait russe et l'ouverture de discussions internationales sur le statut futur de l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie.

C'est ce dernier point qui porte à débat puisqu'il remet en cause l'intégrité territoriale de la Géorgie, les provinces d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, étant officiellement - et malgré leurs aspirations indépendantistes -des territoires géorgiens.

Parallèlement, même terminée, cette guerre n'est pas sans conséquence sur les statuts futurs aussi bien de la Géorgie que de la Russie au sein des institutions internationales.

« Je peux vous garantir que la réputation internationale de la Russie et le rôle que la Russie peut jouer au sein de la communauté internationale sont grandement en jeu dans cette affaire » a déclaré la secrétaire d'Etat américaine Condoleeza Rice.

A noter enfin que la Géorgie aspire quant à elle à intégrer l'OTAN.
Une perspective « maintenue », a d'ailleurs affirmé le secrétaire général de l'OTAN Japp de Hoop Scheffer, qui ne laisse pas indifférente la Russie.

Mais plus encore, l'éclatement de ce conflit, ses circonstances et la mobilisation quasi instantanée de la communauté internationale laissent entrevoir l'importance stratégique de la région.

Il va sans dire que les questions énergétiques ont une place non négligeable dans la compréhension de la suite des événements et prises de positions diplomatiques.

Le Caucase dans son ensemble est une région stratégique dans l'acheminement des ressources pétrolières et gazifières d'Asie Centrale vers l'Europe.

Si la Russie, grâce à l'immensité de son territoire, contrôle une majeure partie des pipelines et des exportations, la Géorgie est elle aussi un pays de transit important.
Du moins l'était-elle jusqu'à ce que ses ports soient la cible des bombardements russes ces derniers jours.

En 2006, des pétroliers européens tels que BP ou Shell ont financé la construction d'un pipe-line passant par la Géorgie. L'idée : contourner le quasi monopole de la Russie et, en instaurant une indépendance très relative, limiter la progression de sa puissance.

Dans ce conflit, la Russie a voulu jouer le rôle d'une force d'interposition entre Géorgiens et Ossètes. L'Europe - et la France en particulier - celui du médiateur, de la puissance diplomatique.

Mais derrière les masques, les actions entreprises sont, de part et d'autre, beaucoup moins gratuites et nobles que l'on voudrait nous laisser penser.

La Russie, très probablement, a profité de l'éclatement des tensions entre Ossétie du Sud et Géorgie pour intervenir, affaiblir ainsi cette dernière et la rendre moins attractive aux yeux des investisseurs occidentaux.

Un affaiblissement qui pourrait aussi peser dans la balance dans la décision d'intégrer ou non la Géorgie à l'Union Européenne.
L'objectif d'une adhésion étant la « priorité numéro un » de la politique étrangère de la Géorgie, selon les mots du président géorgien Mikheil Saakachvili.

Un objectif qui peut s'avérer, lui aussi, inquiétant pour la Russie.

L'Union Européenne quant à elle, par la voix du président du Conseil en exercice Nicolas Sarkozy, est intervenue dans la gestion du conflit avec une rapidité déconcertante.

Le but : préserver dans la région, un interlocuteur autre que la puissante Russie et entretenir avec la Géorgie des relations économiques qui mettent l'Europe à l'abri d'une dépendance envers la Russie.

Outre ces considérations économiques, le statut de l'Ossétie du sud, constitue évidemment un conflit d'intérêt important entre la Russie et la Géorgie. Un conflit d'intérêt qui là encore, abrite des problématiques stratégiques majeures.

La Russie, bien que ne reconnaissant pas officiellement l'indépendance de l'Ossétie du Sud, entretient avec elle des relations diplomatiques de plus en plus fortes, ce qu'évidemment, la Géorgie ne peut se son point de vue tolérer.

Là aussi, il y a fort à parier qu'en soutenant, même à demi-mots, l'indépendance de l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, la Russie tente d'affaiblir la Géorgie et de retarder son entrée au sein de l'OTAN et de l'Union Européenne.

La Russie cherche-t-elle pour autant, comme le prétend la Géorgie, à prendre le contrôle de ces provinces indépendantistes ? Si tel est le cas, la communauté internationale ne pourra rester sans mot dire, dépendance énergétique ou pas…

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