GEORGIE-RUSSIE: L'AUBE D'UN CONFLIT PLANETAIRE ?

Publié le par shlomo


Par T.Weill et N.Levy Strauss
pour Guysen International News



Trois semaines après le début des tensions entre l'Ossétie du sud, la Géorgie, puis la Russie, ce qui ne devait être qu’un petit conflit local est en train de prendre une tournure internationale. Les alliances se mettent en place, et les points initiaux de désaccords se muent en des conflits d'intérêts qui vont bien au-delà des frontières russes et géorgiennes. Europe, Etats-Unis, Moyen-Orient : toutes les régions ont désormais un rôle à jouer dans ce dossier, qui s’apparente à une dangereuse poudrière géopolitique.

Alors que l'OTAN a de nouveau exigé le retrait des forces russes sur « leurs positions d'avant la crise du 6 août » et qu'à ce jour, les troupes russes gardent toujours le contrôle du port de Poti, sur les côtes de la Mer Noire, l'opposition entre Russie et Géorgie connaît, au fil des jours, une escalade diplomatique à l'échelle internationale.

Et paradoxalement, c'est sur le Moyen-Orient que les conflits d'intérêts entre grandes puissances mondiales se sont désormais cristallisés.

Récemment, on a ainsi vu la Russie procéder à un rapprochement diplomatique avec la Syrie.
Le président syrien Bashar al Assad était la semaine dernière en visite en Russie, pour conclure des accords concernant des ventes d'armement.
La Russie pourrait notamment armer la Syrie en missiles dernière génération « Iskander ».

D'après plusieurs analystes, ce rapprochement russo-syrien ne fait qu'annoncer un rapprochement à plus grande échelle entre la Russie et le Moyen-Orient dans son ensemble.

Une réponse diplomatique de Moscou à Israël qui a soutenu la Géorgie pendant les affrontements en envoyant des armes aux troupes géorgiennes.

Mais la stratégie russe ne fait parallèlement qu'aggraver la nature de ses relations avec les Etats-Unis.

Celles-ci ont notamment été sérieusement endommagées suite à l’accord signé entre les Etats-Unis et la Pologne concernant l'installation sur le territoire polonais d'un système de défense anti-missile.

Une initiative qui a suscité le courroux du Kremlin lequel a n’a pas hésité à menacer directement son ancien ennemi d’une nouvelle guerre froide.

De leurs côtés, les Etats-Unis condamnent non seulement le stationnement des forces russes sur le territoire géorgien, mais également, voir surtout, le rapprochement entamé par la Russie en direction des pays arabes.

Washington craint particulièrement de voir la Russie se désolidariser du Conseil de Sécurité de l'ONU en ce qui concerne le durcissement des sanctions à l'encontre de l'Iran.

« Aux vues de l'escalade de la crise entre la Russie et les Etats-Unis, les chances de voir la Russie soutenir l'initiative concernant des sanctions contre l'Iran sont quasi-inexistantes » déclarait vendredi un diplomate impliqué dans les discussions des Six.

En tant que membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU, la Russie a la possibilité d'émettre un véto et ainsi de bloquer les initiatives de l'ONU à l'encontre de la menace iranienne.

Par un effet domino des plus logiques, mais très dangereux aussi, les Etats-Unis ont demandé à Israël un gel de ses négociations avec la Syrie à la suite de la rencontre entre Bashar al-Assad et Dmitri Medvedev.
Ce qu'a refusé le gouvernement d'Ehoud Olmert.

Pour autant, le rôle que la Russie est susceptible d'octroyer à la Syrie inquiète Israël et les Etats-Unis au plus haut point.

Une alliance Russie-Syrie-Iran, officiellement établie, représentant le pire cauchemar pour Israël, les Etats-Unis et l'Occident...

« Nous ne livrerons à la Syrie aucune arme susceptible de modifier l'équilibre stratégique de la région » déclarait cependant jeudi soir le chargé d'affaires russe à Tel-Aviv, dans une tentative de rassurer Israël sur les intentions du Kremlin.

Pourtant, signe révélateur, Ehoud Olmert, qui s'est entretenu au téléphone la semaine dernière avec le président Dmitri Medvedev, devrait se rendre en Russie dans les prochaines semaines, afin de préserver la nature des relations diplomatiques israélo-russes.

Le Premier ministre profitera évidemment de sa visite pour convaincre le duo Medvedev / Poutine du danger qu’il y aurait à confier à Damas un pouvoir susceptible de briser le précaire équilibre en vigueur dans la région moyen-orientale.

Un scénario qui offre soudain à la Russie un rôle de premier plan pour la paix régionale.

Une Russie qui depuis plusieurs mois multiplie les efforts pour ne plus être perçue comme une « puissance de second ordre », selon les mots du président Medvedev, et dont l’objectif est de s'affirmer sur la scène politique internationale, au même titre que les Etats-Unis.
A quel prix ?

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