L'ETAT D'ISRAEL, QUELLE LEGITIMITE ? (I)

Publié le par shlomo















Depuis sa création, l’Etat d’Israël a été et est encore victime d’une agression quasi permanente de la part de bon nombre de ses voisins, "agression" qui va de la déclaration de guerre jusqu’au boycott économique, en passant par la propagande haineuse.

La "délégitimation" de l’Etat hébreu apparaît comme un outil parmi d’autres de cette "agression". Mais qu’en est-il de la légitimité de cet Etat créé voici 60 ans ?

Légitimité juridique

Dans la "délégitimation" de l’Etat d’Israël, il y a tout d’abord le volet juridique. Certains contestent à l’Etat hébreu son droit à exister.

Au début du XXème siècle, la Palestine est une province de l’Empire ottoman. Le gouvernement britannique, en guerre contre celui-ci, publie en 1917 la déclaration Balfour, promettant un Foyer national juif en Palestine. Cette dernière passe sous tutelle britannique en 1918 quand l’Empire ottoman perd la guerre et est démantelé.

Certains contestent, à juste titre, la légitimité démocratique de la déclaration Balfour. Sauf qu’elle fut reprise dans l’article 2 du mandat de la SDN, en 1922, mandat qui donna droit à la Grande-Bretagne d’administrer la Palestine et d’y promouvoir un Foyer national juif, dans le respect des droits civils et religieux de tous ses habitants.

Article 2 : Le mandataire assumera la responsabilité d'instituer dans le pays un état de choses politique, administratif et économique de nature à assurer l'établissement du foyer national pour le peuple juif, comme il est prévu au préambule, et à assurer également le développement d'institutions de libre gouvernement, ainsi que la sauvegarde des droits civils et religieux de tous les habitants de la Palestine, à quelque race ou religion qu'ils appartiennent.

C’est dans cet article du mandat de 1922 que se trouve la légitimité juridique de l’Etat d’Israël, décision entérinée dans la résolution N° 181 de son successeur, l’ONU, en 1947, quand fut voté le plan de partage de la Palestine en deux Etats, l’un juif, l’autre arabe.

On peut toujours aujourd’hui épiloguer sur ces décisions internationales et sur les difficultés d’application qu’elles suscitent. Mais remettre en question cette légitimité juridique, c’est aussi ouvrir une terrible boîte de pandore.

C’est par exemple remettre en question l’Etat libanais, qui tout comme la Palestine, est une partie de la Grande Syrie. Au début du XXème siècle, Liban, Palestine, une partie de la Jordanie actuelle et la Syrie actuelle formaient la Grande Syrie, entité historique, culturelle et géographique que revendique encore plus ou moins le pouvoir alaouite en place à Damas.

On peut toujours aujourd’hui discuter des découpages et des créations (ou non créations, comme pour les Kurdes) des nombreux Etats sur les territoires colonisés, que ce soit au Moyen-Orient, en Afrique ou en Asie…

Mais proclamer l’illégitimité juridique de l’Etat hébreu, c’est mettre le doigt dans un engrenage à l’odeur sulfureuse. Ceux qui s’y emploient montrent tout simplement un rejet particulier de l’Etat d’Israël.

Légitimité concernant la terre

Un intellectuel arabe palestinien, Elias Sanbar, qui est tout sauf un intégriste du Hamas, a dit un jour que dans les premières décennies du XXème siècle, les Arabes ont vu le développement des Juifs en Palestine comme « un cancer ».

C’est effectivement ce qui domine dans la mémoire collective arabo-palestinienne, même si des exceptions ont existé, voyant au contraire dans le sionisme une source de développement profitable.

Comment interpréter cette condamnation sans appel du sionisme ?

En effet, un cancer détruit, tue le milieu dans lequel il se développe. Or, avec le sionisme, la Palestine s’est développée économiquement et socialement d’une façon spectaculaire, y compris indirectement pour les Arabes, faisant de cette région indigente la région la plus dynamique du Proche-Orient.

Parler du sionisme comme d’un cancer est pour le moins contradictoire, ne serait-ce qu’au regard de l’immigration arabe en Palestine dans la première moitié du XXème siècle.

En 1915, l’Empire ottoman recensait 515.000 Arabes en Palestine. Les Britanniques en dénombraient 642.000 en 1922, et enfin, le même Elias Sanbar évoque 1.400.000 Arabes en 1948 (1).

Cela fait, quels que soient les chiffres considérés, une croissance démographique d’au moins + 2,5 % par an, ce qui correspond à une très très forte immigration. Les USA, à la même époque, avec une forte natalité et une forte immigration, avaient une croissance démographique d’à peine + 1,5 % par an.

Comment concilier ces chiffres avec un sionisme cancéreux qui soi-disant, aurait détruit la société arabe de Palestine ?

En 1948, près de la moitié des Arabes de Palestine étaient des immigrés de première ou de deuxième génération, venus là non pas en dépit de, mais du fait même du développement engendré en partie par le sionisme.

Evidemment, ce développement ne s’est pas déroulé comme sur des roulettes. Des injustices ont eu lieu. Si des Arabes ont trouvé du travail grâce au développement de la Palestine, d’autres, notamment des métayers, ont perdu le leur.

L’achat de terres par les Juifs a entraîné des pertes d’emplois et des pertes de ressources pour des familles entières, car les Juifs n’ont pas acheté que des terres incultes.

L’administration britannique, qui avait du légiférer face à ce problème, a évalué le nombre de ces familles à environ 1500 entre 1919 et 1939.

L’historien israélien Benny Morris, un des chefs de file des "nouveaux historiens", sans complaisance aucune vis à vis du sionisme et de l’Etat d’Israël, évalue quant à lui un nombre plus élevé de familles victimes des changements de propriétaires ou du surendettement, et ainsi touchées par la perte d’emploi.

Ces drames sociaux existent hélas, aujourd’hui comme hier, à peu près partout dans le monde, y compris dans des pays démocratiques. On peut, on doit le déplorer, mais en faire un critère de "délégitimation" d’un Etat n’est pas sérieux.

Pour comprendre le contexte, il n’est pas inutile de rappeler que de nombreux propriétaires arabes étaient tout heureux de pouvoir se débarrasser de terres finalement peu rentables. Parmi les 29 membres de l’Exécutif arabe de Palestine (1920-1928), au moins un quart ont vendu des terres aux Juifs.

La quantité de terres offertes à la vente par les Arabes dépassait de loin les capacités d’achat par les Juifs.

L’Etat d’Israël dont la création fut votée en 1947 par l’ONU, avait un territoire au 2/3 désertique, pris à 80% sur des terres propriétés juives ou achetées à des Arabes, le reste étant pris sur le domaine public. Les 14.000 km² du Plan de partage de l’ONU sont devenus 20.700 km² à l’issue de la guerre d’éradication de 1948-49 déclenchée par une coalition arabe.

Enfin, assimiler le sionisme à un cancer pose plus que question. Car quel peuple au monde a plus conscience du lien unissant le peuple juif à cette terre de Palestine que le peuple arabe palestinien, chrétien ou musulman ? Certes il est normal que la conscience de ce lien pluri-millénaire ne fasse pas de tout un chacun un sioniste convaincu.

Mais nier ce lien en parlant du sionisme comme d’un « cancer », un corps étranger, ou comme Arafat le faisait concernant l’histoire juive en Palestine, ne peut que s’apparenter à une sorte de xénophobie anti-juive.

Finalement, concernant la terre, les seules expulsions arbitraires significatives, sous la menace, qui ont eu lieu avant 1948, sont celles des habitants juifs du quartier mixte de Jérusalem-est en 1920, quartier devenu l’actuel quartier musulman de la vieille ville, après la destruction de ses synagogues et le rebaptême de ses rues en arabe, et l’expulsion (accompagnée d’un massacre) des habitants juifs d’Hébron en 1929.

Autant la présence juive en Palestine ne devrait pas faire question, autant la xénophobie anti-juive des arabes pose question, et ce quelles que soient les injustices qui ont pu accompagner le développement du sionisme, et les difficultés d’applications des décisions internationales.

(Suite Partie II et III)

Jean-Daniel Chevalier © Primo, Août 2008

1 - Palestine, le pays à venir. Elias Sanbar. Editions de l’Olivier, Le Seuil, 1996.

Bibliographie
Jacques DALLOZ, La création de l’Etat d’Israël, La documentation française, 1993.
Elias SANBAR, Palestine, le pays à venir, Editions de l’Olivier, 1996.
Benny Morris, Victimes, histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Editions Complexe, 2003.
Olivier HUBAC, Israël-Palestine un siècle de conflits, Audibert, 2005.
Sari Nusseibeh, Il était un pays, une vie en Palestine, JC Lattès, 2008.
Fabien Ghez & Liliane Messika, La paix impossible, Yago-L'archipel

Photo : Drapeau flottant sur Massada, devant la Mer Morte, 2004 © Primo

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