TUERIE DE CIVILS DANS LE CAMP DE KALMA: EL-BECHIR POURSUIT SES CRIMES

Publié le par shlomo


Lundi 25 août, la police et l’armée soudanaise se sont livrées à une tuerie dans le camp de déplacés de Kalma, à quelque 25 kilomètres de Nyala, capitale du Sud-Darfour. Il est difficile de chiffrer avec précision le nombre de morts, l’ONU indiquant qu’il s’élève à 64, des sources sur le terrain faisant état de 86 tués.

Des dizaines de blessés (117 selon l’ONU) sont également à déplorer. Les tueurs aux ordres du président El-Béchir n’ont pas fait le détail : beaucoup de victimes sont des femmes et des enfants.

Le massacre dans le camp de Kalma est l’aboutissement logique de la politique entreprise par le régime de Khartoum depuis des mois à l’encontre des camps de déplacés au Darfour. Des informations nombreuses et concordantes font ressortir que le gouvernement soudanais exerce des pressions systématiques pour forcer les déplacés à fuir les camps. Celui de Kalma a déjà été le théâtre de plusieurs incidents violents ayant entraîné la mort de nombreux Darfouris au Soudan.

Situé au milieu de nulle part, ce camp, qui a compté près de 100 000 personnes, en rassemble aujourd’hui environ 90 000, ce qui en fait la plus gigantesque concentration de personnes déplacées, non seulement au Darfour, mais de par le monde entier. Les conditions de vie y sont épouvantablement précaires puisqu’on y survit exclusivement grâce à l’aide humanitaire, laquelle rencontre de plus en plus de difficultés à y parvenir.

L’armée soudanaise est en permanence aux abords du camp, officiellement pour assurer la sécurité des déplacés, en réalité pour leur rendre la vie encore plus difficile afin qu’ils s’en aillent, et pour entraver l’opposition politique. Le camp de Kalma regroupe essentiellement des membres de la tribu four, qui se reconnaissent majoritairement dans le Mouvement de Libération du Soudan, dirigé par Abdulwahid El-Nour. Une forte minorité de zaghawa est également réfugiée dans cet immense bidonville.

La soi-disant protection par les forces de l’ordre soudanaises n’a d’ailleurs jamais empêché les milices janjawids et les bandes de pillards qui guettent aux alentours de violer les femmes qui s’éloignent du camp pour ramasser le bois nécessaire à la cuisson et au chauffage.

Les autorités soudanaises ont prétendu que ses forces étaient intervenues en vertu d’un mandat de perquisition visant des stocks d’armes que les rebelles auraient dissimulés dans Kalma. Militaires et policiers auraient alors été accueillis par un barrage humain essentiellement formé de femmes et d’enfants puis par des coups de feu ; les forces de l’ordre n’auraient fait que se défendre.

Cette version est démentie par tous les témoignages des déplacés. S’il y a en effet un grand nombre de femmes et d’enfants parmi les victimes, c’est que les hommes du gouvernement ont appliqué le traitement qu’ils réservent habituellement aux Darfouris : faut-il rappeler que les déplacés de Kalma ont fui leurs villages après les attaques des mêmes forces armées soudanaises, généralement appuyées par les janjawids, lesquelles ont indifféremment tué hommes et femmes, enfants et vieillards ?

Il n’est donc guère surprenant que les interventions des militaires soudanais au sein des camps suscitent des réactions hostiles des déplacés. Khartoum n’ignore pas que Kalma est devenu, au fil de ses presque cinq années d’existence, un bastion de l’opposition. D’où le contrôle permanent des alentours, les descentes de police qui aboutissent parfois à des passages à tabac, le harcèlement des déplacés par les militaires et les janjawids, des incidents qui se soldent à l’occasion par des meurtres. Et cette fois par un massacre.

Mais les autorités soudanaises affirment contre toute évidence que l’affrontement a fait moins de cinq morts et une dizaine de blessés.

Les inévitables tensions qui surgissent au sein de ces dizaines de milliers de personnes devenues totalement dépendantes de l’aide internationale, dans un contexte de désagrégation des structures sociales et familiales traditionnelles, sont exploitées par le régime qui a suscité des violences inter-ethniques provoquant la fuite de nombreuses familles. Ce qui était l’objectif recherché. Démanteler les camps de déplacés, chasser ces derniers par la terreur : l’épuration ethnique se poursuit..

Ce regain de violences contre les Darfouris constitue-t-il l’une des réponses du maréchal-président Omar El-Béchir à l’accusation de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide que le procureur de la Cour pénale internationale a lancée conter lui ? Veut-il ainsi défier la communauté internationale ?

Quelques jours après la tuerie de Kalma, on apprenait que quatre autres déplacés avaient étaient tués et huit blessés dans le camp de Mercheim, au nord-est de Nyala : la police de Khartoum était cette fois intervenue pour réprimer une manifestation de protestation… contre le massacre de Kalma. Les déplacés de Mercheim exigeaient également d’être protégés par une force internationale.

La Minuad, justement, cette force mixte ONU/Union africaine dont c’est censé être le travail et dont les effectifs sont encore loin d’être au complet, n’a pas été en mesure d’intervenir, ni à Kalma ni à Mercheim. Elle a dû se contenter d’un communiqué affirmant qu’elle « condamne fermement l'usage excessif et disproportionné de la force meurtrière par les forces de sécurité du Soudan contre des civils, violant les droits de l'homme et ayant pour conséquence un nombre inacceptable de victimes ».

Le gouvernement soudanais, par contre, a renforcé la présence des militaires, lourdement armés, autour du camp. Les autorités soudanaises affirment que l'attaque contre Kalma avait fait moins de cinq morts et une dizaine de blessés.

Bernard Schalscha © Urgence Darfour

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Publié dans TERRORISME

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