Les leçons de l’histoire : du 11 septembre 1683 au 11 septembre 2001

Publié le par shlomo

 par Annie Lessard, Marc Lebuis

« Peut-être que les terroristes qui ont attaqué les États-Unis le 11 septembre 2001 cherchaient à venger la défaite des Ottomans à Vienne le 11 septembre 1683 », écrit Robert Sibley dans The Ottawa Citizen. Sibley rappelle les événements qui, à travers l’histoire, ont permis à la civilisation occidentale de se sauver du péril mortel des invasions islamiques barbares. L’alliance des européens et leur volonté farouche de sauver leur civilisation ont été des facteurs décisifs. Sans cet effort concerté, nous ne serions pas ici aujourd’hui à chanter les bienfaits de la démocratie et de la liberté.

Traduction de : Learning from past conflicts, par Robert Sibley, The Ottawa Citizen, le 6 septembre 2008

Les leçons de l’histoire

Peut-être que les terroristes musulmans qui ont attaqué les États-Unis le 11 septembre 2001 cherchaient à venger la défaite des Ottomans à Vienne le 11 septembre 1683.

Le sort de l’Occident a souvent été décidé sur les champs de bataille. Si l’issue de certains conflits des derniers 2500 ans avait été différente, il est probable que nous, Occidentaux, ne serions pas en mesure de chanter les bienfaits de la liberté et de la démocratie libérale.

Prenons, par exemple, la bataille de Marathon en 490 av.J.C. Une petite armée de guerriers grecs a vaincu les troupes beaucoup plus nombreuses de l’empereur perse Xerxès. Si les Grecs avaient perdu, dit l’historien Tom Holland, « non seulement l’Occident aurait perdu son premier combat pour son indépendance et sa survie, mais il est peu probable qu’il y aurait même une telle entité que l’Occident. ».

Mille ans plus tard dans l’ouest de la France, le sénateur romain Flavius Aetius a repoussé l’invasion des hordes d’Attila le Hun à la bataille de Chalons en 451. La victoire a sans doute donné aux Européens le temps de sauver l’héritage culturel de l’Empire romain en voie d’effondrement. La bataille de Tours en 732, où Charles Martel et son armée franque ont vaincu les troupes des Sarrazins au sud de Paris, a prévenu la domination de l’islam sur l’Europe occidentale. Dans le langage politiquement incorrect de l’historien du 19e siècle Friedrich von Schlegel, « Charles Martel sauva véritablement la chrétienté de l’Occident du péril de l’islamisme qui tendait à exterminer tous les peuples ».

La notion de « bataille décisive », tout comme la théorie de « l’homme providentiel » dans la conception de l’histoire, ne fait plus école chez les intellectuels postmodernes qui, réceptifs à la mode du multiculturalisme et au courant d’opinion anti-occidental, ignorent les « victoires célèbres » de l’histoire occidentale. Il demeure néanmoins difficile de nier que certains événements - et certains hommes - ont joué un rôle de premier plan dans la sauvegarde de la civilisation occidentale que dénigrent les intellectuels.

Prenez la défaite des Turcs ottomans lors de la bataille de Vienne. Les 11 et 12 septembre 1683, les armées chrétiennes commandées par le Roi de Pologne ont libéré Vienne, mettant fin à deux mois de siège. Plus jamais les musulmans n’ont été près d’imposer l’islam à l’Europe, du moins jusqu’au 21e siècle. Selon les mots de l’écrivain Hilaire Bellow, « la date du 11 septembre 1683 devrait être la plus célèbre de l’histoire ».

La défaite des Ottomans était loin d’être acquise. Pendant près de 1000 ans, le règne musulman avait dominé une grande partie du monde méditerranéen et au-delà. Même aussi tard que le 17ème siècle, aucune volonté des Européens de repousser cette domination ne semblait se dessiner à l’horizon. L’Europe émergeait à peine de guerres religieuses dévastatrices opposant catholiques et protestants.

La marée islamique a commencé à monter en 632 lorsque Mahomet est mort dans la ville sainte de Médine. Il avait régné sur une petite bande de terre connue sous le nom de Hedjaz dans ce qui est maintenant le nord-ouest de l’Arabie saoudite. Après la mort de Mahomet, ses successeurs, y compris Abu Bakr, le premier calife et le père du gendre de Mahomet, ont poursuivi l’idée de Mahomet que l’islam devait gouverner le monde. Ils ont entrepris une campagne de conquêtes contre l’empire byzantin, successeur de l’empire romain, et l’empire persan des sassanides. L’idée de base était « convertis-toi ou meurs » ou, pour les chanceux, accepte un statut de seconde classe dans les sociétés musulmanes.

Lors de la première incursion musulmane dans l’Irak chrétien en 634, connue comme la bataille des chaînes, le général arabe Khalid Ibn Al Walid a lancé un ultimatum à la population : « Embrassez l’islam et vous aurez la vie sauve, sinon payez le tribut. Si vous refusez l’un ou l’autre, vous n’aurez que vous-même à blâmer. Un peuple avance déjà sur vous, épris de la mort comme vous êtes épris de la vie ».

Au cours du siècle suivant, les armées musulmanes ont imposé leur foi par l’épée aux populations chrétiennes de l’Irak, de la Syrie, de la Palestine, de l’Afrique du Nord, de l’Espagne et du Portugal. Ils sont entrés en France en 721, menant des expéditions à travers les Pyrénées jusqu’en Aquitaine, mettant Bordeaux et Poitiers à sac en se dirigeant vers Paris. Pour les musulmans, la défaite de Tours en 732 était une défaite mineure.

Au 11e siècle, les Turcs Seljuk ont supplanté les Arabes comme leaders du monde musulman. Ils ont conquis une grande partie de l’Asie Mineure, la Turquie d’aujourd’hui. Les Turcs ottomans ont succédé aux Seljuks à la fin du 13e siècle. Ils ont créé un empire qui, à son apogée, s’étendait sur la Hongrie, le sud de la Russie, l’Iran, la Palestine, la péninsule arabique, le Soudan, l’Éthiopie, l’Égypte et l’Afrique du Nord.

Les Ottomans sont parvenus à l’Europe au 14ème siècle, imposant leur domination sur la Méditerranée orientale et les Balkans. En 1354, les Ottomans ont profité de la guerre civile dans l’Empire byzantin pour s’emparer de la péninsule de Gallipoli sur le côté européen des Dardanelles, le détroit qui sépare les Balkans de l’Asie Mineure. Ils ont pris Thessalonique aux Vénitiens en 1387. Ils ont défait les Serbes à la bataille du Kosovo en 1389. Ils se sont emparés d’Athènes, de la Bosnie et de la Crimée. Finalement, en 1453, les Turcs ont obtenu le joyau - la capitale byzantine de Constantinople, aujourd’hui Istanbul. Ils en ont fait leur capitale.

Après cela, une campagne visant à conquérir le reste de l’Europe était pratiquement inévitable. En 1526, la Bulgarie étant déjà sous contrôle musulman, le Sultan Suleyman a ajouté la Hongrie à sa liste de conquêtes. Puis en 1529, et de nouveau en 1566, les Ottomans ont tenté sans succès de prendre Vienne. Leur échec a été une chance pour l’Europe. S’ils avaient réussi, les portes de l’Allemagne et du cœur de l’Europe auraient été grandes ouvertes à l’islam. C’est pourquoi ils ont essayé encore une fois 150 ans plus tard.

En 1681, Kara Mustafa Pacha, Grand Vizir du Sultan ottoman Mehmet IV, a convaincu le Sultan de déchirer le traité de paix entre l’empire et les Habsbourg régnant sur l’Autriche. Il a souligné que les efforts pour conquérir une plus grande partie de la Hongrie étaient entravés par le Saint empereur romain germanique Leopold I, roi de Hongrie et héritier du trôle d’Autriche et de Bohême. Le Sultan était convaincu qu’une troisième campagne contre Vienne réussirait parce que les Français, jaloux de la montée en puissance des Habsbourg, avaient promis de ne pas interférer. (Ça sonne familier, n’est-ce pas ?) Au printemps de 1683, le Sultan voyage à Belgrade pour passer son armée en revue et déclarer la guerre sainte aux infidèles.

Léopold, quant à lui, n’attendait pas passivement que l’épée s’abatte. Il a obtenu argent et soutien moral du Pape Innocent XI et mis en place une alliance de volontaires pour défendre Vienne. Les ducs de Bavière, de Saxe et de Lorraine se sont joints. Plus important encore, Jean Sobieski, le Roi de Pologne qui s’était rendu célèbre à combattre les Ottomans en Ukraine, a promis de commander une armée pour libérer la ville.

Le siège lui-même a duré deux mois, de juillet à septembre. L’historien Douglas Clark explique qu’avec une armée de 200.000 hommes entourant la ville, les Turcs ont creusé une série de tranchées pour miner le mur d’enceinte. L’artillerie a maintenu des bombardements constants. Alors que la plupart des 80.000 résidents de Vienne avaient fui avant l’arrivée des Turcs, ceux qui sont restés - environ 10.000 soldats et 5000 civils et volontaires - se sont vite trouvés dans une situation critique. À la fin août, plusieurs murs étaient démolis. Seules des barricades temporaires et une résistance désespérée tenaient les Turcs en échec. Mais avec l’épuisement des ravitaillements et moins de la moitié des combattants restants, il était clair que l’ennemi allait bientôt l’emporter.

Pour une fois, la cavalerie est cependant arrivée à temps. Dirigés par le Roi de Pologne, 65.000 soldats de l’alliance – des Autrichiens, des Allemands et des Polonais - sont arrivés sur les hauteurs du Kahlenberg surplombant Vienne le 11 septembre. Kara Mustafa avait compté sur un siège rapide et n’avait pas pris la peine d’assurer ses arrières. Grave erreur.

Mais il a fait une autre erreur. Au lieu de lever temporairement le siège et de mobiliser la totalité de son armée pour affronter les forces de Sobieski, le Grand Vizir a divisé ses troupes, laissant 10.000 hommes poursuivre le siège dans les tranchée tandis que 60.000 hommes affrontaient les forces de la sainte alliance.

S’adressant à ses troupes avant le combat, Sobieski a dit : « Nous n’avons pas qu’une ville à sauver, mais l’ensemble du monde chrétien, et Vienne est son rempart. C’est une guerre sainte. »

Dans la matinée du dimanche 12 septembre, l’armée du Roi a donné l’assaut en descendant les pentes du Kahlenberg. Un observateur turc a rapporté qu’on aurait dit « un flot de lave noire qui coulait le long de la montagne, étouffant et consumant tout sur son passage. »

C’est peut-être exagéré, mais en milieu d’après-midi, les lignes Ottomans ont craqué. Sobieski en a tiré avantage, ordonnant une charge de cavalerie. « L’infanterie impériale regardait avec admiration la cavalerie des hussards ailés polonais équipés d’une armure resplendissante, des peaux de tigre et de léopard sur les épaules, la pointe de leur lance baissée », écrit l’historien Simon Millar. « Il y avait un bruit de lances s’entrechoquant alors qu’ils s’en retournaient. Les Ottomans ont battu en retraite sous le choc de l’attaque ».

Les forces turques ont tenté une contre-attaque, mais en fin d’après-midi, le Roi de Pologne galopait au milieu du carnage et de la confusion. Avec ses husssards, il s’est rendu aux tentes du Grand Vizir. Kara Mustafa n’était pas là. Blessé à l’oeil, on l’avait convaincu de battre en retraite, dit Millar. « Vers six heures, prenant son trésor personnel, il avait quitté par l’arrière de son pavillon et rejoint le reste de son armée en déroute. »

Les récits contemporains présentent la défaite des Ottomans comme un triomphe « chrétien ». Au lendemain de la bataille, Sobieski a envoyé au Pape les bannières vertes du prophète que, d’après certains historiens, les Turcs pris de panique avaient abandonnées, en les accompagnant d’un note contenant ces mots : « Je suis venu, j’ai vu, Dieu a vaincu. »

La victoire des chrétiens a mis fin à l’emprise des musulmans sur la région. Presque immédiatement après le siège, les Autrichiens ont lancé une série de campagnes contre les Ottomans. En 1686, ils ont conquis Buda, capitale de la Hongrie turque, et, deux ans plus tard, Belgrade.

Les Turcs ont continué de menacer l’Europe, reprenant temporairement Belgrade en 1690, mais après la bataille de Zenta en 1697 (un autre bataille un 11 septembre) où les armées autrichiennes ont tué 30.000 Ottomans, capturé 10 des épouses du Sultan Mustafa II, saisi le trésor royal et le sceau impérial, les Ottomans étaient en pleine déroute. En 1699, ils ont signé le Traité de Karlowitz, cédant à l’Autriche la Transylvanie et la totalité de la Hongrie.

Les Ottomans ne se sont jamais remis de ces défaites, et dans des 200 années qui ont suivi, leur empire a lentement implosé. À la fin de la Première Guerre mondiale en 1918, les musulmans de la région méditerranéenne se sont retrouvés sous la supervision des Européens dans les États nouvellement établis par la Ligue des nations à partir des anciens territoires ottomans. Pire encore pour les islamistes, le leader turc Mustafa Kemal (Atartürk) a aboli le califat en 1924 et imposé un régime laïque à la Turquie.

Ce n’est pas la fin de l’histoire, bien sûr. Le chroniqueur Christopher Hitchens a écrit que les fanatiques planifient souvent leurs actes à des dates qui ont une importance symbolique pour eux. Peut-être que Osama bin Laden et ses acolytes islamistes ont des griefs qui débordent les politiques américaines au Moyen-Orient, a-t-il écrit. Peut-être que les terroristes musulmans qui ont attaqué les États-Unis le 11 septembre 2001 cherchaient à prendre leur revanche pour la défaite des Ottomans à Vienne. « Dans notre culture, cet épisode est souvent oublié ou minimisé », a déclaré M. Hitchens, « mais dans le monde islamique, et en particulier chez les extrémistes, il est rappelé comme une humiliation et un prélude à d’autres qui ont suivi. »

Si le 11/9 était un acte de vengeance et partie d’un djihad pour rétablir le califat, nous sommes revenus au point de départ, historiquement parlant. Selon l’historien Anthony Pagden : « Il semble peu probable que la longue lutte entre l’Orient et l’Occident prendra bientôt fin. Les lignes de front tracées au cours des guerres médiques il y a plus de 23 siècles sont encore, dans cette partie du monde, là où elles étaient alors ». Ce n’est pas la fin de l’histoire.

Sources

Les lecteurs intéressés à en apprendre davantage sur le siège de Vienne et d’autres « batailles décisives » dans l’histoire occidentale peuvent consulter les ouvrages suivants :

- Thomas Baker, Double Eagle and Crescent : Vienna’s Second Turkish Siege and Its Historical Setting, 1967.
- Douglas Clark Baxter, "Ottoman Turks Are Defeated at Vienna," Great Events from History : The 17th Century, 2005.
- Peter Green, The Greco-Persian Wars, 1996.
- Victor Davis Hanson, Carnage and Culture : Landmark Battles in the Rise of Western Power, 2001.
- Tom Holland, Persian Fire : The First World Empire and the Battle for the West, 2006.
- Walter Leitsch, "1683 : The Siege of Vienna," History Today, July, 1983.
- Simon Millar, Vienna 1683 : Christian Europe repels the Ottomans, 2008.
- Anthony Pagden, Worlds at War : The 2,500-year struggle between East and West, 2008.
- John Stoye, The Siege of Vienna, 1964.

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3 Messages de forum

  • 11 septembre 1683

    8 septembre 12:08, par Mathias Seguin
    • 11 septembre 1683 9 septembre 12:24, par Christian Samoisette
      N’oublions pas non plus le siège de Malte en 1565 où 9000 soldats chrétiens,dont 600 Chevaliers de l’Ordre de St Jean de Jérusalem, ont réussi à vaincre la fine fleur des troupes navales et terrestres de Soliman le Magnifique, soit 40,000 turcs et barbaresques. Ce siège, d’une durée de plus de trois mois et demi (18 mai-8 septembre 1565)fut soutenu dans la quasi indifférence générale de l’europe chrétienne de l’Époque,des renforts espagnols arrivant à la toute fin alors qu’ils avaient eu tout le loisir de le faire à partir de la Sicile à 80 kilomètres de là. Sans compter l’inertie française résultant de l’alliance contre nature avec l’empire Ottoman de François Ier, alliance maintenue par ses successeurs a la seule fin d’obstruction envers l’Espagne.Cette lutte titanesque à un contre quatre semble tombée dans l’oubli. Pourtant, si Soliman avait triomphé l’Italie et la France méridionale auraient étés exposés et nous serions probablement musulmans aujourd’hui.

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  • Tout en dégustant un délicieux croissant, symbole de la victoire de Vienne, le moment est venu de rappeler également la bataille navale de Lépante, le 7 octobre 1571, où se joua également le sort de la Chrétienté contre la Turquie musulmane. Le pape Pie V avait demandé à l’Église toute entière de prier la Vierge par la prière du Rosaire, et il eut à Rome, au moment de la victoire de la flotte chrétienne, une vision de celle-ci, plusieurs jours avant que la nouvelle ait pu lui parvenir. C’est l’origine de la fête de Notre Dame du Rosaire, toujours fêtée dans l’Église catholique le 7 octobre chaque année. Et je voulais simplement rappeler aux lecteurs de bonne volonté, que dans la lutte contre l’islamisme, qui est aussi une lutte spirituelle, il ne faut pas oublier l’arme de la prière, car la Vierge Marie ’’est puissante comme une armée rangée en bataille’’ .

     

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