Dirigeants d'Israël, prenez garde à vos illusions

Publié le par shlomo

par Mark Silverberg American Thinker



Traduction : Objectif-info

Rédaction d'Objectif-info
Le texte qui suit a été rédigé en juillet 2008, avant la démission d'Éhoud Olmert, et il lui avait été adressé en tant que décisionnaire principal du pays. A l'heure ou l'équipe dirigeante d'Israël se renouvelle, les mises en garde de Mark Silverberg sont au moins aussi pertinentes qu'en juillet. En effet la question des orientations que doit prendre Israël se pose dans un contexte totalement transformé. L'administration Bush va laisser place à une nouvelle équipe dont nul n'est à même de prévoir la vision de la place des États-Unis au Proche Orient. Les Russes semblent décidés à utiliser le Proche Orient comme un moyen de pression sur les Américains. Et les mollahs poursuivent leur bonhomme de chemin vers la bombe. C'est dire si les dirigeants d'Israël doivent se garder des mirages qui leur ont généralement servi de boussole depuis une quinzaine d'années, les précipitant dans l'aventure d'Oslo et dans celle du "désengagement".

Les gouvernements et les forces armées doivent toujours éviter de se faire surprendre; cependant l'histoire ne dénombre même plus les échecs en la matière. Dans ces situations, les désastres provoqués par le fait d'avoir été surpris ont rarement été imputables à un manque d'informations critiques. Ils ont été souvent le résultat d'une analyse incorrecte. Dans une effrayante prémonition de ce qui allait advenir, l'ambassadeur Richard Parker écrivait quelques jours seulement avant la tragédie du 11 septembre : "Nous ne devons jamais être victimes de nos propres mythes et voir nos adversaires à travers un prisme ethnocentrique déformant. Nous y parviendrions mieux… si nous formions vraiment nos responsables politiques et nos chefs militaires de sorte qu'ils soient à même de prendre davantage de distance avec les réponses simples et qu'ils aient conscience de la diversité des peuples du monde et de la complexité de leurs problèmes." [1]

L'avertissement de l'ambassadeur Parker était clair. Si les dirigeants sont victimes de leurs propres illusions (et agissent, ou négligent d’agir de leur fait), ils exposent leurs nations à des catastrophes. Ces illusions sont davantage que de simples erreurs de jugement. Elles sont souvent symptomatiques d’une estimation de la menace à partir de modèles incorrects. Un modèle est un ensemble de convictions, de perceptions et de cadres d'analyse, à travers lequel les faits décisifs sont étudiés (ou négligés) et les estimations du risque ou de la menace établies. Le modèle de sécurité en vigueur détermine tout, de l’estimation des besoins à venir, au positionnement des armées pour la bataille, à la décision de créer une éventuelle infrastructure de renseignement intégrée pour traiter des menaces identifiées. Si le modèle de sécurité ne va pas, si ses hypothèses sont incorrectes, il en est de même de l'estimation de la menace, des règles, des instructions et des procédures qui en découlent.

Dans le cas du 11 septembre, le modèle de sécurité de l'époque stipulait que le détournement et le crash intentionnel d'un avion de ligne sur des bâtiments étaient fortement improbables en dépit des avertissements émanant des services de renseignements qui suggéraient qu'ils étaient possibles. En outre (suivant le modèle), les océans qui séparent historiquement l'Amérique de ses ennemis et sa "technologie de pointe" qui avaient toujours protégé l'Amérique, continueraient de le faire.

En conséquence, les informations secrètes qui ont afflué en Amérique (particulièrement de source israélienne et allemande) dans les années, les mois, les semaines, et même les jours précédant la catastrophe, ont été enregistrées, notées et classées, mais on ne leur a accordé qu’une basse priorité. Les listes de terroristes sous surveillance n'ont été ni partagées entre les services, ni comparées entre elles. Une culture du secret a prévalu au sein de la communauté des services de renseignements. A de multiples reprises, on a ignoré les alertes des agents du FBI sur le terrain qui présentaient des documents inquiétants sur les terroristes suspectés (en particulier à Minneapolis et à Phoenix). On a même reproché à certains d’entre eux d’avoir perdu leur temps et suivi des pistes erronées. Même les lois qui régissent l'échange de l’information criminelle et de l’information secrète entre le FBI et la CIA ont empêché la sécurité et les renseignements américains d'aboutir à des évaluations correctes de la menace. Avant la tragédie de 11 septembre, le monde de la sécurité et des renseignements américains était prisonnier d’un modèle de sécurité incorrect, d'un cadre d'analyse de la sécurité et des renseignements foncièrement défectueux qui l'a empêché de faire des estimations correctes du risque représenté par l'islamisme pour l’Amérique et les intérêts américains à l'étranger. Et parce que l’on a décidé en conformité avec le modèle que le risque estimé avait une basse priorité, il n'était pas suffisamment important pour justifier l'engagement du capital humain et financier nécessaire pour le traiter.

Le 20ème siècle est rempli de telles erreurs, comme l’incapacité de Staline d'anticiper l'opération Barbarossa (l'invasion nazie de la Russie le 22 juin 1941) malgré les 84 avertissements de ses généraux de terrain qui l'avertissaient d'une invasion imminente, car, comme il le déclara ensuite, il avait "serré la main de l'homme (Adolf Hitler)". Il y a eu aussi l'incapacité des services de renseignement américains de prévoir l'attaque japonaise de Pearl Harbour du 7 décembre 1941 malgré l’abondance des informations qui attestaient de l’imminence d’une telle attaque [2]. Il en est de même pour le taux particulièrement élevé de morts dans la communauté juive hollandaise pendant l’Holocauste (102.000 sur 140.000 juifs hollandais ont péri) parce que les responsables juifs hollandais n'ont pas été en mesure de reconnaitre l'ampleur de la menace posée par l’Allemagne nazie [3]. Il y a eu "le point aveugle" des Américains quand il s’est agi de comprendre dans la culture arabo-musulmane le concept de martyre, qui s'est manifesté le 23 octobre 1983 quand un poids lourd chargé de l'équivalent de plus de 6 tonnes de TNT s'est écrasé sur le bâtiment du quartier général de la Marine à l'aéroport international de Beyrouth, tuant dans leur sommeil 241 militaires américains. Cela s'est produit en dépit des attentats-suicide antérieurs contre son ambassade de Beyrouth et de nombreux avertissements sur la préparation d'une nouvelle attaque-suicide importante programmée contre des cibles américaines [4]. On peut citer enfin l'erreur d'interprétation presque unanime des agences internationales de renseignement sur les intentions réelles de Saddam Hussein à l’encontre du Koweït en 1990.

En Israël, les modèles incorrects des services de sécurité et de renseignements ont eu un impact particulièrement négatif. En 1973, Israël savait qu’un jour ou l’autre il entrerait en conflit avec l'Égypte et la Syrie ; pourtant cette année-là, en dépit de la situation sur le terrain au début octobre, les services de renseignements militaires israéliens ont résolument refusé de croire que ce jour était vraiment arrivé. Selon un rapport publié dans Yediot Aharonot, plus de 1.500 avertissements sur des préparatifs militaires sont parvenus aux renseignements israéliens avant octobre 1973. Les étapes successives de la préparation de la guerre et les indicateurs d'alerte précoces ont été soigneusement rapportés, mais on ne leur a donné aucune suite. Tout cela parce qu'avant la guerre de Yom Kippur, les renseignements militaires israéliens agissaient en fonction d’un modèle de sécurité erroné selon lequel les Arabes n’entameraient jamais une guerre qu'ils savaient ne pas pouvoir remporter. L'adhésion obstinée à ce concept laissait supposer que l'Égypte n'entrerait pas en guerre contre Israël à moins d'être en mesure de détruire les principaux terrains d'aviation militaires d’Israël afin de paralyser son armée de l'Air. Il impliquait aussi que la Syrie ne lancerait pas une offensive importante contre Israël sauf en simultané avec l'Égypte. Alors que le ministre de la Défense Moshe Dayan, le chef d’État-major David Elazar et le chef du Mossad Zvi Zamir étaient convaincus de l’imminence de la guerre et en avaient donc informé le premier ministre Golda Meir, le chef des renseignements militaires Eli Zeira, s’appuyant sur son propre "concept" des intentions arabes, manifesta son désaccord. Zeira refusait de tirer les conclusions pertinentes "des faits de terrain" qui indiquaient que la guerre était imminente. Même lorsque le président égyptien Anouar al Sadate a donné l'ordre d'acheminer du matériel de traversée et des chars d’assaut sur le canal de Suez, Zeira et son état-major ont continué de croire que Sadate ne faisait que bluffer,. ce bluff faisant partie d'exercices militaires égyptiens conçus pour intimider l'État juif. Le 3 octobre, Zeira affirmait toujours que l'éventualité d’une guerre demeurait peu probable. Des agents de terrain qui mentionnaient dans leurs rapports des concentrations ennemies le long du canal de Suez et sur les hauteurs du Golan dans les semaines et les jours qui précédaient les hostilités faisaient l'objet de reproches ou étaient ignorés. [5] Zeira s’est rendu compte trop tard qu'il avait fait une terrible bourde. Les attaques surprise sur le canal de Suez et sur les hauteurs du Golan par les forces égyptiennes et syriennes aux toutes premières heures du 6 octobre 1973 ont mené Israël au bord de la destruction.

Les hypothèses qui sous-tendaient les accords d’Oslo de 1993 n'étaient pas différentes. Les accords étaient basés sur une appréciation inexacte des intentions palestiniennes de Yitzhak Rabin, le premier ministre israélien. Il faisait l'hypothèse que l’OLP n'était pas hostile et pouvait être un partenaire potentiel pour la paix, qu’Israël pouvait maintenir sa sécurité sans faire usage de sa force de dissuasion, qu’Israël pouvait mettre fin au terrorisme "par l'élimination de ses causes profondes", et que le conflit entre Israël et les Palestiniens pouvait être résolu par une négociation franche et honnête.

A partir de ce modèle, Rabin était convaincu que la véritable menace existentielle pour Israël provenait non pas des Palestiniens, mais de l'Irak (sous Saddam Hussein) et des ayatollahs d’Iran. Le modèle de sécurité de Rabin lui indiquait qu'Arafat était désireux de faire la paix avec Israël à des conditions justes. "Les Palestiniens ne sont pas nos ennemis," répétait-il à son cabinet. Il ne considérait pas les Palestiniens comme une menace existentielle, mais plutôt comme "un problème tactique" qui pouvait être résolu entre "amis" à condition qu’Israël soit prêt à faire "d’importantes concessions territoriales." C'est ainsi qu'il a financé l'Autorité Palestinienne (PA), entrainé et armé sa police, ramené son adversaire de son exil tunisien, croyant qu'avec tout cela il avait posé les fondations d’une paix durable avec son ennemi mortel.

Mais son paradigme de paix avec les Palestiniens était une illusion qui a finalement conduit au désastre. Lorsqu’il est revenu triomphalement à Ramallah, Arafat s’était déjà préparé à la poursuite de sa guerre terroriste contre Israël. En dépit des avertissements répétés des agents des services de renseignement militaires israéliens qu’une "situation semblable à celle du Liban " se développait dans les Territoires, le ministre des Affaires Étrangères Shimon Peres leur a dit ; "Vous êtes en train de détruire ma paix." [6] Dès le 8 septembre 1993, cinq jours avant de signer la Déclaration de principes israélo-palestinienne (DOP), Arafat disait à un journaliste israélien venu l'interviewer dans son quartier général de Tunis : "Dans l'avenir, Israël et la Palestine ne seront plus qu’un seul état uni dans lequel Israéliens et Palestiniens vivront ensemble", c'est-à-dire qu'Israël n'existerait plus.

Au moment même où il serra la main de Yitzhak Rabin sur la pelouse de la Maison Blanche sous les auspices du président Clinton, Arafat assurait aux Palestiniens dans un message préenregistré en Arabe et diffusé par la radio Jordanienne que la Déclaration de Principes n’était qu’un aspect de la "stratégie des étapes" de l’OLP de juin 1974 (une démarche soutenue jusqu'à ce jour par son successeur Mahmoud Abbas). Cette "stratégie" stipulait que les Palestiniens devaient se saisir "de tout territoire qu’Israël était prêt à céder ou obligé de céder et l’utiliser comme tremplin pour de nouvelles conquêtes territoriales jusqu'à la libération complète de la Palestine." [7] En fin de compte, davantage d'Israéliens ont perdu la vie dans les attaques terroristes palestiniennes des trois premières années qui ont suivi les Accords d'Oslo que dans la décennie précédente, et cela allait s'aggraver au fur et à mesure que le temps passait.

Les mêmes illusions ont caractérisé la politique de l'ancien premier ministre israélien Ariel Sharon lors du retrait unilatéral de Gaza durant l'été 2005. Cette décision partait de sa conviction inébranlable qu’Israël serait plus en sécurité en se dégageant de tout contact direct avec les Palestiniens. Il pensait qu'il pourrait conquérir les cœurs et les esprits et consolider la stature de Mahmoud Abbas au sein de son peuple, en " accélérant" la mise en œuvre de la Feuille de Route pour la paix de 2003, en libérant de prison des centaines de terroristes palestiniens endurcis (malgré l'expérience du 20 mai 1985 lors de la libération d'Ahmed Jibril à l'issue de laquelle 114 des 238 terroristes libérés reprirent leurs activités terroristes dès leur retour en Cisjordanie et à Gaza,[8] en plaçant certaines villes de Cisjordanie sous contrôle de la sécurité palestinienne, en se retirant de Gaza et en démantelant les infrastructures militaires israéliennes qui s'y trouvaient ainsi que dans le nord de la Cisjordanie, en soutenant l'incorporation de terroristes dans les nouveaux services de sécurité palestiniens, et en autorisant l'injection de milliards de dollars d’aide étrangère dans l’Autorité Palestinienne, fonds connus pour avoir servi à l’époque à soutenir une culture de corruption, les méfaits de son gouvernement et le terrorisme. [9]

La foi de Sharon dans le désengagement, comme l’engouement de Rabin pour les Accords d'Oslo dix ans plus tôt, les a empêchés d'évaluer correctement le risque encouru, en particulier la violation de nombreux engagements par l’Autorité Palestinienne depuis les accords d’Oslo :

- les initiatives de paix et les cessez-le-feu que le terrorisme Palestinien a fait avorter ; les rapports récurrents des services de renseignement sur les activités liées à un terrorisme croissant partout à Gaza ;

- l'idée première que Mahmoud Abbas a cherché à obtenir de grandes quantités d'armes lourdes auprès de plus de vingt gouvernements violant ainsi tous les accord internationaux que les Palestiniens avaient signé avec Israël et tous les engagements contractés par Abbas vis-à-vis de l'administration Bush et des dirigeants internationaux à cette date [10] ;

- les alertes répétées des renseignements militaires israéliens sur le passage en contrebande par le Hamas de missiles, d'obus de mortier, et de fusées Kassam sous le corridor Philadelphie à la frontière entre Gaza et l'Égypte ; l'intention avouée d'Abbas d'incorporer des terroristes reconnus dans ses nouvelles Forces de Sécurité palestiniennes;

- les implications à long terme des concessions consenties par Israël consistant à abandonner ses poursuites des terroristes palestiniens à Gaza et en Cisjordanie et à leur permettre de porter des armes en violation ouverte de la Feuille de Route de la paix (qui appelle au désarmement des terroristes) ;

- l'exigence entêtée et publique d'Abbas d'un "droit au retour" des Palestiniens sur le sol israélien même ;

- sa réticence ou son incapacité à démanteler l'infrastructure terroriste palestinienne et à instaurer la loi et l'ordre ; le contrôle croissant des membres du Hezbollah iranien sur de nombreuses cellules terroristes palestiniennes, la victoire décisive du Hamas sur l’Autorité Palestinienne lors des élections municipales de janvier 2005 à Gaza ;

- la corruption rampante qui gangrène toute l'Autorité Palestinienne ;

- la "culture de la mort" qui imprègne toutes les facettes de la société palestinienne (les deux-tiers des Palestiniens considèrent le terrorisme comme une arme efficace) ;

- le sentiment palestinien que le retrait de Gaza représente un recul israélien devant la violence* et les discours des dirigeants Palestiniens qui permettent de comprendre que Gaza n’était que la première étape de la destruction progressive "de l'ennemi sioniste."

En dépit de ces alertes, Sharon était déterminé à effectuer son retrait sans rien recevoir en retour des Palestiniens. Malgré les avertissements des chefs de ses services de renseignement et de sécurité qui prévoyaient que Gaza et la Cisjordanie exploseraient dans la violence, et que des villes israéliennes se trouveraient sous le feu des missiles des terroristes basés dans le Sud et peut-être dans l'Est, nul n'a pu dissuader Sharon d'accomplir son rêve de désengagement. Il a prouvé qu'il ne tolérerait aucune contestation en congédiant simultanément son chef d’État-major, Moshe Ya'alon et son chef des services de Sécurité du Shin Beth, Avi Dichter, qui fondamentalement n’étaient pas d’accord avec son modèle de sécurité. Ils avaient tous deux averti Sharon que relâcher des centaines de terroristes expérimentés dans la masse populaire palestinienne serait une erreur aux proportions monumentales, et qu'un retrait de Gaza sans avoir détruit au préalable les infrastructures terroristes sèmerait les graines d’un deuxième Liban et encouragerait des attaques bien plus mortelles sur Israël une fois les terroristes réarmés et réorganisés, exactement ce qui est en train de se produire.

À la suite de l'approbation du désengagement par la Knesset, Nabil Sha'ath (le ministre des Affaires Étrangères de l’Autorité Palestinienne) a fait le commentaire suivant : "Ce n'est que le premier pas de la libération de toute la Palestine", et Ahmed Al-Bahar, un dirigeant important du Hamas à Gaza, ne laissait place au moindre doute sur le fait que le retrait israélien constituait une victoire stratégique majeure pour les Palestiniens : "Les coups douloureux et remarquables que la résistance palestinienne a porté aux Juifs et à leurs soldats depuis quatre ans et demi ont conduit à la décision du retrait de la Bande de Gaza," a-t-il dit. "Le retrait marque la fin du rêve sioniste, c'est un signe du déclin moral et psychologique de l'état juif."

Comme l’ancien président de la Cour Suprême israélienne (Moshe Landau) le faisait remarquer en 2000 : "Je crois que nous affrontons des adversaires qui sont beaucoup plus intelligents que nous, des adversaires qui savent qu'ils doivent procéder par étapes. A mon avis, en ce qui les concerne, les choses sont parfaitement claires: ils ne veulent pas de nous ici, mais en attendant, ils sont prêts à se contenter de ce qu’ils peuvent obtenir à chaque étape qui les rapproche de leur objectif final." [11]

Emanuele Ottolenghi de l'Université d'Oxford a écrit récemment : "en matière de diplomatie comme dans la guerre, la tromperie fonctionne parce que ceux sont trompés préfèrent vivre dans la tromperie plutôt que comprendre les faits qui leur crèvent les yeux, et donc accepter la responsabilité effarante de devoir les affronter et les inverser." [12]

Étant donné la nature d'une société :

- qui tient davantage à annihiler Israël plus qu’à construire un état palestinien moderne ;

- qui prône les vertus du "martyr" à ses propres enfants et affiche des posters de " héros martyrs" dans ses restaurants et marchés ;

- qui prêche dans ses écoles la haine des juifs et d’Israël, de la chaire de l'enseignant aux médias et dans toute sa culture ;

- qui encourage la prise d’otages et l'utilisation de femmes et d’enfants comme boucliers humains ;

- qui met en scène des meurtres pour terroriser l'ennemi…

il est difficile de croire aux illusions du premier ministre israélien Ehud Olmert sur plusieurs questions:

- sur la suppression des barrages routiers, clés de la sécurité en Cisjordanie,

- sur les entretiens pour le déploiement à Gaza d'une force de maintien de la paix cent pour cent arabe sachant qu'une telle force empêcherait Israël de se défendre contre les attaques terroristes venant de Gaza ;

- sur l’offre de rendre des atouts stratégiques majeurs comme le Mt Dov (fermes de Shebaa) au Hezbollah (il ne fait aucun doute que bientôt on rajoutera les sept villages chiites qui existaient en Galilée avant 1948, et le grand nombre de réfugiés Palestiniens au Liban) ainsi que les Hauteurs du Golan à la Syrie ;

- sur la remise en selle du président syrien Assad qui était considéré jusqu'à présent comme un paria international ;

- sur la crédibilisation du Hamas qui découlerait d'un cessez-le-feu, sachant que l'organisation islamiste ne fait que gagner du temps afin d’améliorer ses capacités militaires et sa position stratégique pour continuer sa guerre contre Israël ;

- sur le consentement à des concessions unilatérales sans précédent sur Jérusalem, sachant que Mahmoud Abbas ne bénéficie d'aucun soutien dans son peuple, d'aucune autorité pour mettre à exécution un accord de sécurité sérieux, et que, quelque soit l’accord que concluraient Israël et l’Autorité Palestinienne, il s'effondrerait en un jour du fait de la faiblesse de l’Autorité Palestinienne ;

- sur la libération de terroristes comme Samir Kuntar qui ont commis des atrocités contre des Israéliens dans le passé et qui se sont engagés à recommencer ;

- sur l'envoi à ses ennemis du message qu'Israël payera n'importe quel prix pour le retour de soldats capturés, qu'ils soient morts ou vifs.

Il reste à se demander combien d'illusions supplémentaires les dirigeants d’Israël peuvent encore se permettre avant que leur nation ne soit précipitée dans la poubelle de l’histoire.

* Avant l'annonce du plan de désengagement, 75% des palestiniens croyaient que l'intifada avait échoué, mais quelques mois après que le retrait programmé ait été annoncé, 74% pensaient que le plan était "une victoire de la lutte armée". Les résultats du sondage initial ont été publiés en octobre 2003 dans le quotidien officiel de l’Autorité Palestinienne Al-Hayat Al-Jadida, alors qu'un sondage de confirmation ultérieur était mené en septembre 2004 par le Centre Palestinien de recherche et d'enquêtes politiques dirigé par Khalil Shikaki.

Notes

1 - Ambassadeur Richard Parker, "Prisonniers d'un concept", Air University (ATC), 6 Septembre 2001. Les échecs de la doctrine Bush au Moyen Orient peuvent également être imputables à un modèle de politique étrangère américaine au Moyen Orient qui a échoué à comprendre l’islamisme et à lui apporter une réponse dans le monde musulman (Clifford D. May, Le test de la paix: Bush a offert un état aux Palestiniens; ils ont dit pas d’accord," National Review Online, 3 juillet 2008; Mark Silverberg, "La fin de la doctrine Bush" Israel Insider, 17 novembre 2007).
2 - Roberta Wohlstetter, "Pearl Harbor: mises en garde et décisions", Stanford, CA: Press, 1962.
3 - Joel Fishman, "Incompréhension et auto-intoxication", Jerusalem Center for Public Affairs, 15 mars 2001
4 - Erik J. Dahl, "Renseignements plus perspicaces", The Boston Globe, 23 Novembre 2004.
5 - Major Rodney C. Richardson, "La guerre du Kippour: grande ruse de guerre ou faillite du renseignement", http://www.americanthinker.com/cgi-bin/at-admin/www.GlobalSecurity.org, 1991; voir aussi AmbassadeurRichard B. Parker, op. cit. et son précédent article dans” Air University Review”, Janvier-Février 1981.
6 - Joel Fishman, op.cit.
7 - Efraim Karsh, "Les vies d'Arafat", Commentary, Janvier 2005.
8 - Margot Dudkevitch, "Des prisonniers libérés tués dans des missions terroristes", Jerusalem Post Online, 21 Février 2005.
9 - Steven Stotsky, "L'aide étrangère alimente-t-elle la violence palestinienne?" Middle East Quarterly, 1 juillet 2008
10 - DEBKAfile, "Les terroristes font voler en éclats une fausse accalmie à Tel Aviv, atelier d'armes lourdes", 26 Février 2005
11 - Le juge Moshe Landau, Ha'aretz Magazine (Edition anglaise), 6 Octobre 2000.
12 - Emanuele Ottolenghi, "La mystification iranienne", israelagainsterror.blogspot.com, 30 juin 2008.


MarkSilverberg est analyste au Centre Ariel pour la Recherche en Politique (ACPR); il a été membre du Département Canadien de Justice, et directeur du Congrès Juif Canadien http://www.marksilverberg.com/

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