L'assassinat d'Ilan Halimi et l'idéologie du jihad

Publié le par shlomo







Les premiers éléments de l'enquête sur l'assassinat du jeune Ilan Halimi confirment la thèse d'un crime antisémite, qui s'inscrit dans le contexte idéologique du jihad international. Loin d'être un simple fait divers, il s'agit en réalité de l'illustration des conséquences de l'idéologie du jihad diffusée par les mouvances islamistes, dans les banlieues françaises.

Cet événement doit aussi attirer l'attention sur les carences graves dans la lutte contre le terrorisme islamiste et contre ceux qui le soutiennent.

Une semaine après l'assassinat du jeune Ilan Halimi, sauvagement torturé par un groupe se faisant appeler le "gang des barbares", il est possible de tirer plusieurs conclusions sur la signification de cet événement. Contrairement aux premières interprétations, il ne s'agit pas d'un fait divers, sordide mais banal, d'enlèvement et de séquestration, comme ceux que décrivent des films et des romans policiers.

Il s'agit d'un acte de jihad, qui s'inscrit dans le contexte idéologique et symbolique de l'islam radical, diffusé depuis plusieurs années en France et en Europe par les mouvances liées à la nébuleuse Al-Qaida.

Comme l'a indiqué le procureur de la République Jean-Claude Marin, les ravisseurs d'Ilan Halimi se sont inspirés de "scènes connues par ailleurs", allusion aux rapts d'Occidentaux par les terroristes d'Al-Qaida en Irak.

La motivation antisémite, rejetée aux premiers jours de l'enquête, est aujourd'hui officiellement reconnue. Mais plus encore que l'antisémitisme, c'est l'idéologie du jihad qui animait les assassins, comme l'indiquent plusieurs éléments rendus publics ces derniers jours.

Des documents, saisis au domicile de plusieurs membres du gang, font état de leur appartenance "salafiste", selon la police. Les policiers ont également saisi des documents de soutien au CBSP, le "Comité de Bienfaisance et de Soutien aux Palestiniens".

Sous cette dénomination anodine, se cache en fait l'organisation chargée de collecter des fonds pour le mouvement terroriste Hamas sur le sol français. Le CBSP, inscrit par les Américains sur la liste des associations qui financent le terrorisme en août 2003, n'a toujours pas été interdit en France, malgré plusieurs demandes américaines et israéliennes en ce sens.

Les liens entre les membres du gang des barbares et le CBSP démontrent une fois de plus combien sont perméables les frontières qui séparent le jihad idéologique du jihad armé.

Dans mon livre Le Sabre et le Coran, j'ai montré, à partir de l'exemple de la famille Benchellali, comment des militants islamistes "modérés", qui prennent part à des manifestations pour le voile et qui envoient des dons au CBSP, sont amenés à se radicaliser et finissent parfois en Afghanistan ou en Irak, où ils deviennent des soldats du jihad.

Le cas du "gang des barbares" est un autre exemple frappant de cette porosité des frontières entre jihad idéologique et jihad armé.

L'idéologie des membres de ce gang est celle de l'islam le plus radical, que partagent de plus en plus de jeunes Français, musulmans de souche "réislamisés" au contact de prédicateurs ou d'islamistes aguerris, convertis à l'islam radical ou simples "compagnons de route", séduits par un discours et par une idéologie offensive qui se présente comme une juste cause...

La radicalisation des jeunes des banlieues françaises illustre le rôle nocif de la propagande islamiste, qui est diffusée par des chaînes satellite, par des sites Internet et par des cassettes, comme celles du Hamas vendues sur le site du CBSP, au salon annuel de l'UOIF.

Il y a un an, j'avais attiré l'attention de certains médias français et du président du CRIF sur le fait que le CBSP menait en toute impunité sa collecte au profit du Hamas sur le sol français. Un an plus tard, force est de constater que rien n'a été fait pour empêcher cette collecte et que le CBSP a toujours pignon sur rue en France.

La victoire du Hamas aux élections palestiniennes et l'assassinat d'Ilan Halimi devraient enfin ouvrir les yeux des pouvoirs publics français et des institutions juives sur le scandale intolérable que constitue la poursuite des activités du CBSP en France.

Loin d'être un acte isolé, l'assassinat d'Ilan Halimi pourrait bien constituer le signal annonciateur d'une nouvelle vague d'antisémitisme, beaucoup plus violente que les précédentes, nourrie par l'idéologie meurtrière que véhiculent les partisans d'Al-Qaida et du Hamas en France.

Au lieu de se borner à comptabiliser les actes antisémites, officiellement "en baisse" (mais le nombre de plaintes enregistrées est un indicateur très peu fiable à cet égard) et de distribuer généreusement des satisfecit aux autorités françaises, les institutions juives seraient bien inspirées de prendre enfin la mesure de la gravité de la situation et d'en tirer toutes les conclusions, avant que l'exemple du "gang des barbares" ne soit suivi par d'autres assassins en puissance.

Paul Landau © Primo Europe, 22 février 2006

chercheur (Jérusalem) spécialiste des mouvements islamistes.

Publié dans TERRORISME

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