Iran : On évoque à nouveau un changement de régime

Publié le par shlomo


Dans un entretien accordé à la radio Echo de Moscou, John Bolton, ancien sous-secrétaire d’Etat américain, ancien représentant des Etats-Unis à l’ONU, grand partisan d’un bombardement de l’Iran, a pour la première fois déclaré que les Etats-Unis pourraient lancer des démarches axées sur le changement du régime en Iran. Ce dont parle Bolton n’est pas réellement une menace pour Téhéran !


Bolton est un membre (peu connu) de l’American Enterprise Institute, le Think Tank le plus impliqué dans les affaires de l’Iran. L’objectif de cet organisme (comme les autres Think Tanks américains) est de rendre médiatiquement possible une entente avec le régime des mollahs, entente vitale pour le maintien de l’hégémonie américaine. Ces organismes calquent leur méthode sur celle de la diplomatie américaine qui combine des sanctions et des offres d’entente à la libyenne. Ils travaillent aussi en combinaison avec la vraie diplomatie. En 2006, les Etats-Unis ont mis en place des opérations de guérillas en Iran par l’intermédiaire du groupe baloutche le Jundallah, les Kurdes du PKK et les Iraniens arabophones du côté d’Ahwaz ou encore les OMPI (les Moudjahiddines ont été les seuls à échouer et à être retirés du processus).

De ces opérations, la plus meurtrière a été les premiers coups de force du Jundallah en mars et mai 2006, opérations sanglantes suivies des premières sanctions. Parallèlement, l’American Enterprise Institute s’est intéressé dès juin 2006 à des séparatistes de salon en faisant semblant de préparer la base d’un changement de régime afin d’inciter les mollahs à réagir et accepter un processus d’entente. Dans ce cadre, le démocrate Micheal Ledeen, le personnage clef de ce Think Tank s’est rendu en Iran pour rencontrer des représentants du régime pour trouver des compromis et des passerelles.

Après avoir accueilli dans ses murs des séparatistes iraniens, Ledeen a reçu en août 2006 des soi-disant étudiants faussement dissidents présentés comme la vitrine d’une société iranienne en mutation ! L’idée était que les Etats-Unis rétablissent les relations diplomatiques avec Téhéran pour aider ces jeunes mutants : un packaging politiquement correct pour un deal avec les mollahs.

Or, le deal suppose que Téhéran renonce à ses activités nucléaires et sa main mise sur le Liban, ce qui n’est pas à l’ordre du jour des mollahs. C’est pourquoi, malgré l’extraordinaire souplesse idéologique des intermédiaires de l’American Enterprise Institute, ce 1er projet a échoué et les Américains ont dû abandonner dans la nature les petits poulains iraniens qui continuent à vivre aux Etats-Unis sans que l’on sache de quoi ils vivent puisqu’ils ne parlent pas l’Anglais.

Malgré cet échec, le problème reste éternellement et fondamentalement le même pour les deux parties. Pour Washington, il faut harceler les mollahs avec des sanctions pour affaiblir le régime sans le renverser, afin de forcer Téhéran à accepter un deal selon les clauses de Washington, et finalement justifier l’entente avec les mollahs au prétexte d’une aide aux modérés.

Pour Téhéran, il s’agit de mettre en avant ces mutants modérés afin de compter sur les Six pour désactiver les sanctions et ainsi priver les Etats-Unis d’un moyen de pression et ce afin d’obtenir un deal plus favorable.

Les problèmes étant les mêmes, les réponses sont les mêmes. C’est pourquoi, les Etats-Unis ont continué à expérimenter des variantes du projet 2006 qui utilise des séparatistes du terrain et les séparatistes du salon.

C’est ainsi que Washington n’a cessé de faire bon accueil aux nouveaux faux opposants de Téhéran tout en agitant des séparatistes pour faire peur aux mollahs. Les opérations de guérillas se sont renforcées principalement au Kurdistan et au Baloutchistan, et Washington a continué à faire appel à l’American Enterprise Institute pour organiser des conférences avec des séparatistes (« fédéralistes ») iraniens.

La dernière édition d’une conférence avec les fédéralistes iraniens a eu lieu en 2007 à Paris en présence des caméras de Voice of America et sous la direction artistique de Kenneth Timmerman membre de l’AEI (qui travaille en tandem avec de Bolton). Cette opération a été un échec cuisant : Washington a renoncé à organiser une nouvelle édition en 2008 et a concentré ses efforts sur les opérations de terrain avec le PKK et le Jundallah.

Ce dont parle Bolton est un retour à ces conférences et manœuvres d’intimidation qui sont censées faire peur aux mollahs : c’est-à-dire un recul par rapport à ses précédentes déclarations en faveur d’un bombardement de l’Iran au nom d’une supposée amitié avec le peuple israélien.

En agent docile de la diplomatie américaine, Bolton a rangé son option militaire au placard pour prendre le train du retour cyclique des séparatistes de salon (qui comptent désormais dans leur rang des Moudjhaddines en surnombre). L’adhésion éclair de l’American Enterprise Institute au projet indique que ce dernier est au menu de l’approche Obama vis-à-vis de l’Iran. Obama fera du Bush.

Le risque que certaines régions du pays sombrent dans le chaos sous l’effet des séparatistes reste réel mais limité car l’objectif prioritaire des Américains n’est pas un changement de régime, mais de l’intimidation.

Cette option via les séparatistes risque cependant de rebuffer les Iraniens dont même les plus hostiles aux mollahs sont avant tout hostiles à toute balkanisation de leur patrie ou aux alliances avec les Moudjahiddines du Peuple

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Publié dans IRAN NUCLEAIRE

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