Dossier Shalit : 900 jours, et échec d’une politique

Publié le par shlomo

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Le chiffre symbolique de 900 jours a été récemment atteint dans l’ignoble détention de Gilad Shalit dans les geôles du Hamas. Deux ans et demie de négociations, tractations, d’interruptions, d’espoirs et de déceptions, pour en rester  aujourd’hui pratiquement au point de départ, si ce n’est pire: des exigences de plus en plus exorbitantes de la part du Hamas, des tergiversations du gouvernement, une souffrance et une attente indescriptibles de la famille et des amis du jeune soldat, et puis surtout Gilad lui-même, condamné à l’isolement et à la souffrance, sans même avoir droit à la moindre visite d’une organisation humanitaire.

 

Depuis ce triste mois d’août 2006, on ne compte plus les centaines de déclarations faites par les dirigeants israéliens. L’une des dernières en date, celle de Tsipi Livni, a même provoqué de nombreuses réactions en Israël : en annonçant « qu’il n’était pas toujours possible de libérer les soldats captifs », a-t-elle parlé avec un réalisme courageux, ou était-ce tout simplement une gaffe monumentale ? A-t-elle dressé un constat d’échec ou a-t-elle voulu montrer au Hamas qu’Israël a des « lignes rouges » ?

 

Les expressions « nous faisons tout », « il est de notre responsabilité » ou « il faut libérer à tout prix », qui sont assénées à tout bout de champ, sont devenues des ritournelles vides de sens, et donnent l’impression que les autorités se moquent de la population, tout comme lors des sempiternelles menaces « d’offensive d’envergure » après chaque tir de roquettes.

 

L’impression générale qui ressort de tout cela est qu’Israël d’aujourd’hui n’est plus celui d’Entebbe en 1976. Et cette comparaison a d’autant plus de force que les acteurs dalors et d’aujourd’hui appartiennent au même camp politique. Ce furent Itshak Rabin et Shimon Pérès, qui, il y a plus  trente ans, osèrent la plus grande et la plus audacieuse opération de libération d’otages de tous les temps. Et c’est aujourd’hui un Travailliste également, Ehoud Barak, qui de surcroît se présente comme « héritier d’Itshak Rabin », qui nous donne le spectacle le plus lamentable d’une politique israélienne couarde et qui danse au rythme imposé par les organisations terroristes tel un ours face à son dompteur. Mais dans le cas présent, c’est le « dompteur » qui est obligé de danser devant le fauve !

 

Il y a trente ans, un gouvernement israélien a été capable d’organiser un raid au-delà de 4000 km afin de libérer des dizaines d’otages aux mains de terroristes. Aujourd’hui, nous ne sommes plus capables de faire sortir un seul soldat qui se trouve aux portes d’Israël.

 

Mais plus que cette « faiblesse », c’est l’état d’esprit fataliste - voire défaitiste – dont elle émane qui nous inquiète. Et l’un des signes les plus éloquents de cette chute vertigineuse est l’utilisation du mot « prix » : depuis l’enlèvement du soldat, le débat en Israël s’est focalisé sur l’étendue du « prix à payer » pour faire libérer Gilad Shalit. Mais à aucun moment, il n’a été question de ce qui aurait du être notre réaction immédiate : quel « prix » devrions-nous exiger et faire payer au Hamas pour cet enlèvement ? Les Russes n’ont eu qu’une fois un otage au Liban. Suite à l’enlèvement, ils avaient renvoyé un membre du Hezbollah…démembré et découpé dans une valise. C’est la dernière fois qu’un Russe y a été kidnappé !

 

Sans en arriver à ce macabre excès – qui d’ailleurs n’avait pas heurté les bonnes consciences -Israël aurait pu et du, dès l’enlèvement de Gilad Shalit, prendre des mesures spectaculaires pour montrer au Hamas qui est maître du jeu et qui en fixe les règles. Il y a des manières bien précises de faire passer des messages à l’intention des terroristes.

 

« Prix à payer » ou « prix à exiger » pourraient résumer à eux seuls la différence quant à la vision que l’on a de nos droits sur ce petit coin de terre. Ceux qui considèrent qu’il y a toujours « un prix à payer », se mettent dans la situation de quémandeurs, et considèrent leurs droits les plus élémentaires comme des faveurs qu’il leur faut monnayer, comme le faisaient les Juifs de Cour. Par contre, ceux qui ont conscience de la justesse de leur cause seront prêts à exiger « un prix fort » de quiconque remet leurs droits en question.

 

Tsahal et le gouvernement disposent d’une quantité phénoménale de moyens pour prélever un prix maximal au Hamas et retourner la vapeur en mettant l’initiative du côté israélien. Cela va des opérations militaires ciblées sans interruptions, jusqu’à l’étranglement économique, en passant par des privations aux prisonniers du Hamas en Israël, autrement gâtés que Gilad Shalit. Mais pour cela il faut une volonté politique, un minimum de fierté nationale, et ne pas fixer sa politique en ayant les yeux rivés sur les sondages d’opinion.

 

Jusqu’à présent, toutes les « mesurettes » prises par le gouvernement pour faire libérer Gilad se sont révélées stériles. Même la fameuse « Houdna », « trêve », qui selon les dires des responsables militaires, devait contribuer à « calmer » le Hamas et faciliter les négociations pour la libération du jeune soldat, nous a « explosé à la figure », selon une expression à la mode en Israël, et dans tous les sens du terme.

 

Le responsable n°1 dans toute cette situation n’est autre qu’Ehoud Barak, qui auréolé de ses lauriers de « preux militaire », se distingue en fait depuis des années par son attitude hésitante et attentiste, aux antipodes des généraux israéliens des dernières décennies. La politique de retenue a échoué au Liban comme elle a échoué face au Hamas et au Jihad.

 

C’est Ehoud Barak, alors Premier ministre, qui décida de faire sortir Tsahal du Liban de manière précipitée laissant le Hezbollah installer son arsenal. C’est ce même Ehoud Barak qui décida de ne pas intervenir au Tombeau de Joseph, laissant agoniser le soldat druze Madhat Youssouf pendant plusieurs heures. C’est toujours Ehoud Barak qui ne sut pas comment mater la deuxième Intifada meurtrière et l’étouffer dans l’oeuf, tout comme il n’arrive pas à conjurer aujourd’hui la menace des Kassam au sud du pays. Pis encore, il autorise le transfert de fonds vers des banques de Gaza et libère gratuitement des terroristes du Fatah en « cadeau de l’Aïd » à Abou Mazen ! Quel message donne-t-on au Hamas en libérant des centaines de terroristes sans contrepartie ?

 

Rien n’est plus aux antipodes de la philosophie sioniste - ou tout simplement du bon sens – que de fonder une politique juive sur le bon vouloir ou la disposition d’esprit de nos ennemis.

 

La reconduction ou non de la « trêve » est une nouvelle occasion pour Israël de reprendre la donne et de changer radicalement les règles du jeu, afin que le Hamas sente enfin qu’il a beaucoup plus à perdre qu’à gagner en continuant à détenir Gilad Shalit dans ses griffes.

 

Mille jours de détention de Gilad serait un cap insupportable pour nous tous. 

par Shraga Blum

Arouts Sheva

Publié dans TERRORISME

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