Tunisiens en colère après la projection du film : Un Secret

Publié le par shlomo



de Claude Miller

La projection en Tunisie du film "Un secret", qui évoque la vie d'une famille juive dans la France occupée, a suscité une tempête de protestations dans la presse tunisienne en arabe. Le film césarisé de Claude Miller, qui met en scène Patrick Bruel et Cécile de France, a été présenté au 15ème festival annuel du cinéma européen à Tunis.

Les spectateurs quittent la projection du film, "trop favorable aux Juifs"

Des spectateurs tunisiens ont déserté la projection du film "Un secret", qui évoque la vie d'une famille juive dans la France occupée, au bout de 30 minutes, trouvant le film "trop favorable aux Juifs". Certains ont confié à aljazeera.net, le site de la chaîne télévisée du même nom, qu'ils se demandaient pourquoi l'Europe, et la France en particulier, étaient si favorables aux Juifs, appelant le président français "le Sarkozy pro-juif".
L'organisateur tunisien du festival, Ibrahim Al-Latif, a pointé un doigt accusateur vers la délégation européenne, responsable du choix des films. Selon l'avis d'un jeune spectateur mis en ligne sur aljazeera.net, la décision de projeter "Un secret" donne "le sentiment que la délégation européenne, qui supervise le festival, est sous le contrôle des Juifs." (1)

Al-Sabah : Ouvrir le festival avec ce film était inapproprié, vu le siège de Gaza

Muhsin Al-Zaghlawi, dans un article du quotidien tunisien à grand tirage Al-Sabah, estime que "non seulement la date du festival a été mal choisie, vu qu'il est tombé au moment du durcissement du siège de Gaza et d'une aggravation sans précédent des souffrances des Palestiniens, mais en outre le film choisi par les organisateurs (…) était inapproprié, de l'avis de nombreux observateurs (…)

Un grand nombre de spectateurs tunisiens présents à l'ouverture ont été surpris par les événements (rapportés dans) le film et son récit mélodramatique, qui souligne l'aspect tragique des faits. Le film s'efforce de présenter les Juifs comme le seul peuple de l'histoire à avoir été victime de l'injustice, de crimes et de massacres. Ainsi, certains spectateurs ont décidé de quitter la projection sous le nez des invités et des organisateurs (…)

Cela pour protester (…) contre le mauvais choix de l'équipe tunisienne et européenne qui a organisé le festival (en admettant que leurs intentions aient été bonnes), choquant le public dès l'ouverture avec un film politisé qui, outre son contenu, porte atteinte à l'orientation du festival en n'étant pas loin de l'écarter de son cadre culturel et artistique et en le faisant entrer dans le très peu innocent labyrinthe de l'instrumentalisation.

L'actuelle oppression du siège israélien contre les Palestiniens de la bande de Gaza, qui laisse présager un désastre humanitaire, est un événement qui devrait nécessairement jeter une ombre sur n'importe quel festival, culturel, intellectuel ou autre, en n'importe quel lieu. Les organisateurs du festival (…) auraient du en tenir compte en n'accordant pas les honneurs de l'ouverture à un film portant sur la tragédie des Juifs pendant l'Holocauste (…), d'autant plus que le siège israélien criminel de la bande de Gaza a atteint une inhumanité sans précédent." (2)

Un journal d'opposition : l'entité sioniste profite de toutes les occasions pour rappeler l'Holocauste au monde

Dans un article similaire paru le 28 novembre 2008 dans Al-Watan, organe officiel du parti de l'Union démocratique unioniste (de l'opposition), Noureddine El-Mbarki écrit : "Je ne sais s'il s'agit d'une simple coïncidence ou si cela a été planifié à l'avance. Je ne tiens pas à accuser injustement qui que ce soit. Mais ce qui est arrivé le jeudi 20 novembre au Colisée me pousse à me demander si les organisateurs du 15ème festival du cinéma européen étaient bien conscients de ce qui se jouait à l'ouverture.

Dans le courant de la semaine dernière, le siège de Gaza a atteint un niveau dangereux : coupes d'électricité fournissant la lumière aux habitants et aux institutions médicales et économiques, boulangeries venant juste de fermer. Des enfants en bas âge et des personnes âgées se battent contre la mort dans les hôpitaux à cause du manque de médicaments et des machines qui ne fonctionnent plus. Les familles ne trouvent rien pour apaiser leur faim et certaines boulangeries font du pain à base de fourrage. C'est une situation tragique et inhumaine, générée par le blocus de l'entité sioniste à la frontière.

Alors même que des voix se font entendre pour briser le siège de Gaza, le 15ème festival annuel du film européen à Tunis s'ouvre avec un film qui évoque (…) la tragique situation des Juifs lors de la 2ème guerre mondiale (à travers l'histoire de familles juives en France) et les victimes de l'Holocauste tombées entre les mains des nazis (…)

Il est bien connu qu l'entité sioniste et les lobbys juifs, dispersés dans le monde entier, profitent de n'importe quelle occasion, aussi triviale soit-elle, pour 'rappeler' l'oppression dont ont souffert les Juifs, notamment celle exercée par les nazis lors de la Deuxième guerre mondiale, cherchant par là à occulter les crimes perpétrés par l'entité sioniste dans les terres palestiniennes occupées. Ces crimes détruisent tout : forêts d'oliviers, maisons, (au moyen du) siège tyrannique sous lequel la population périt, des raids aériens, des assassinats, etc.

Ce qui se passe à Gaza est un vrai crime selon tous les critères. Malgré cela, le monde continue de jouer les observateurs. Et en Tunisie, avec l'aval du ministère de la Culture, on projette un film sur l'oppression des Juifs à travers 'l'histoire d'un enfant à la recherche de son identité', alors même que les enfants de Gaza, sous le siège, ne peuvent trouver de lait ou quoi que ce soit pour apaiser leur faim (…) " (3)

Réactions positives dans la presse tunisienne francophone

En revanche, la presse tunisienne francophone n'a eu que des critiques positives pour le film, ne mentionnant même pas les éventuelles implications politiques de sa projection au festival. Une critique paru dans Le Temps évoque "la tendresse torturée et la délicatesse de l'univers de son auteur" (4) tandis que le film est décrit, dans une autre critique du même quotidien comme étant "tout en nuance, en élégance et en finesse. Il n'empêche que la passion couve terriblement là-dessous, comme un volcan en ébullition, dans les strates, mine de rien, jusqu'à exploser au grand jour (…)" (5)

En outre, l'Agence Tunis Afrique Presse relève l'aspect autobiographique du film : "Miller se confronte aux douloureux souvenirs de l'occupation et des camps de concentration d'où plusieurs membres de sa famille ne sont jamais revenus." (6)

Notes :
[1] www.aljazeera.net, 23 novembre 2008.
[2] Al-Sabah (Tunisie), mis en ligne sur www.tunisia-sat.com
[3] Al-Watan (Tunisie), 28 novembre 2008; en ligne sur www.tunisnews.net, 29 novembre 2008.
[4] Le Temps (Tunisie), 20 novembre 2008.
[5] Le Temps (Tunisie), 22 novembre 2008. La différence d'approche entre Al-Sabah et Le Temps est d'autant plus remarquable que les deux journaux appartiennent au même propriétaire.
[6] www.tap.info.tn, 21 novembre 2008.

Publié dans MONDE ARABO-MUSULMAN

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