Les interventions d’Ottawa contre l’extrémisme islamique

Publié le par shlomo

par Stewart Bell

 par Annie Lessard, Marc Lebuis


Le gouvernement a eu recours à des « techniques de contre-radicalisation » pour éloigner les musulmans canadiens de l’extrémisme, selon un rapport secret du renseignement obtenu par le National Post. Le document décrit une stratégie pangouvernementale qui vise à empêcher l’émergence au Canada d’émules d’Al-Qaïda comme ceux qui ont attaqué le métro de Londres.

Nous vous suggérons les lectures complémentaires suivantes :

Tariq Alhomayed, éditeur en chef d’un grand quotidien arabe, écrit qu’on ne doit avoir aucune tolérance pour l’idéologie djihadiste, qui est une plus grande menace pour le monde arabe que pour l’Occident. Il invite à combattre cette idéologie avec des armes idéologiques. Pour Tahir Aslam Gora, le Canada a besoin d’une loi pour contrer l’idéologie islamiste haineuse.

Écrivant dans la foulée des attentats de Mumbai, l’éminent érudit indien Wahiduddin Khan a invité les musulmans à modifier leur pensée. Il dit qu’un long et difficile processus de déconditionnement idéologique s’impose pour les aider à se libérer de leurs vues suprématistes et de leur haine.

Traduction de : Ottawa using intervention to extinguish Muslim extremism, par Stewart Bell, National Post, le 31 janvier 2009

Le gouvernement a eu recours à des « techniques de contre-radicalisation » pour éloigner les musulmans canadiens de l’extrémisme, selon un rapport secret du renseignement obtenu par le National Post.

Le document décrit une stratégie pangouvernementale peu connue qui vise à empêcher l’émergence au Canada d’émules d’Al-Qaïda comme ceux qui ont attaqué le métro de Londres.

Les mesures décrites dans le rapport vont de rencontres avec les dirigeants communautaires et religieux pour les exhorter à lutter contre la radicalisation, jusqu’aux mesures plus controversées d’interventions par la police et les responsables de la sécurité.

Selon le début du rapport de 13 pages du Service canadien de renseignement de sécurité : « Les manifestations de terrorisme islamiste en Occident au cours des dernières années ont suscité des craintes quant à la radicalisation des musulmans occidentaux ».

« Les complots terroristes au Royaume-Uni, en Espagne, aux Pays-Bas, au Canada et dans d’autres pays occidentaux ont été planifiés ou exécutés par des musulmans nés ou élevés dans ces pays .... Dans un effort visant à prévenir de futures attaques, la réponse des gouvernements a été de commencer à élaborer des stratégies de lutte contre la radicalisation dans ces communautés ».

De manière générale, les autorités canadiennes n’ont pas discuté de leurs initiatives de lutte contre la radicalisation, et il n’y a pas de mention évidente de cette stratégie sur le site Internet officiel du gouvernement.

Le rapport énumère quatre techniques de contre-radicalisation employées au Canada : « l’intervention auprès des jeunes à risque », « les arrestations et l’incarcération », « le rapprochement communautaire », et une « approche pangouvernementale ».

« Un critère d’évaluation important universellement accepté est que les personnes aux premiers stades de radicalisation sont plus susceptibles de changer ou de s’en détourner que celles qui en sont rendues à un stade avancé », affirme le rapport.

« Si les débutants sont encore en train d’évaluer leur intérêt à se joindre à un groupe ou à une idéologie, l’intervention devrait pouvoir, en théorie, les orienter vers un chemin moins dangereux. »

Le Canada a obtenu ses deux premières condamnations en vertu de la Loi antiterroriste à l’automne dernier. Un membre du groupe qu’on appelle la cellule des 18 de Toronto ainsi que Momin Khawaja d’Ottawa ont été reconnus coupables. La sentence de Khawaja doit être prononcée le 12 février.

Bien que les autorités canadiennes ont maintenant procédé à plusieurs arrestations, le gouvernement a révélé peu de choses sur ses efforts pour lutter contre les croyances extrémistes qui sont à l’origine du terrorisme.

Le document offre un rare aperçu de l’initiative du Canada, tout en reconnaissant qu’il est trop tôt pour dire si elle a été couronnée de succès. Le rapport reconnaît également qu’Ottawa n’investit aucunement dans la dé-radicalisation des extrémistes actuels, qualifiée de comparable à la déprogrammation de membres de sectes.

La mobilisation communautaire est la partie la plus notoire du programme. La GRC, le SCRS et d’autres organismes se sont réunis avec des groupes communautaires pour discuter de radicalisation.

Le rapport indique que l’objectif du rapprochement communautaire est « d’encourager les leaders communautaires et les religieux influents à prendre des mesures pour surveiller et contrer les processus de radicalisation au sein de leurs communautés. »

Une tactique moins connue est celle que le rapport appelle « perturbation/intervention » et qu’il décrit comme « l’intervention active d’une agence de sécurité ou des forces de l’ordre, avec d’autres partenaires, auprès d’un individu dont les activités sont une source de préoccupation. »

Les tactiques d’intervention comprennent des entrevues avec des jeunes identifiés comme étant à risque et, parfois, des discussions avec leur famille ou leurs proches, et, « à l’occasion, des preuves d’activités considérées comme préjudiciables à la sécurité nationale sont présentées à la personne », dit le rapport.

Le rapport dit qu’il faut du temps pour déterminer si une intervention a fonctionné.

Selon le rapport, « Le succès est difficile à mesurer car la perturbation initiale peut inciter une personne à mettre fin à ses activités pour un certain temps. C’est seulement à long terme que l’on peut déterminer si la cessation de l’implication dans l’extrémisme islamiste est permanente ».

Le rapport n’indique pas à quelle fréquence la tactique est utilisée. Le ministère de la Sécurité publique a reconnu qu’il était impliqué dans la mobilisation communautaire et la recherche sur la radicalisation, mais a refusé de discuter de l’utilisation de tactiques d’intervention. Jacinthe Perras, porte-parole du ministère, a déclaré : « Il serait inapproprié de discuter des techniques opérationnelles de nos partenaires ».

Le document, daté de décembre 2007, a été rédigé par la Direction de l’évaluation du renseignement du SCRS. Une copie déclassifiée a récemment été rendue accessible en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

Bien que seule une petite minorité de musulmans sont attirés par l’idéologie violente d’Al-Qaïda et d’Osama bin Laden, le SCRS parle d’un « problème grave » et d’une « menace directe et immédiate pour le Canada. »

« Il y a un processus de radicalisation des adolescents et des jeunes enfants au Canada qui est en cours », dit un autre rapport de SCRS nouvellement diffusé. Ce rapport datant de 2008 est intitulé « La radicalisation islamiste de la jeunesse : échos au Canada. »

Un troisième rapport du renseignement, « La radicalisation au Canada », note que dans un sondage Environics de 2007 portant sur les musulmans canadiens, 12% des sondés ont dit qu’ils estiment que des attaques terroristes contre le Canada étaient justifiées.

« Si les facteurs qui motivent la radicalisation ne s’atténuent pas, notamment la perception que l’islam est attaqué, on s’attend que la radicalisation, et, partant, la nécessité de contre-mesures, augmentera ».

Jack Hooper, qui a été le directeur adjoint du Service des opérations du SCRS jusqu’à sa retraite en 2007, a déclaré qu’il y a eu des débats au sein du service de renseignement sur la lutte contre la radicalisation. Le débat tournait autour de savoir si le SCRS avait pour mandat de procéder à des contre-radicalisations, si c’était une utilisation efficace des ressources et si c’était même un rôle approprié pour l’organisme.

« Je ne peux pas croire que la plupart des Canadiens voudraient voir des espions aller vers les communautés et essayer de changer les comportements », a dit M. Hooper.

« Cela me répugne et je pense que cela répugnerait aussi à un grand nombre de Canadiens. Ils n’auraient pas d’objection à ce que des travailleurs sociaux et peut-être d’autres agences gouvernementales aient ce genre de programmes, mais un service de renseignement ? »

Dans le cadre d’un programme de contre-radicalisation, la police a essayé d’établir des ponts avec les jeunes musulmans. Des agents de la GRC impliqués dans la lutte au terrorisme ont joint des jeunes musulmans pour un match de football au BMO Field à Toronto en décembre dernier. Ensuite, ils se sont réunis et ils ont parlé.

« La partie était excellente et l’idée est bonne », a déclaré Muhammad Robert Heft, qui a assisté au match. « Je pense que chaque fois que vous apprenez à connaître personnellement les gens, vous êtes un peu plus compatissant envers eux en tant qu’individus, et cela réduit les préjugés de part et d’autre ».

Mais il a dit que certains « individus plus radicaux » sont réticents à se rapprocher de la police parce qu’ils semblent croire que « ça ne sert à rien, ils vont continuer à s’en prendre à nous, ils vont continuer de nous profiler », a déclaré M. Heft, qui dirige le Paradise Forever, un groupe de soutien pour musulmans.

« Ce n’est pas non plus la seule solution parce que vous n’allez pas convaincre les gens qui sont déterminés à faire du mal aux autres que jouer au football va les ramollir. Mais ce que vous allez accomplir, c’est de ramollir les gens autour d’eux, ceux qui pourraient être plus enclins à coopérer. C’est la clé. »

***

DES MUSULMANS CANADIENS, PAR EUX-MÊMES

Diverses citations :

« C’est une lutte mondiale. Il ne s’agit pas d’un seul pays et d’un seul champ de bataille ... C’est une obligation de les attaquer ici... ils s’attendent sans doute à ce qui s’est passé à Londres ... un attentat à la bombe dans le métro, 10 personnes tuées, et tout le monde est déporté. Ce n’est pas ce que nous faisons ... notre projet est à une échelle beaucoup, beaucoup plus grande. Vous le faites une seule fois et vous vous assurez qu’ils ne pourront jamais s’en remettre. » - Fahim Ahmad

Fahim Ahmad, de Toronto, a fait ces commentaires le 5 mars 2006 dans une conversation enregistrée par la police, selon le procureur de la Couronne. Il a ensuite été arrêté pour son implication présumée dans le groupe terroriste des 18 de Toronto.

« S’il y avait des projets d’attentats contre les soldats canadiens et américains par des « militants musulmans » en sol canadien, je les soutiendrais ... les soldats canadiens en sol canadien qui s’entraînent pour aller en Afghanistan ou en Irak sont des cibles légitimes à tuer. ... Maintenant, c’est POSSIBLE ET LEGITIME ! ... croyez-moi, si un nombre suffisant de nos soldats étaient tués, alors nous serons contraints de nous retirer de l’Afghanistan. ... J’ai plaisir à voir couler le sang des troupes occidentales. » - Salman Hossain

Salman Hossain, étudiant à l’Université de Toronto, a fait l’objet d’une enquête de la GRC après avoir affiché ces messages sur Internet, mais il n’a jamais été inculpé.

« Allah est grand et Allah bénisse le cheikh Ben Laden. Que l’épée tenue par la main d’al-Qaida frappe non seulement l’Europe, mais aussi tous nos ennemis. Où qu’ils se trouvent. Moi, je vis au Canada et le gouvernement du Canada soutient les Américains. Le gouvernement du Canada soutient Israël. Les soldats canadiens sont envoyés en Afghanistan et en Irak. Maintenant, c’est le tour du Canada. Je veux chasser les non-musulmans du Canada. Seul leur mort fera triompher l’islam. Allah est grand ». - Altar

Un homme du Québec, utilisant le pseudo Altar, a affiché ce message sur un forum Internet l’année dernière, mais il dit maintenant qu’il le regrette.

« Si vous me demandez de prendre un camion plein d’explosifs et de foncer dans un secteur militaire, je le ferai. » - E-mail écrit par une jeune femme de Toronto au terroriste britannique condamné Aabid Khan.

« On doit faire comprendre et accepter que Osama Bin Laden a laissé tous les immenses conforts et luxes de la vie pour servir une cause, ce qui est pleinement en accord avec l’islam. » - Naeem Muhammad Khan

Naeem Muhammad Khan de Toronto a tenu ces propos dans une interview l’année dernière après avoir appelé Bin Laden un « héros » et un « champion de l’islam » dans un message sur Internet.

« Imaginez s’il y avait 10 onze septembre, est-ce que cela ne ferait pas tomber l’Amérique, pour qu’elle ne se relève jamais ? Oui, je comprends que des innocents sont morts, mais il n’y a absolument aucun autre moyen d’atteindre le même objectif avec le même effet ». - Momin Khawaja

C’est ce qu’a écrit Momin Khawaja d’Ottawa dans un e-mail à un terroriste britannique. Khawaja a été reconnu coupable l’an dernier de cinq accusations en vertu de la Loi antiterroriste.

Voir aussi :

Message à Obama. "Il faut détruire l’idéologie d’Al-Qaïda", par l’éditeur en chef d’un grand quotidien arabe

Procès Khawaja - L’ennemi intérieur, par David Harris

Canada - Khawaja déclaré coupable de complot de terrorisme

Comment on devient djihadiste - le combat existentiel contre l’Occident

"Les musulmans doivent se libérer de leurs vues suprématistes et haineuses" - Maulana Wahiduddin Khan

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