Iran-Arte : Un décor et trois cadeaux

Publié le par shlomo

Généralement, à l’occasion de l’anniversaire de la révolution islamique, nous avons droit à des articles de la presse écrite sur cet événement présenté comme une extraordinaire chance pour l’Iran. Cette fois, nous avons eu droit à 14h de désinformation en continu pendant lesquelles Arte a diffusé des reportages d’apparence objective pour illustrer tous les thèmes chers au régime : il y a des réformateurs et des conservateurs, après la révolution… l’université est devenue populaire…. les femmes sont omniprésentes dans la société… les jeunes s’éclatent : autant de mensonges éhontés sans cesse revitalisés pour cacher la dure loi de la charia, l’impopularité de la révolution et du régime...

Dans les différents reportages diffusés dans le thema d’Arte, tout a été pensé pour donner de la république islamique d’Iran l’image d’un Etat comme les autres. C’est le principe de lobbying en ce qui concerne les Etats infréquentables. Mais le régime des mollahs est un champion de violation des droits les plus élémentaires d’un être humain et son bilan est connu, on ne peut donc dire qu’il est formidable, mais on peut relativiser. Ne rien dire sur les lapidations, ne rien dire sur l’absence totale d’accès au travail pour les femmes, ne rien dire sur l’absence totale des droits les plus élémentaires pour les femmes (voyager, travailler, divorcer…), ne rien dire sur une pauvreté qui touche 85% des Iraniens qui en plus n’ont aucune couverture sociale et insister sur l’amusement des jeunes, la vie des artistes, rire des couleurs des foulards. Au fil des reportages, l’humour et les rigolades sont de mise (dans un pays où on lapide encore, où l’on pend des mineurs parfois en direct à la télé)…Mais l’essentiel est de mentir. Nous avons choisi des exemples dans cette journée de mensonges d’où ni Manon Loizeau ni Arte ne ressortent grandies.

Manon Loizeau s’amuse à essayer différents foulards avec une artiste à la mèche rebelle et nez refait, demande le prix du pain pour insister sur le fait que ce n’est pas cher, s’amuse avec de jeunes skieurs, achète des DVD pirates d’un jeune vendeur bien imprudent qui parle longtemps à visage découvert, parle à une artiste (avec la mèche rebelle) qui vit dans un appart de millionnaire… Pourtant, elle était en Iran début janvier, pendant les fêtes d’achoura, au moment où le régime a pendu 22 personnes ! Pas un mot de la souriante Manon Loizeau.

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Emission sur le cinéma iranien (par Nader T. Homayoun) : c’était la revanche de ceux dont les films « intellectuels » n’avaient pas de succès populaire. Le peuple iranien préféré des productions iraniennes de style bollywoodien, le cinéma indien était très populaire en Iran. Pour les besoins de ce « reportage objectif » dont le but était de taper sur le régime du Chah, les auteurs de films « intellectuels » de l’époque bien que financés et aidés par des organismes d’Etat fondés par le Chah récitent aujourd’hui des couplets de leurs hostilités à l’américanisme du régime du Chah. Il est vrai que ces jeunes cinéastes n’étaient pas des partisans du Chah, mais ils n’étaient pas inquiétés, ils étaient même aidés pour produire leurs films. En revanche, leur leitmotiv n’était pas l’anti-américanisme, mais l’anti-occidentalisme. Ils haïssaient l’occidentalisme (gharb-zadegui), identifié à la société capitaliste, les uns pour des raisons religieuses, les autres pour des raisons marxistes. Cette révolution est d’ailleurs le fruit d’une alliance des jeunes marxistes et du clergé ainsi que son indissociable allié historique le Bazar (qualifié de pilier de nationalisme). Ces mêmes alliances remontaient du temps de Mossadegh quand ce dernier avait créé une coalition entre le clergé et le Toudeh. Mais cette fois, l’alliance était incassable car le secrétaire général du Toudeh était le neveu de Khomeiny !

Encore un point : dans ce reportage consacré au cinéma, aucun des grands cinéastes populaires iraniens d’avant la révolution n’ont été contactés, uniquement les jeunes cinéastes anti-occidentaux de 1979 qui dans leur quasi-totalité n’ont jamais dénoncé une seule lapidation et travaillent aujourd’hui pour le régime des mollahs afin d’améliorer son image à travers le monde. Ils se félicitent même de produire des films islamiquement corrects, films couronnées à Cannes ou ailleurs, prix de leur silence de collabos (ci-dessous Ali Kimiai, un de ces alibis culturels du régime).

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Après les cinéastes, nous eûmes droits aux approximations géopolitiques de Mr Victor : le dessous des cartes. Jean-Christophe Victor commence ainsi : l’Iran, un pays où les élections sont plutôt libres ! La messe était dite. Ce fut un premier indice, le thema s’est par la suite de plus en plus orienté sur l’issue de l’élection prochaine de juin 2009 [1] !

L’après-midi, on a eu droit à un reportage sur la condition féminine en Iran à travers le regard d’une jeune cinéaste iranienne sur les destins successifs des femmes de sa famille. Dès le départ, un détail ne colle pas : Afsar Sonia Shafie qui se dit d’une famille de petite condition a eu l’idée de ce documentaire après 5 ans d’études à Lausanne, de retour en Iran. Une fille de petite condition qui affirme quelle n’avait pas de quoi manger pendant ses études ne peut en fait pas se payer un billet d’avion très cher pour aller faire des études en Suisse, à moins qu’elle n’ait reçu une bourse donnée par le régime des mollahs. Ce qui explique le contenu de ce documentaire, avouons le très habile.

Le départ du documentaire est donné par Zahra Khanoum (madame Zahra), une vieille dame de petite condition qui raconte (à sa petite fille vidéaste) ses malheurs avec son mari macho et mal élevé. On apprend dans le reportage qu’elle a pris son destin en main pour travailler et élever seule ses 7 enfants. Mais avec un oubli : on était dans les années 40, et les femmes iraniennes avaient le droit de vivre seules, travailler et être indépendantes. En fait, le reportage a zappé le nom du Chah et les droits laïques de femmes à son époque car il a été monté pour annoncer l’ère de la soi-disant libération de Khatami. Ainsi, l’une des héroïnes de ce documentaire affirme qu’elle s’est mariée le jour de l’accession de Khatami au pouvoir (c’est-à-dire, le jour où l’on va voter). Elle affirme qu’elle avait d’ailleurs voté pour Khatami alors que son mari très macho n’avait pas fait ce choix. Mari dont elle a divorcé pour divers désaccords sur la place de la femme dans la société (chose impossible, puisque les Iraniennes n’ont pas le droit de demander le divorce, en fait c’est le mari qui se sépare de la femme quand lui le veut).

Dans ce documentaire très militant, cette héroïne insiste alors sur cette élection qui aurait été à l’origine de l’émancipation des femmes, de leur prise de conscience féministe et de leur accès amplifié à l’université. Or, si sous le régime du Chah l’université laïque était 100% gratuite, sous les mollahs l’université islamisée est très chères voire inaccessibles (elle est très bon marché pour les miliciens, les 5 premiers de l’année précédente et les enfants de combattants du Hezbollah). De plus pendant les 8 ans d’émancipation de Khatami, la participation sociale des femmes (généralement dans la milice) est passée de 3% à 3,7% !

Ce long reportage très formaté a été suivi par un court reportage sur d’autres femmes, pas instruites qui tuent leur mari. En fait, Arte a planté un décor : celui des deux Iran, l’un instruit et réformateur et l’autre traditionaliste peu instruit, macho, violent. Le sentiment de décor est renforcé par le reportage suivant sur Ahmadinejad. Dans la première partie, les partisans du président, souvent ridicules le défendent sans nuances, mais en deuxième partie des jeunes regrettent Khatami. C’était tellement cousu de fils blanc : Arte, chaîne atlantiste, espère le retour de Khatami et encourage le régime à faire ce choix.

Une fois le message passé, il y eut les reportages cadeaux !

Un documentaire réalisé par Bahman Kiarostami sur le musée d’art moderne en Iran géré l’ancien vigie du bâtiment ! Arte n’a pas souhaité interroger celle a fondé le musée, c’est-à-dire SMI Farah Pahlavi car elle aurait pu déplorer le fait que les originaux ont été vendus depuis plus de 10 ans et remplacés par des copies sans valeur. Les mollahs ont ainsi disséminé une collection hors de prix, c’est pourquoi ils refusent pudiquement de faire une nouvelle exposition avec ces œuvres.

Le second cadeau a été sur la qualité des médias du régime : Une femme avec un rire enfantin (en fait Sonia Kronlund) a ridiculisé les opposants en exil en montrant les images de deux groupes factices d’opposition créés par le régime pour se moquer des opposants. Les opposants sont des gens qui font des émissions dans une petite pièce a dit la journaliste. Comme si on avait qualifié de Gaulle de petit merdeux ! Pour finir, la journaliste a loué la qualité des médias commerciaux iraniens qui imitent MTV. C’est la déontologie selon Arte, l’occidentalisme du Chah était nul, mais MTV est cool.

Enfin, troisième et dernier cadeau : un reportage historique avec des interventions de tous les partisans du dialogue avec les mollahs : Nicoullaud, Vedrine, Brzezinski, Rafsandjani et la responsable de la revue Khatamiste Zanan.

Le documentaire a été une réécriture de l’histoire de l’Iran pour faciliter le dialogue avec les mollahs : on a beaucoup parlé du pétrole au début, mais en oubliant de préciser que la révolution a eu lieu l’année où le contrat des Occidentaux prenait fin avec l’Iran, contrat que le Chah ne voulait pas reconduire en 1979. On y parle aussi en bien de Mossadegh, l’idole du régime des mollahs, mais en oubliant d’inviter ses deux plus grands spécialistes mondiaux : Jalal Matini et Ali Mirfetros, normal ils auraient cassé ce mythe, depuis longtemps écorné en Iran.

On a aussi affirmé que les mollahs qui ont interdit le nouvel an iranien sont les défenseurs de l’identité perse ! Arte est allée au-delà des attentes des mollahs en décrétant même que le chiisme était l’identité de l’Iran !

En règle générale, le mot d’ordre comme pour le reste était de taper sur le régime du Chah et glorifier Khomeiny et son régime. C’est pourquoi comme dans le premier documentaire de la journée, on a montré le retour de Khomeiny, mais en censurant l’instant où il avait dit qu’il n’avait « aucun sentiment » en rentrant au pays. Pour contrebalancer, l’auteur du documentaire affirme même que Téhéran vit toujours sous le regard qu’il qualifie de bienveillant d’un portrait géant de Khomeiny, le fossoyeur d’un million de jeunes Iraniens envoyés de force sur les champs de mines.

Il a fallu deux heures de mensonges en rafale pour véhiculer tous les messages. Le premier de ces messages était : « depuis toujours l’Iran veut se moderniser » ! Or, cette modernité a commencé avec Reza Chah qui était également un laïque. Mais l’objectif étant une alliance avec les Chiites, il est politiquement incorrect d’associer modernité et laïcité. On a donc tout fait pour dissocier laïcité et modernité, afin de ne pas brusquer le mollah.

Le documentaire a alors prétendu que la modernité avait débuté sous les Qadjars, dynastie connue pour son archaïsme, sa soumission aux Britanniques et au clergé. Deuxième transgression historique, on a prétendu que le clergé était moderne et très patriote et Khomeiny un symbole de ce nationalisme [2] : au passage on a aussi réhabilité Navvab Safavi le lien entre les mollahs iraniens et les frères musulmans d’Egypte, et l’assassin des grandes figures du nationalisme laïque iranien, ce concept enterré vivant par l’auteur irrespectueux de ce documentaire.

Toutes ces transgressions historiques avaient un but : résoudre la crise nucléaire et trouver une entente avec les mollahs. Pour résoudre la crise on a entendu Nicoullaud, l’ancien ambassadeur français en Iran qui a parlé comme un expert en charia : « la bombe nucléaire est interdite en Islam dont pourquoi avoir peur d’un droit à l’enrichissement ? » Vedrine qui a longtemps fait du lobbying pour le dialogue avec les mollahs a également donné son avis : « il faut donner aux mollahs le droit au nucléaire car on avait donné ce droit au Chah », ce serait respecter le nationalisme iranien ! Le Chah aurait donc été un nationaliste au diapason avec son peuple ?

Le mot de la fin est venu de Brzezinski, le concepteur de la politique périmée appliquée par Obama, qui a appelé à un « dialogue rationnel l’Iran ». Ont alors suivi en guise de conclusion de longues interventions de Khatami, l’homme du dialogue ! Nouvel appel de pied à Téhéran pour accepter le dialogue. Les extraits choisis comprenaient notamment un discours sur le droit à l’enrichissement : autre appel de pied en direction de Téhéran.

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Et l’auteur du documentaire a conclu en affirmant que l’Iran avait toujours été le laboratoire de tous projets de modernité, laissant entendre qu’il fallait donner une chance à ces deux nouvelles expériences : la démocratie islamique et peut-être le droit à l’enrichissement si les mollahs se montrent modérés.

Quels efforts de rhétorique ! Par chance pour nous opposants qui luttent dans des pièces miteuses, les mollahs acceptent toutes les transgressions historiques mais ne lâcheront pas une miette de pouvoir. Comme ils l’ont dit cela reste du blabla, si l’Amérique veut une entente, il va falloir qu’elle lâche du leste en supprimant toutes les sanctions contre les mollahs c’est-à-dire qu’elle renonce à tous ses moyens de pression avant que Téhéran n’accepte d’étudier sa demande de dialogue.

Nous avons bien ri de ce documentaire de Jean-François Colosimo qui voulait dénoncer le cliché du grand méchant Iran car plus de 69,950,000 d’Iraniens (soit 99,92% du peuple) ont boudé hier ce régime fichu que l’Amérique et ses alliés veulent sauver. L’Amérique ferait mieux de parler à nous qu’à des gens qui n’ont même plus le soutien de leur propre milice.

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Publié dans IRAN NUCLEAIRE

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