La Question Kurde

Publié le par shlomo


« Depuis les années 80, la transplantation de larges communautés kurdes et turques dans le Vieux Continent fait de la question kurde une question européenne. Ce livre en éclaire toutes les dimensions (historiques, politiques, religieuses et économiques) et propose une relecture sociologique des mouvements minoritaires : il confirme la valeur de la "carte minoritaire" tant dans les relations inter-étatiques que sur le plan international. » (présentation de l'éditeur)

« Hamit Bozarslan décrypte la logique et les usages de la politique de la Turquie, de l'Irak, l'Iran, et de la Syrie à l'égard de la minorité kurde; en alternant coercition et assimilation, les quatre États tentent de délégitimer la cause kurde en semant la discorde au sein de son mouvement ; dans les deux cas de figure, la répression a toujours été le viatique des quatre États.
"La coercition demeure d'une façon générale l'élément principal de la gestion du problème kurde, surtout lorsque celui-ci engendre un mouvement de contestation violente sous forme de révolte ou de guérilla, ou lorsque l'État se trouve dans une position de force. Pour être efficace, cette coercition doit cependant être combinée à une certaine distribution de biens, impliquant des mécanismes intégrateurs, à laquelle la population kurde ou ses divers segments sont parties prenantes", note Hamit Bozarslan.
La quête des Kurdes d'une visibilité politique sera désormais obérée par cette violence, dédoublée d'ailleurs d'une violence inter-kurde; " la violence interne kurde ne s'explique pas uniquement par la frustration ou par des facteurs économiques, ni par les calculs de coûts et de profit faits par les dirigeants du mouvement. Tout comme la lutte armée, elle a des raisons historiques ou culturelles, allant de la tradition tribale à la ré-appropriation des pratiques des États les plus répressifs ", relève l'auteur.
En mobilisant l'histoire au profit d'une analyse sociologique, ce travail instruit d'une manière scientifique la condition d'une minorité enserrée dans les rets des frontières, subissant sans cesse les contrecoups de l'Histoire. » (extrait d'un article de Maati Kabbal, Libération, 13 mai 1997)

« L'un des mérites de La Question kurde, de Hamit Bozarslan, est d'aller au-delà des événements et de leurs protagonistes, d'analyser les évolutions politiques et les dynamiques sociales, économiques et religieuses à l'œuvre, de décrire les doctrines fondatrices des acteurs, leurs univers mentaux, de mettre à nu les ressorts internes et les contradictions des mouvements kurdes, dont il compare les modes d'action avec ceux d'autres luttes minoritaires. bref, de donner à comprendre la complexité dune histoire marquée du sceau de la tragédie.

Le chercheur, d'origine kurde, connaît bien sa société. Son savoir linguistique et ses relations personnelles lui ont permis d'avoir accès à des sources de première main. Cependant, il porte un regard critique sur sa propre société, et le lecteur lui saura gré des qualités de rigueur et de nécessaire recul dont il fait preuve, qualités dignes d'être relevées car rares en ces temps de passions nationalistes.

L'auteur explique pourquoi les deux modes de gestion de la question kurde, association au pouvoir des élites et coercition des récalcitrants et de la masse, pratiques depuis leur émergence dans les années 20 par les États administrant le pays kurde sont à bout de souffle. La généralisation de l'instruction, de l'information et des moyens de communication, la démographie galopante rendent impossible l'intégration des élites kurdes, de plus en plus nombreuses et exigeantes et la coercition ne fait que miner davantage la légitimité déjà fort fragile de ces États. Les frontières ont été relativisées, notamment depuis 1991 en Irak, franchies à maintes reprises par les troupes iraniennes et turques, ainsi d'ailleurs que par les mouvements kurdes. Ceux-ci se forment et agissent " en réponse aux deux modes de gestion adoptés par les États ", et chacun d'eux est à l'image de " son État ". Ainsi, selon Hamit Bozarslan, le PKK est au fond dirigé par " un kémalisme inversé ", ses militants vouant à leur chef Öcalan le même culte que les Turcs à Atatürk. Les dégâts causés par plusieurs décennies de guerre et d'acculturation ne se réduisent donc pas aux destructions matérielles, ils sont tout aussi graves dans les esprits.

Ce livre dense, basé sur une documentation abondante et solide, fruit d'un long travail universitaire, apporte un éclairage bienvenu à la compréhension de la question kurde et à la dynamique des mouvements minoritaires appelés à alimenter une bonne partie des conflits du siècle prochain. » (extrait d'un article de Kendal Nezan, Le Monde diplomatique, juillet 1997)

L'origine de ce livre est une thèse de doctorat soutenue à l'Institut d'études politiques de Paris en 1994.

Sur la Toile

La question kurde en suspens (Le Monde diplomatique)

Bibliographie de la question kurde (établie par l'IEP de Paris en 1996).

Existe-t-il une question kurde ? : la réponse du gouvernement turc (fr.)

Dans BiblioMonde

Öcalan et le PKK : Les mutations de la question kurde en Turquie et au Moyen-Orient

Publié dans MONDE ARABO-MUSULMAN

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