L’Algérie, un des derniers bastions du week-end islamique

Publié le par shlomo


Le week-end universel, ce n’est pas pour demain.

boumedienneLe président Boumedienne avait procédé à l’islamisation du week-end en août 1976, alors qu’il exerçait sur le pays un pouvoir absolu. Son but était de d’effacer toute trace d’occidentalisme.

En 1976, l’ délaissait donc le week-end universel du samedi-dimanche afin d’en adopter un plus « conforme » aux normes islamiques. Pour des raisons purement idéologiques d’affiliation à un aléatoire Grand Maghreb Arabe, et donc musulman, le gouvernement algérien fixait le nouveau congé hebdomadaire aux journées de jeudi et vendredi, singeant de ce fait la Libye et l’Arabie Saoudite.

Ce week-end islamique était la nouvelle règle, exception faite pour les banques et les compagnies d’assurances qui bénéficiaient d’un jour de décalage de sorte que leur fermeture hebdomadaire correspondait au vendredi-samedi : c’est ce qu’on appelle, à tort plus qu’à raison, le week-end semi universel.

Quand la religion prime sur l’économie d’un pays

Faire commencer la semaine le samedi pour des considérations purement religieuses équivaut à un véritable suicide économique. Pourtant, le week-end musulman continue à prévaloir actuellement en .

islam dangerConstitution de l’, chapitre 1, article 2 : ‘‘L’Islam est la religion de l’Etat. ’’ Résultat : on peut dire sans trop s’éloigner de la vérité que la population algérienne est à 99% musulmane. C’est donc en toute logique que l’Etat a instauré un week-end spécifiquement musulman à son peuple. Sans doute en vertu d’une devise telle que « à peuple musulman, week-end musulman ». Et c’est cette devise qui prévaut encore à ce jour. Pourtant, des pays bien plus radicalistes que l’ ont finit par opter pour un week-end semi universel : les Emirats arabes unis, Bahrein, le Koweit, le Qatar, la Syrie et même le Soudan se reposent le vendredi et le samedi.

Les voisins directs de l’, comme la Tunisie, le Maroc, la Mautitanie et… la Libye(en janvier 2006) ont tous adopté le week-end du samedi-dimanche.

L’ s’obstine à faire du zèle et se cramponne à l’Arabie Saoudite et Oman, derniers bastions du sacro-saint week-end musulman : chez ces gens-là, on s’entête à se reposer le jeudi et le vendredi.

Un suicide économique

calendrier islamique C’est ainsi que l’ demeure l’un des rares pays qui s’offre le luxe d’une semaine de trois jours : l’économie algérienne perd quatre jours de travail par semaine dans ses relations économiques et commerciales avec ses partenaires étrangers. Les opérateurs occidentaux ne travaillent pas le samedi et le dimanche tandis que les entreprises algériennes ferment le jeudi et le vendredi. Il ne reste donc que le lundi, le mardi et le mercredi pour les échanges économiques. Un désastre pour les hommes d’affaires algériens. Au total, le préjudice financier occasionné à l’ à cause du week-end musulman se chiffre à des pertes atteignant le milliard de dollars chaque année.

Malgré cela, En , le week-end du jeudi-vendredi résiste vaille que vaille aux assauts du libéralisme. La tendance actuelle est cependant au compromis entre les considérations économiques et les préceptes religieux : le week-end semi universel. Arcelor-Mittal Annaba, filiale algérienne du géant mondial de l’acier avait pris en juin 2007 l’initiative d’adopter le week-end du vendredi-samedi. Les opérateurs de téléphonie ORASCOM et WATANIYA ont opté pour la même solution. La dernière entreprise en date à avoir décalé d’un jour le week-end est la filiale algérienne de la compagnie Siemens. Depuis le 11 février, les employés de cette société prennent leur repos hebdomadaire le vendredi et le samedi.

UGTA En ce qui concerne les banques, cela fait belle lurette qu’elles pratiquent le week-end semi universel (vendredi et samedi). Les sociétés d’assurance leur ont vite emboîté le pas, soutenues par la principale organisation patronale du pays, le FCE (Forum des chefs d’entreprises) et la toute puissante UGTA (Union générale des travailleurs algériens). Les partisans du week-end semi universel arguent de considérations économiques. En effet, le week-end algérien du jeudi-vendredi, instauré en 1976 par le Président Boumedienne est un véritable coup de massue à l’économie du pays. Le décalage entre le week-end algérien et celui des pays occidentaux avec lequel sont réalisés les échanges commerciaux occasionne un manque à gagner estimé à environ un milliard de Dollars chaque année.

Il faut noter que les ambassades à Alger se sont alignées sur le week-end universel et que l’ambassade des Etats-Unis est la seule qui respecte encore le week-end algérien.

Le spectre de l’islamisme

Mais les arguments du FCE et de l’UGTA n’ont pas eu raison des réticences du gouvernement. Ce dernier, quoiqu’il laisse aux entreprises le choix de décider, refuse de modifier officiellement les journées de repos hebdomadaire. Il a trop peur de mécontenter les islamistes. Pourtant, les autorités avaient sérieusement envisagé, durant les années 1990, de revenir au week-end universel, en vigueur avant 1976, pour lutter contre l’influence des islamistes radicaux.

mosquée alger Les initiatives en ce sens ont toutes buté sur la détermination des milieux islamo baathistes qui sont loin d’être des spécialistes de la finance mais qui, au nom de l’islam, empêchent d’aboutir toute velléité de réforme. Au cours des années 1990, le gouvernement avait timidement tenté de se conformer aux échanges commerciaux avec les partenaires occidentaux de l’, mais il avait échoué à surmonter l’obscurantisme des radicaux islamistes. Ces derniers brandissent toujours l’argument de la prière et des prêches du vendredi auxquels un bon musulman ne saurait se dérober.

Pour Ali Aoun, P-DG du groupe Saïdal, ” Il y a un anachronisme qu’il faut rectifier le plus vite possible et il n’y a aucun compromis à faire dans ce sens. Il est inconcevable que l’, qui a signé l’accord d’association avec l’Union européenne et poursuit ses démarches pour l’adhésion à l’organisation mondiale du commerce (OMC), reste détachée du monde durant quatre jours par semaine . Le décloisonnement de notre pays doit se faire sur des bases qui servent son économie et non pas pour le prestige .

Mais c’est là le point de vue d’un économiste. Pour les radicalistes musulmans, très influents dans un pays doté d’un Ministère des Affaires Religieuses ( à la seule gloire de l’Islam), il n’est pas question de céder la place au pragmatisme. Selon eux, la religion exerce une primauté qui ne saurait être remise en question par aucune considération, quand bien même il s’agirait d’impérieuses mesures économiques. Que cela coûte au pays une fortune ne les dérange pas le moins du monde. Au pays de l’Islam roi, on peut bien se permettre de jeter un milliard de Dollars par la fenêtre chaque année.

Sources pour la rédaction de ce billet :
- Echorouk
- Tribune de Genève
- Afrik.com

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Publié dans MONDE ARABO-MUSULMAN

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