Les juifs de France inquiets

Publié le par shlomo


 


 

 


















Stables ces deux dernières années, les actes antisémites ont connu une sinistre envolée depuis le début 2009, principalement dans les quartiers populaires. S’il faut y voir les conséquences sur le territoire français de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza en janvier 2009, beaucoup craignent aujourd’hui que les causes du mal soient plus profondes et plus durables, selon le Parisien du lundi 2 mars 2009.
Car au-delà des statistiques, c’est un climat délétère alimenté par les errances d’un Dieudonné ou les propos d’islamistes radicaux qu’il dénonce dans notre journal, s’inquiétant d’une « dérive » antijuive possible à la faveur de la crise économique actuelle. « Les juifs en France ne sont plus discriminés, mais ils se sentent menacés et incompris. Ils demandent à l’Etat de les protéger. C’est tout l’objet du dîner du CRIF, et c’est une rupture avec le modèle républicain classique qui est : vous pouvez être juif dans le privé, mais dans l’espace public, il n’y a que des citoyens français », analyse le sociologue Michel Wieworka (auteur de « la Tentation antisémite », Hachette). « Les juifs ont des raisons objectives de s’inquiéter mais il y a aussi de leur part une dramatisation permanente », poursuit-il.
La rue Jouffroy-d'Abbans est une rue plutôt chic... et passablement déserte les jours de shabbat. Une de ces artères du XVIIe arrondissement devenue, en quelques années, un refuge pour des familles juives plutôt aisées fuyant l’atmosphère trop lourde de Sarcelles ou de Belleville... « Ici, on est à l’abri », reconnaît Jérémy, 18 ans, cheveux au vent sur son Vélib’, dans le Parisien du même jour. « Il n’y a pas de tensions, pas d’agressions, pas de sales réflexions. J’ai des copains qui se font constamment embêter vers Voltaire et Charonne, mais ici... » Il avise les façades bourgeoises et les devantures d’une demi-douzaine d’échoppes casher. « C’est tranquille, forcément. » Traiteur, pâtisserie, librairie... Même le restaurant de sushis de la rue est sous le contrôle du Beth Din de Paris. Tous ont fleuri ces deux ou trois dernières années. Un retour aux sources plus ou moins conscient puisque c’est dans le quartier qu’habitait le capitaine Dreyfus au début du siècle dernier. Ici encore que se sont cachés, pendant la dernière guerre, l’écrivain d’ascendance juive Maurice Druon et son oncle Joseph Kessel.
« Aujourd’hui, les juifs qui se font du mouron pour leurs enfants se regroupent dans des quartiers qui leur semblent familiers et rassurants », sourit Michèle, 61 ans, l’une des rares à vivre ici depuis trente ans. L’une des rares aussi à oeuvrer pour que la communauté ne se replie pas trop sur elle-même, pour que la rue conserve cette joyeuse capacité de mélange qui lui rappelle sa Tunisie natale. « Les familles habitaient Sarcelles, puis elles ont fui pour le XIXe , puis elles sont venues ici... J’espère qu’elles n’auront pas à fuir de nouveau. » Ce n’est pas tant l’affaire Williamson qui préoccupe Michèle « il y a des millions de Williamson dans le monde » mais les propos qu’elle entend partout, ici, en France. « Ces juifs ils exagèrent, ils tuent des pauvres Palestiniens. Il y a diabolisation d’Israël, amalgame... Beaucoup de juifs de France se demandent : Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi ça revient ? » Le curé d’une paroisse voisine ne s’est-il pas lui-même alarmé d’entendre quelques-uns de ses fidèles déplorer qu’il y ait de plus en plus de juifs dans le quartier ? « L’antisémitisme a toujours existé et les tensions reviennent par cycles depuis des années dans les quartiers populaires... Je me méfie des statistiques qui parlent d’explosion du phénomène », relativise Philippe, en attachant ses deux petits de 5 et 2 ans à l’arrière de sa voiture. Sa femme, Joëlle, a l’air moins sereine : « Ce n’est pas près de se calmer... » Elle hésite, claque la portière. « Nous, on ne se sent pas en danger... Mais on s’inquiète quand même pour nos enfants. Dans quel monde vont-ils vivre ? »

Publié dans ANTISEMITISME

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