Tribunal Russel : Faut-il en vouloir aux Belges ?

Publié le par shlomo

Il faut que les Belges nous excusent. Mais depuis quelques années nous viennent de notre plus proche voisin les nouvelles les plus alarmantes sur son état de santé. Alors vraiment, on s’inquiète.

Sans la Belgique, nous sommes orphelins. Un pays qui a pour fierté nationale la statue d’un enfant qui se tient la zigounette, quand on y pisse… pense, ne peut pas être vraiment mauvais.

Laissons de côté les problèmes de coexistence pacifique entre les Flamandiens et les Wallonniers. A cet égard, le jugement de Jacques Brel à l’encontre des Flamands est très exagéré.

« Nazis durant les guerres et catholiques entre elles, vous oscillez sans cesse du fusil au missel ».

Pour ce qui est des Nazis, il y a certes le Vlaam Blok. Lors des dernières élections, ce parti néonazi ne recueille que 10 ou 11 % des suffrages (33 % à Anvers). Allons donc, c’est tout à fait insuffisant pour diriger un pays !

A côté de ce parti flamingand, le pauvre FN francophone belge fait pâle figure en ne recueillant que 1 % des voix.

Quand au missel dont parle Jacques Brel, il est depuis longtemps remplacé par le Coran. Certains religieux ont ceci de commun qu’ils ont horreur du vide idéologique. Il faut dire que les partis chrétiens n’ont guère brillé par leur intelligence et leur probité dans les dernières années.

En 2002, la bonne ville d’Anvers tolérait dans ses rues la présence de milices musulmanes créées par la Ligue Arabe Européenne (AEL). Ces patrouilles surveillaient la police d’Anvers, fortement infiltrée par des militants d’extrême droite. A l’occasion, elles expliquaient doctement aux passants qu’il valait mieux pour eux se convertir à l’Islam.

Ni Flamand, ni Wallon, ces Belges-là ont choisi : la Ligue Arabe européenne affirme toujours la priorité de la qualité de musulman sur la citoyenneté belge. On voit par là qu’appartenir à la religion musulmane peut faire office de nationalité.

On ne dira jamais assez les dégâts de cette manière de penser. Car voilà-t-y pas que désormais, on nous serine que l’islamophobie serait du racisme, au même titre que l’antisémitisme.

Casser du juif équivaudrait à critiquer la religion musulmane. Le président Sarkozy le crie sur tous les toits depuis son élection. Cela n’en fait pas pour autant une vérité.

Un citoyen belge ou français, un peu équilibré, laïque, opposé à toute ingérence du religieux dans la vie politique et sociale, ne peut tenir un discours de défiance vis-à-vis de l’Islam sans être aussitôt taxé de nazi.

Mine de rien, cela signifie que les deux tendances ennemies ont gagné la partie. Seules victimes à déplorer pour l’instant: l’intelligence, le bon goût, la culture, quelques synagogues et quelques êtres humains dont la vie est brisée.

Liliane Messika raconte dans nos colonnes comment une élue du parti libéral se voit conspuée lorsqu’elle propose une coopération scientifique avec Israël. (Lire Quand Bruxelles brusselait).

Nous aimerions bien ne pas focaliser notre attention sur le plat pays. Nous aimerions bien penser à autre chose qu’à certains connards qui ont la mer du Nord pour dernier terrain vague.

Vive le Hamas humaniste

Nous aimerions bien mais, coup sur coup, deux nouvelles viennent de gâcher notre optimisme légendaire et notre foi inébranlable en l’espèce humaine.

Une Belge, Nadine Rosa-Rosso qui se présente comme enseignante et auteur (elle a écrit un article pour une revue), a organisé un Appel pour le retrait du Hamas de la liste européenne des organisations terroristes.

Cette ancienne secrétaire générale d’un parti marxiste-léniniste, le PTB-PVDA, dont elle a été exclue, ne recule devant rien pour retrouver un podium.

Entre autres bizarreries, il faut noter que le groupuscule qu’elle dirigea adopta une ligne politique pour le moins déconcertante. En 1970, ce petit parti appelait à renforcer l'OTAN et à former un front antisoviétique.

La politique belge vous a ce petit côté désuet qui incite nos zygomatiques à une crispation involontaire. Ne rions pas trop tout de même : en France, Alain Soral, pour ne citer que lui, fervent supporter de Le Pen, se situait il y a peu à l’extrême gauche.

Parmi les signataires de cette pétition de la belle Nadine, on retrouve du beau linge.

Paul Houtard, professeur à l’Institut Catholique de Louvain, Tariq Ramadan, professeur à Oxford, Alima Boumediene Thiery, sénatrice française, Dyab Abou Jahjah, Président fondateur de la Ligue Arabe européenne avec qui Nadine Rosa-Rosso a créé une liste pour les élections fédérales belges de 2003.

Autre preuve de la sinuosité des cortex malmenés, la présence également d’Ida Dequeecker et de Sarah Bracke, inconnues jusqu’à maintenant et qui se décrivent toutes deux comme féministes. Outre le fait, qui nous avait échappé, que le féminisme n’est en aucun cas une profession, nos deux dames militent en faveur du Hamas, un des mouvements les plus phallocrates au monde.

Si elles vivaient à Gaza, sous la férule du mouvement islamiste, nos deux péronnelles n’auraient pas eu le temps de signer la première lettre de leur prénom avant d’être lapidées.

On peut y ajouter également Houria Bouteldja, l’égérie des Indigènes de la République et l’ineffable Olivia Zémor, d’Europalestine.

Cette dernière accomplit en ce moment des efforts méritoires afin d’indiquer au grand public les produits israéliens qu’il faut absolument se procurer. Elle pousse le zèle jusqu’à en proposer la liste dans de jolis courts métrages mis en ligne sur Youtube.

La bêtise absolue de cette initiative a malheureusement quelque chance de fonctionner auprès de députés européens inquiets pour leurs mandats.

Mais cela ne suffit pas à nos amis belges.

La question de leur compétence universelle* n’étant pas encore réglée, les voilà qui s’érigent en petits juges, mettant leurs pantoufles sales dans les pas de Russel et de Sartre.

Depuis quelques mois, un tribunal d’opinion se met en place dans la quiétude ouatée de Bruxelles.

Les agissements de la démocratie israélienne vont être passés au crible d’un tribunal tout à fait impartial puisqu’il est convoqué par Pierre Galland, président du Centre d’Action Laïque de Bruxelles (l’équivalent de notre Ligue de l’Enseignement) et d’une foultitude d’autres ONG fumeuses.

Il est aidé en cela par Robert Kissous, membre du conseil d’administration de la CAPJPO et accessoire écrivaillon dans des torche-fesses tels Politis et le Monde Diplo. C’est dire combien ce tribunal sera impartial.

Bertand Russel était ce philosophe et mathématicien anglais qui voulait prouver que la philosophie était soumise, et donc réduite à la logique mathématique. Il le fit avec talent et brio, mais sans véritablement convaincre.

Esprit brillant, il se passionnait pour la morale, l’éthique, tout en niant leur caractère universel. Ce faisant, il a ouvert, bien qu’il s’en défende, la voie au relativisme culturel et social. Il est considéré comme l’un des penseurs les plus complets de notre temps.

Il se disait plutôt pacifique que pacifiste. Concernant Hitler, il n’a pas hésité à soutenir l’effort de guerre contre le régime nazi. Il admettait que la guerre peut représenter un moindre mal dans certaines circonstances, en particulier lorsque la civilisation est en danger.

Il est le fondateur des tribunaux d’opinion, le premier « tribunal Russel » ayant pour thème « Les crimes de guerres américains au Vietnam ». Le procès se tint à Stockholm et fut présidé par Jean-Paul Sartre.

Les grands penseurs du moment furent conviés comme témoins. Bertrand Russell, Lelio Basso, Guenther Anders, Jean-Paul Sartre, James Baldwin, Simone de Beauvoir, Lazaro Cardenas, Stokely Carmichael, Isaac Deutscher, Gisèle Halimi, Laurent Schwartz, etc…

Certains membres de ce tribunal se firent plus discrets lors du génocide perpétré par les Khmers rouges sur la population cambodgienne. Encore un cas patent de désynchronisation dans la sélection de la colère !

Mais bon, admettons qu’à cette époque, personne ne pouvait savoir. Comme personne ne connaissait les plans immondes d’Hitler, dés 1939. Il est des aveugles qu’il n’est point besoin d’encourager.

L’intitulé même du tribunal Russel ne laissait que peu de place à la défense et a fait douter les esprits chagrins de son impartialité.

Ce tribunal Russel sur la Palestine souffrira du même défaut que son ancêtre. Il suffit pour s’en convaincre de regarder la liste des invités à ce jeu de massacre.

Rev'la les vieux, les confits, les grabataires du bulbe

La Présidence de la Conférence a été confiée à Stéphane Hessel – Ambassadeur de France et Ken Loach, cinéaste britannique.

Parmi les Intervenants, il y aura Ken Coates – Président de la Fondation Bertrand Russell pour la Paix , Nurit Peled – Prix Sakharov pour la liberté de pensée, Leila Shahid – Déléguée Générale de la Palestine auprès de l'Union Européenne, de la Belgique et du Luxembourg et Pierre Galand - Président du Comité Européen de Coordination des ONG sur la question de Palestine (CECP).

Les témoins à décharge subiront le même sort qu’à Outreau : ils auront le droit de se taire.

Est-il possible de se la jouer à ce point, de se gonfler ainsi d’une importance qui n’existe pas même en rêve ? Un seul Russel est infiniment supérieur intellectuellement à ce ramassis d’idéologues con-vaincus, collaborateurs des principaux assassins du peuple palestinien telle que Leila Shahid.

Pour prétendre ouvrir un tribunal Russel, il faut une retenue, une culture, une connaissance générale des enjeux, bref une pensée. Malgré leurs titres ronflants, celle des participants a la profondeur d’une poêle à frire, toute hautes autorités qu’ils sont.

Au lieu d’organiser ce psychodrame pour pseudos intellectuels qui s’ennuient mollement au fond de leur mobilier Louis XV, Pierre Galland, Stéphane Hessel et les autres feraient mieux de méditer cette phrase de leur maitre :

À la fin des fins, il faut s'apercevoir que le bonheur d'un homme, dans ce monde moderne où tout se tient de si près, n'existe que s'il s'accommode du bonheur de son voisin, même si c'est un voisin détesté... (Bertrand Russel, Ma conception du monde, trad. Louis Evrard, p.179)

Israël, depuis 60 ans, s’accommoderait bien du bonheur de son voisin au lieu de le voir s'enfoncer jour après jour dans la haine. De manière générale, Israël ne déteste pas les Palestiniens. Tout ce qu’il souhaiterait, c’est que son voisin s’accommode de son existence, même pas de son bonheur à lui. Ce ne serait déjà pas si mal.

Le déchaînement contre Israël est désormais quotidien. En Belgique, en France et en tout endroit ou l'on préfèrera défiler derrière les banderoles nazies.

Tout plutôt que de conserver égoïstement l'immense rage que provoque en eux l'existence d'un Etat juif.

Pierre Lefebvre © Primo, 2 mars 2008

* Consulter l'excellent dossier sur la compétence universelle en Belgique sur le site de l'UPJF ici


Publié dans ANTISEMITISME

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