Les Insurgés et le Rabbi

Publié le par shlomo




Bientôt 70 ans après son début, l’Histoire de la Shoah est entré dans une phase de négation accélérée et de confusion accentuée.

Le vieux négationnisme nostalgique des charlatans de l’histoire voit sa monture fourbue, enfourchée et financée par la propagande étatique iranienne. La mémoire des camps de concentration et d’extermination est bafouée par l’attelage des cardinaux et des évêques antisémites, des islamistes, des gauchistes et de l’extrême droite qui dépeignent Gaza en camp de concentration à ciel ouvert.

Dans ce contexte la sortie courant janvier du film d’Edward Zwick « les Insurgés », histoire d’un groupe de partisans Juifs dans les forêts de Biélorussie, apportait un cinglant démenti.

Tandis que l’on manifestait à paris en dénonçant le « génocide à Gaza », l’ affiche du film de Zwick offrait l’opportunité de découvrir un épisode méconnu d’un vrai génocide. Etrangement personne ne fit le rapprochement comme si l’histoire vrai des frères Bielski, sujet du film, dérangeait ceux qui se complaisent dans la confusion historique.

Ainsi L’Humanité dénonçait, « Une espèce de Grande Evasion sans ressort. » et Télérama, « L'enluminure hollywoodienne qui se marie mal, c'est peu dire, avec la gravité du sujet ».
Malgré l’apparente contradiction entre le vaudeville Français et L'enluminure hollywoodienne, L’Huma et Télérama se rejoignent. Cette histoire de partisans Juifs qui s’efforcent de surcroit de sauver une communauté d’enfants de femmes et de vieillards, ne peut être qu’une farce éventuellement américanisée.


Il s’agit pourtant d’une histoire vraie largement méconnue avant la sortie du film et du livre « Defiance » qui l’a précédé.
Ainsi ni Martin Gilbert dans son ouvrage de référence « Holocaust », ni Raul Hillberg, auteur de l’impressionnante somme « La destruction des Juifs d’Europe » ne mentionnent l’épopée des frères Bielski.
L’auteur de « Defiance » Nechama Tec, professeur émérite de sociologie à l’université du Connecticut a déjà publié plusieurs ouvrages consacrés à des témoignages sur la Shoah, mettant en lumière des hommes ou des documents ignorés.
On peut ainsi cité la correspondance de Cracovie de la famille Hollander « Everyday lasts a Year » (Cambridge university press) ou encore la biographie d’ Oswald Rufeisen un Juif qui sauva nombre de ses coreligionnaires (chez Oxford University Press).

C’est donc dans le cadre de ses travaux qu’elle rencontre Tuvia Bielski (ci-contre) et recueille ses souvenirs quelques mois avant sa disparition en 1987.

Adapté par l’auteur de « Blood Diamonds », Edward Zwick, « Defiance », « Les Insurgés » en Français est globalement fidèle à l’histoire des frères Bielski telle qu’elle nous est parvenue.

Quatre frères Tuvia, Zuss, Asael et Aaron, s’enfuient à l’été 1941 dans les forêts de Lipiczańska en Biélorussie, après l’assassinat de leurs parents par les Einsatsgruppen, ces troupes spéciales chargées de massacrer systématiquement les Juifs en accompagnant la progression de la Wehrmacht. Rejoints par d’autres petits groupes de rescapés, ils forment une « otriad », un détachement de partisans, dont Tuvia qui a servi dans l’armée Polonaise et acquis le grade caporal devient le chef.

Après quelques actions de représailles contre des volontaires Biélorusses, collaborateurs des nazis, ils mènent des coups de mains contre les Allemands qui leur permettent de s’approvisionner en armes.
Toutefois ils se distinguent des autres « otriad » qui souvent sont dirigées par des communistes. L’action des frères Bielski n’est pas tournée exclusivement vers l’activité militaire. Accueillant de plus en plus de réfugiés, dont de nombreux enfants, femmes et vieillards, ils constituent une communauté confrontée à de lancinants problèmes de ravitaillement.
Les relations avec les partisans Russes et l’otriad qui opère dans la forêt sont complexes. Les partisans communistes en général ne nourrissaient guère de sympathies pour les Juifs et étaient peu enclins à les aider.

Toutefois ce n’était pas le cas de Victor Panchenko, le chef communiste de la forêt.

Tuvia Bielski accepte de s’associer avec l’otriad Panchenko, certes parce qu’il ne peut faire autrement, mais une collaboration active se met en place.

Les Bielski envoient des combattants, dont un temps Zus, le frère de Tuvia. Ils réparent des armes et effectuent divers travaux pour les partisans. Panchenko aurait mis les Bielski en relation avec le commandement soviétique, acte nécessaire pour officialiser leur statut et obtenir de l’aide pour les blessés. Les deux otriad ont aussi mené quelques opérations conjointement, tandis que des adolescents du groupe Bielski, familiers de la forêt servent de scouts aux partisans Soviétiques.


L’histoire des frères Bielski est donc un démenti de plus à la légende des Juifs qui ne se seraient pas battus contre les nazis. Est-ce pour cela qu’elle semble déranger ? L’imagerie médiatique qui dans ses délires voit dans l’armée Israélienne les nouveaux SS et imagine pendant la guerre, les Juifs en victimes passives, est mal à l’aise avec les combattants Juifs, les insurrections du Ghetto de Varsovie, du camp de Sobibor et d’ailleurs.
D’où le remake de la Grande Vadrouille et les enluminures Hollywoodiennes de l’Huma et Télérama. Des Juifs combattants ne leur sont pas très crédibles. Sont-ils même légitimes ?

Mais il y a encore deux autres aspects à l’histoire des frères Bielski. Leur groupe est bien plus qu’une otriad de combattants, elle accueille les réfugiés juifs et contribue à en faire évader des ghettos environnants. C’est une communauté, vaguement communisante dans son mode de vie, qui comptera plus de 1200 membres.
Il eut été beaucoup plus facile aux Bielski de rester une otriad et de pratiquer la guérilla mobile. En devenant le refuge de tous les Juifs traqués, y compris ceux qui n’étaient pas en âge de combattre, ils prenaient une responsabilité et des risques considérables.
Le film montre bien le dilemme auquel ils sont confronté, sous la forme d’une opposition entre Zus, soucieux d’en découdre avec les Allemands et Tuvia qui veut sauver le plus possible des siens, coût que coût et s’efforce de créer une nouvelle Jérusalem. Elle n’est plus aux sommets des montagnes, mais en ces temps sombres au cœur des forêts et des marécages.


Au début du IIe siècle après Jésus Christ, à Jérusalem vivait Rabbi Hillel, une des figures les plus
importantes du judaïsme.

A un centurion Romain qui voulait se convertir au judaïsme (ils furent nombreux) et qui souhaitait se voir résumer la religion, de façon si simple que cela n’excède pas le temps où il se tiendrait sur une seule jambe, Hillel répondit : « Ne fait pas à autrui, ce que tu ne souhaites pas que l’on te fasse. Là est toute la loi. Le reste n’est que commentaires. »

Poursuivant une autre fois, il écrivait, « Si je ne suis pas mon propre frère, qui le sera ? Et si je ne le suis pas pour les autres, qui suis-je ? Et si je ne les suis pas maintenant, alors quand ? »

Hillel reconnaissait ainsi que l’amour fraternel est au cœur de la morale Juive. Un autre de ses préceptes était : « Là où il n’y a pas d’hommes, soit-en un ! »

On conviendra que les années de la Shoah testaient les hommes au-delà de bien des épreuves passées. Dans « Si c’est un homme » Primo Levi raconte comment à Auschwitz, il fut sauvé par un autre prisonnier, Lorenzo, qui lui amenait quotidiennement de la soupe au risque de sa vie.
Dans la forêt Biélorusse, Tuvia Bielski choisit aussi d’être un homme, là où il n’y en a point en prenant tous les risques pour sauver les innocents. Il n’agit pas explicitement pour se conformer à la religion et ne semble guère avoir été très religieux. Il se comporte en homme !


Depuis quelques années, une méchante polémique est née qui impute à l’otriad Bielski, une participation dans le massacre de paysans polonais par les partisans Soviétiques à Nabiloki en mai 1943 où ont péri 128 personnes.

Les relations entre la Jérusalem des forets et les paysans étaient loin d’être idylliques. L’otriad se « ravitaillait » en prenant de force ce qu’elle n’obtenait pas de bon gré.

Une commission d’enquête Polonaise a été initiée. Ses membres conviennent que rien ne permet d’authentifier la présence des Bielski à Nabiloki en mai 1943. Au contraire ils se trouvaient alors à plus de 100km dans la forêt.
En Pologne, les polémiques post communistes continuent d’aller bon train. La mauvaise conscience aussi qui voudrait oublier le pogrome de Kielce en 1946 où 200 Juifs rescapés de la Shoah, furent assassinés par leurs concitoyens.

 

http://autourdelaliberte.blogspot.com/2009/02/les-insurges-et-le-rabbi.html


Publié dans ANTISEMITISME

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