Que peut faire Israël pour les Juifs de diaspora ?

Publié le par shlomo

Par ZEEV BIELSKI


  

Le peuple juif n'est pas menacé de persécutions, d'antisémitisme ou de racisme, mais d'un fléau d'une nouvelle ère, avec ses circonstances et ses conditions propres.

Arrivée de nouveaux immigrants.
Photo: Ariel Jerozolimski , JPost

Les statistiques parlent d'elles-mêmes : le taux de natalité au sein de la communauté juive est bas et en déclin continu. L'assimilation et les mariages mixtes atteignent des pourcentages stratosphériques : 50 % en Amérique du Nord, 40 % en France et en Angleterre, 45 % au Brésil et en Argentine, 60 % en Hongrie et 80 % en Russie.

Moins de 24 % des jeunes de la communauté nord-américaine appartiennent à des organisations juives. Et force est de constater un déclin radical du sentiment d'appartenance : plus de 50 % des Juifs de moins de 35 ans d'Amérique du Nord ne revendiquent pas de lien identitaire avec le peuple juif.

La perte d'identification avec l'Etat d'Israël est croissante : seuls moins de 25 % des Juifs Nord-américains de moins de 35 ans se définissent comme sionistes. Plus de 60 % n'ont jamais visité Israël, et une très large proportion d'entre eux ne considèrent plus l'Etat juif comme un élément majeur de leur identité juive.

Il n'y a pas si longtemps, la création de l'Etat d'Israël tenait encore du miracle. Elle représentait la réalisation d'une vision prophétique et du désir de retour vers Sion, pôle d'attraction des prières quotidiennes du peuple juif depuis 2 000 ans. La proximité dans le temps entre la création de l'Etat d'Israël et la Shoah a fourni la preuve historique de l'aptitude du peuple juif à renaître des cendres d'Auschwitz.

Depuis des décennies, Israël est une source de fierté, qui transcende les frontières.
Depuis sa création, plus de trois millions de Juifs à travers le monde ont immigré et se sont engagés pour la défense du pays. Les Juifs restés en diaspora l'ont toujours soutenu par leurs impressionnantes donations et leurs contributions dans tous les domaines, oeuvrant sans répit pour mobiliser la sympathie mondiale en la faveur du jeune Etat juif.

Un engagement mutuel et réciproque

Ainsi pendant près de 60 ans, l'Etat d'Israël était "le projet du peuple juif dans son ensemble". Il incarnait, pour les Juifs, le principal accomplissement du XXe siècle. Mais depuis des décennies, ce sentiment de fierté s'amenuise, jusqu'à atteindre un point de non-retour. L'existence même de la diaspora juive s'en trouve menacée. Une diaspora juive qui se trouve imbriquée dans des mutations à l'échelle internationale.

Citons la mondialisation, le déclin de la religion dans la vie occidentale, la dispersion, l'affaiblissement de la structure familiale, etc. Cette tendance est accrue par des processus propres à la communauté juive : l'assimilation, les mariages mixtes, l'opacité plus en plus accrue de la mémoire de la Shoah, la fin de la conception d'Israël comme un "superpouvoir", la baisse du nombre de communautés juives en détresse, etc.

Les communautés juives de la diaspora - et particulièrement celle d'Amérique du Nord où vivent la majorité des Juifs hors d'Israël - ont développé un attachement patriotique envers leurs pays de résidence. La plupart des Juifs américains appartiennent à la deuxième, voire troisième génération aux Etats-Unis : ils sont nés, ont grandi et ont été éduqués là-bas. La plupart d'entre eux n'ont pas eu la possibilité de recevoir une véritable éducation juive et ne parlent pas hébreu. La majorité ne sont pas orthodoxes.

L'Etat d'Israël a pour mission de garantir l'existence de la diaspora juive et se doit de respecter un engagement mutuel et réciproque. Le monde juif s'était jadis mobilisé au nom de l'Etat d'Israël. Il est maintenant temps pour Israël et son gouvernement de garantir le futur du peuple juif.

Le Premier ministre Ehoud Olmert a vigoureusement énoncé sa position lors d'un important discours prononcé en juin dernier devant les membres du Conseil supérieur de l'Agence juive. Il a appelé à un changement dans la structure des relations entre Israël et sa diaspora. L'AJ partage cette conception et lutte pour l'inculquer dans les esprits des décideurs politiques et publics, telle une exigence primordiale afin d'assurer le salut, la préservation et la prospérité du peuple juif de la diaspora.

Pour la première fois depuis la destruction du Second Temple, la majorité des Juifs vivent en Israël. Au cours de ses 60 ans d'existence, l'Etat hébreu a enregistré des réussites incomparables, dans tous les domaines. Et cela pendant qu'il menait une série de guerres sur plusieurs fronts pour préserver la sécurité de ses citoyens. Aujourd'hui, Israël ne relève plus du miracle.

C'est un Etat fort, prospère et couronné de succès. Un Etat capable d'unir le peuple juif autour de l'articulation de projets communs afin de garantir le futur de la diaspora juive.
Il est vrai que des avancées en ce sens ont d'ores et déjà été enregistrées ces dernières années, en particulier grâce à l'AJ, qui a vu dans le gouvernement un partenaire aux côtés des communautés et philanthropes juifs du monde.

Des projets tels que le programme "Birthright" (Taglit) et Massa ont fait venir plus de
200 000 jeunes Juifs pour de courtes ou de plus longues visites. Des projets éducatifs pour renforcer l'identité juive et le lien envers Israël ont été développés dans les pays de l'ancienne Union soviétique ; tandis que d'autres sont mis en place pour enseigner l'hébreu et soutenir les écoles juives d'Amérique latine et d'Europe.

Manque de fonds

Bien que ces programmes méritent d'être applaudis, il faut reconnaître qu'ils n'en sont qu'au début, étant limités dans leur portée par les faibles ressources investies. Ils ne peuvent fournir seuls une réponse proportionnelle aux dimensions de la crise et l'urgence à laquelle nous sommes confrontés. De plus, quelques-uns d'entre eux sont interrompus, subissant soit des coupes budgétaires, soit des annulations suite à la crise économique et au déclin drastique des contributions des philanthropes juifs, qui y participaient massivement depuis des années.

Actuellement, la tournure inquiétante que prennent les événements oblige le gouvernement à faire preuve de responsabilité dans cette mission historique qui est de se consacrer à l'éducation judéo-sioniste de la diaspora. Avec en particulier le besoin de renforcer l'identité juive des plus jeunes et de consolider leur lien avec le peuple juif, son héritage, sa culture ainsi que l'Etat d'Israël, foyer du peuple juif.

Il est nécessaire d'instaurer un changement fondamental dans les relations entre Israël et sa diaspora. Aujourd'hui, nous devons construire un véritable partenariat au nom de deux missions historiques majeures : garantir le futur de la diaspora et assurer la prospérité de l'Etat d'Israël.



Pour y arriver, l'engagement sporadique du
gouvernement face à un cas d'urgence ou en réaction à la détresse particulière d'une communauté juive ne
suffiront pas. Ce dont nous avons besoin, c'est d'un
programme conjoint du gouvernement et du peuple juif.

Il faut envisager un plan à long terme qui mobiliserait d'abondantes ressources. L'AJ, qui a toujours servi de pont entre la diaspora et l'Etat d'Israël, est le meilleur organe pour réaliser ce projet. Si dans le passé elle fournissait une tribune au peuple juif afin d'établir et de consolider l'Etat d'Israël, elle doit aujourd'hui servir de tremplin au gouvernement et aux communautés juives à travers le monde en menant à bien cette initiative cruciale.

Des leaders juifs à travers le monde ont entrepris de relever ce défi devant la gravité de la situation. Cette prise de conscience touche les décisionnaires, ministres et membres de la Knesset, autant que des leaders de l'opinion ou des dirigeants économiques et sociaux.

Le discours du Premier ministre en juin dernier a galvanisé le début du processus. Espérons que le nouveau gouvernement endossera la lourde responsabilité de cette tâche, nécessaire non seulement pour l'Etat d'Israël, mais aussi pour le futur du peuple juif.

L'auteur, président sortant de l'Agence juive, siège aujourd'hui à la Knesset dans les rangs du parti Kadima.

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