Nasrallah est-il allé trop loin ?

Publié le par shlomo


Dans sa tentative d’aider l’Iran à consolider son axe à travers tout le Moyen-Orient en s’attaquant aux régimes sunnites « modérés », Hassan Nasrallah a-t-il fait « un pas de trop » ? Est-ce que ce qu’Israël n’a pas pu-su-oser faire contre le leader du Hezbollah, un pays arabe le fera-t-il à sa place ? Selon de nombreux spécialistes du terrorisme islamique, ce qui se passe depuis quelques jours dans la péninsule du Sinaï n’est que la partie émergée de l’iceberg, même si ce genre d’éléments est assez rare dans les zones désertiques…

 

A l’heure actuelle, les forces de police égyptiennes sont toujours à la recherche de 13 terroristes – 11 libanais et 2 soudanais – envoyés par le Hezbollah pour perpétrer des attentats sur le sol égyptien, et des échanges de feu auraient eu lieu entre des policiers égyptiens et des bédouins qui couvriraient la progression des terroristes.

 

La crise entre Hosni Moubarak et Hassan Nasrallah est encore montée d’un cran hier dimanche, lorsque le Procureur Général de l’Etat égyptien a menacé de porter plainte contre le chef du Hezbollah pour « activités terroristes et insultes envers l’Etat égyptien ». En ce cas, un Tribunal égyptien jugerait Nasrallah par contumace, mais le déclarerait officiellement « terroriste recherché », avec tous les risques que cela comporte pour ce personnage. Et ce lundi soir, on apprend que le Président égyptien a lancé un ultimatum au Hezbollah par le biais du gouvernement libanais. Cet ultimatum comprend quatre exigences sans l’application desquelles « l’Egypte se réservera le droit d’agir contre l’organisation chiite et son leader» : le Hezbollah doit révéler la teneur de ses activités sur le sol Egyptien, Hassan Nasrallah doit présenter ses excuses à Hosni Moubarak, cesser ses attaques verbales contre le président égyptien, et s’engager à ne plus s’adonner à une quelconque activité subversive ou terroriste en Egypte.

 

Hosni Moubarak a également manifesté sa grande irritation face au Hamas, qui bien que d’obédience sunnite, a apporté son soutien au Hezbollah dans cet épisode, solidarité terroriste oblige : « Il va falloir que la Hamas choisisse clairement entre le Caire et le Hezbollah » a déclaré le Raïs égyptien.

 

Les échanges verbaux entre Nasrallah et Moubarak cachent en fait des enjeux beaucoup plus grands. Après la Révolution islamique de 1979, l’Ayatollah Khomeini avait annoncé « la deuxième phase de la révolution, par son exportation dans le monde arabe  sunnite et le renversement de ses régimes corrompus ». C’est à cette tâche que se sont attelés avec plus ou moins d’ardeur ses successeurs, de manière directe ou en faisant appel à des organisations telles que le Hezbollah. Cette dernière, tout comme son Etat suzerain, sont devenus la « bête noire » de régimes tels que l’Egypte, la Jordanie ou l’Arabie Saoudite, tous trois sunnites, qui craignent pour leur stabilité et leur survie. L’ambiance de fin de règne qui commence à gagner l’Egypte en fait un laboratoire naturel et idéal pour les visées idéologiques expansionnistes de l’Iran chiite.  

Les accrocs entre l’Iran et l’Egypte sont devenus de plus en plus fréquents, mais tant que cela se cantonnait à des invectives entre pays séparés de quelques milliers de kilomètres, cela restait dans l’ordre gérable des choses.

 

Mais ce qui se passe en ce moment constitue assurément un test pour Hosni Moubarak, son autorité et son régime. Il est probable que Hassan Nasrallah ait cette fois-ci un peu trop tiré sur la corde, en passant des paroles aux actes, et en venant taquiner Moubarak sur son propre terrain. La découverte de réseaux terroristes pro-iraniens sur le sol égyptien sera peut-être la goutte d’eau qui va faire déborder le vase.

 

En Israël, on n’est pas mécontent du tout de ce développement, car les implications d’une telle confrontation peuvent servir les intérêts israéliens. Et contrairement à l’habitude où un conflit Israël-Hezbollah entraîne immédiatement une « union arabe sacrée » contre Israël, même de façade, si l’Egypte se met demain à poursuivre Nasrallah ou les intérêts du Hezbollah, à la « manière arabe », le Caire est assuré d’avoir les mains entièrement libres. 


arouts sheva

Publié dans TERRORISME

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