Compromis minimal sur Durban II

Publié le par shlomo

 
18 avril 09 - Vendredi soir, le comité préparatoire de la conférence d’examen de Durban a adopté par consensus un projet de déclaration. La réunion s’ouvrira lundi à Genève. Mais de nouvelles surprises ne sont pas exclues, car c’est aux gouvernements de prendre la décision finale

Isolda Agazzi/InfoSud/Tribune des droits humains -
C’est presque sur un coup d’Etat que s’est conclu, vendredi soir, le troisième et dernier comité préparatoire de la conférence d’examen de Durban. A 18 h 15, le diplomate russe Yuri Boychenko, chargé de rédiger un projet de déclaration finale, a affirmé qu’un compromis avait été trouvé. La diplomate libyenne et présidente du comité, Najat al-Hajjaji, a tapé du marteau et déclaré que le rapport du comité préparatoire était adopté et la réunion levée. Même si personne n’avait eu le temps de lire ledit rapport. La conférence va donc s’ouvrir lundi comme prévu. « Le compromis nous satisfait », nous a confié Muriel Berset Kohen, représentante de la Suisse. Mais le suspense aura duré jusqu’à la dernière minute.

« La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et Human Rights Watch (HRW) applaudissent le compromis et appellent à le soutenir, souligne Antoine Madelin, de la FIDH. Car demain matin [samedi], les officiels français, allemand, suédois, britannique et néerlandais se consulteront par vidéoconférence pour décider de l’attitude à adopter. »

Bémol européen

« Cette conférence est viscéralement africaine et le racisme suscite un sentiment d’injustice très fort chez les Africains, affirmait jeudi Ali Cherif, de la Mission de la Tunisie auprès de l’ONU. Les pays arabes et musulmans ont accepté de faire les concessions nécessaires pour venir en aide aux pays africains. Nous avons effacé du texte toute référence à la Palestine, à la diffamation des religions et aux autres questions qui fâchent [les réparations financières pour la colonisation et l’esclavage]. »

Pour les Européens, ces questions étaient sorties par la porte pour rentrer par la fenêtre. La version du projet de déclaration, sur laquelle le comité préparatoire a planché pendant trois jours, n’était toujours pas acceptable pour les Vingt-Sept. « Le texte contient deux paragraphes sur « l’occupation étrangère » et le « stéréotype négatif des religions » qui constituent une ligne rouge pour l’Union européenne », avertissait mercredi la représentante de la République tchèque.

« C’est surtout le « stéréotype négatif des religions » qui pose problème, nous confiait une source proche des négociations. Car ce sont les adeptes des religions qu’il faut protéger et non les religions elles-mêmes. Si ce paragraphe n’est pas reformulé d’ici à vendredi soir, les pays de l’Union européenne risquent fort de ne pas se présenter à la conférence. » Mais un compromis de dernière minute a été trouvé : le paragraphe sur l’occupation étrangère a été déplacé à un endroit plus acceptable et la formulation du paragraphe sur les religions amendée selon les vœux des Vingt-Sept.

En contrepartie, l’Iran voulait des concessions qu’il n’a pas obtenues. Il refusait de consacrer un paragraphe spécifique à l’Holocauste, mais celui-ci est toujours présent dans le projet de déclaration car Téhéran se serait retrouvé isolé.

Irruption de l’affaire des infirmières bulgares

Peu avant la fin de la réunion, la déclaration du médecin palestinien qui avait été emprisonné et torturé en Libye avec les infirmières bulgares a ému la salle. Mais il a été interrompu par la présidente libyenne du comité préparatoire, qui affirmait que ses propos dépassaient le cadre de la réunion.

Lundi, Amos Waso, procureur général du Kenya, devrait être élu à la présidence de la conférence. Pour l’instant, les seuls chefs d’Etat annoncés sont ceux du Monténégro, du Togo et l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad. Les pays seront représentés par un ministre ou, pour les plus réticents à soutenir le consensus atteint, par un diplomate. Les pays européens et la Suisse décideront ce week-end de la composition de leur délégation. Seule la Norvège a déjà annoncé la paticipation de son chef de la diplomatie.

Raj Kumar, de l’ONG Forum Asia, qui a participé aux trois conférences sur le racisme (celles de 1978 et 1983 à Genève et celle de 2001 à Durban) est optimiste : « Malgré toutes les polémiques, ces conférences ont permis de faire beaucoup de progrès. La première a insisté sur l’apartheid et les peuples autochtones. La deuxième, sur les minorités. Celle de 2001, sur les Roms et les Afro-Américains. Depuis lors, les pays sud-américains, qui niaient le problème de ces derniers, les reconnaissent officiellement. C’est une avancée historique. Et depuis que le monde entier a pris conscience, à Durban, du problème des intouchables, le gouvernement indien fait très attention. Pourtant, le document officiel de la conférence ne les mentionnait pas. » Comme quoi, le document officiel, ce n’est pas tout.

Boycott ou pas ?

Pour l’instant, les seuls pays qui ont officiellement annoncé le boycott sont Israël et le Canada. L’Italie maintient le sien, mais les négociations continuent à Bruxelles jusqu’à lundi. Les Pays-Bas hésitent encore.

La position des Etats-Unis est incertaine et on ne connaîtra leur décision que lundi. Washington exige la non-réaffirmation du document final de Durban I dans son intégralité, ce qui, pour beaucoup d’observateurs, viderait la conférence de son sens. Il demande aussi une meilleure garantie de la liberté d’expression et conteste le terme « d’incitation à la haine religieuse ».

Isolda Agazzi/Infosud

Publié dans ANTISEMITISME

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