Pourquoi diaboliser Avigdor Lieberman ?

Publié le par shlomo

Par Guy Senbel
pour Guysen International News

Cette semaine, nous souhaiterions attirer l’attention de nos lecteurs sur le drôle de procès que fait la presse à Israël et aux projets de son nouveau gouvernement. A moins qu’il s’agisse d’un procès d’intention fomenté contre des hommes. D’ailleurs ce ne sont pas leurs idées qui seraient contestables, mais plutôt leur langage ou leur style. De ce point de vue, Lieberman n’a pas fini d’être diabolisé un peu partout.

Qualifié de raciste par une presse engagée pour la cause palestinienne, on s’arrange pour faire de son déplacement une « non visite », sans réel écho politique. « Un ministre raciste à Paris » titrent certains, tandis que d’autres planchent sur « les palestiniens d’Israël otages de l’extrême droite israélienne ». Le ministre israélien des affaires étrangères propose pourtant une nouvelle approche du dossier palestinien, justifiée par les échecs accumulés depuis le lancement du processus de paix en 1993.

Le gouvernement israélien représenté par Lieberman a proposé une nouvelle voie au cours de sa tournée européenne : priorité à la sécurité et amélioration de l’économie dans les villes palestiniennes de Judée et Samarie. La sécurité qu’il évoque n’est pas celle des Israéliens, mais celle des Palestiniens ; selon le gouvernement israélien, les services de sécurité de l’Autorité palestinienne sont aujourd’hui insuffisants et méritent d’être renforcés. Voilà une proposition qui aura laissé indifférents les diplomates européens, préoccupés par le possible ralentissement du processus de création d’un Etat palestinien.

Pourtant, Avigdor Lieberman a toujours été favorable à la création d’un Etat palestinien. Rappelons aussi qu’en adhérant à cette option, il se fait davantage l’héritier des Travaillistes israéliens, traditionnellement favorables à une solution de deux Etats pour deux peuples, partisans d’une séparation d’avec les Palestiniens. C’est traditionnellement la droite politique en Israël qui était favorable à la cohabitation avec les Arabes. Difficile de qualifier d’extrême-droite la démarche d’un homme qui emprunte volontiers une voix de gauche, d’autant que la droite et la gauche en Israël s’accordent aujourd’hui pour considérer l’actuel président de l’Autorité palestinienne comme un partenaire valable pour la paix.

Avigdor Lieberman, homme politique à la communication provocatrice, cherche finalement à défendre une vision de la paix, celle d’un gouvernement légitime, issu d’une assemblée démocratiquement élue.

Lieberman a tort d’employer, pour construire ses discours, des expressions péjoratives ou grossières qui suscitent la polémique et finissent par occulter des idées nouvelles pour construire la paix, des idées qui mériteraient d’être présentées et débattues.

A l’évidence, l’opinion publique ne lui est pas favorable. Pourtant, « l’exigence de loyauté » chère à Lieberman n’est pas un slogan anti-arabe destiné à créer un ennemi de l’intérieur, pour mieux le combattre et renforcer la popularité de ses idées ; il n’essaie pas d’inventer une « cinquième colonne » (rappelons que l’expression est propre à la culture politique imposée par le régime soviétique, où bien souvent les Juifs et les dissidents en tous genres jouaient le rôle de bouc émissaire…) qui développerait des propos racistes et arabophobes en Israël.

La question de la coexistence judéo-arabe n’est pas apparue au lendemain de la guerre de 1967, elle n’est pas née du déplacement des frontières qu’elle a provoqué. Le problème de la loyauté des Arabes vivant en territoire israélien, qu’ils soient citoyens du pays ou non, se pose bien avant la création de l’Etat d’Israël en 1948. Il va s’en dire qu’elle réapparaît dans le débat public dès lors que les Arabes israéliens commettent des attentats, par exemple.

Dans son traitement de la « voie diplomatique » présentée par Lieberman, la presse arabe ne se distingue plus vraiment d’une presse occidentale, qui attend souvent de saisir la toute dernière déclaration tonitruante d’un responsable politique israélien, plus ou moins proche du gouvernement de Benyamin Netanyahou, pour dénoncer un régime d’oppression et d’inspiration raciste…

Il faudrait rappeler qu’Israël est un Etat de droit, que le racisme y est un délit, où les contre-pouvoirs, les débat ou les polémiques existent bel et bien... Pourquoi oublier ces mots de Shimon Pérès prononcés la veille des élections de la dernière Knesset : « Les Arabes, comme tous les citoyens du pays, ont des droits et des devoirs égaux »… Le Président israélien, au-dessus des partis cette fois, ne cherchait pas à défléchir les tensions politiques ou à influencer les électeurs potentiels du parti d’Avigdor Lieberman, il indiquait simplement que, quels que soient les résultats du scrutin législatif, les Arabes d’Israël resteraient des citoyens israéliens à part entière.

La plaidoirie des Israéliens qui répètent combien le problème iranien est prioritaire et qu’il facilitera le règlement de la question palestinienne, n’aura pas été suivie non plus. A Washington, Rome ou Paris, on pense l’inverse. Obama considère que la question du règlement du conflit israélo-palestinien était le préalable nécessaire à la paix au Moyen-Orient, laissant de côté la question de la nucléarisation de l’Iran, invitant de surcroit tous les pays à « renoncer au nucléaire ». L’administration américaine impose sa propre hiérarchie des priorités, une nouvelle feuille de route en quelque sorte, annoncée à la conférence de l’AIPAC, par Joe Biden, le vice-président américain.

Le plan de paix qu’Obama présentera au Premier ministre israélien le 18 mai prochain exige des leaders arabes qu’ils légitiment Israël aux yeux de leurs peuples en mettant notamment fin à la propagande anti-israélienne, le plan prévoit la libération immédiate et sans condition de Guilad Shalit et l’arrêt des bombardements des organisations terroristes basées à Gaza sur Israël. En échange, Biden demande « l’arrêt de la décolonisation et le démantèlement des avant postes », la liberté de mouvement des Palestiniens et une solution à deux Etats. Le vice-président a rappelé que la création d’un Etat palestinien est une priorité américaine.

Il est regrettable que l’indiscutable pression des Occidentaux, Américains en tête, exercée sur Israël pour s’attaquer au plus vite à la question du chantier de la paix avec les Palestiniens, oblige à nouveau à conditionner la stabilité de l’ensemble de la région par le règlement de la question palestinienne.

Réduire la très sensible question de la sécurité au Moyen-Orient à la seule question de l’avenir des relations israélo-palestiniennes est une erreur, sans doute stratégique, et une forme de régression. Le Moyen-Orient modéré veut la paix, même si elle ne représente encore qu’un camp, celui de la modération, celui de l’ouverture au dialogue.

Ce soir, nous pensons à Guilad Shalit, soldat de Tsahal et citoyen français, otage du Hamas depuis 1049 jours. Ce soir, nous pensons aussi à Noam Adin Rechter Lévy, soldat de Tsahal assassiné dans la nuit du 6 au 7 mai à Bir Zeit, au nord de Ramallah.


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