Quand le Judaïsme dialogue avec l’Islam

Publié le par shlomo

 
 
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By ELIAS LEVY, Reporter   
 


L’imam soufi Omar Koné (à gauche) et l’écrivain et cinéaste Pierre Lasry, invités d’un débat sur les relations entre l’Islam et le Judaïsme organisé par le Comité francophone de la Bibliothèque Publique Juive de Montréal.
Directeur et leader spirituel du Centre Soufi de Montréal, l’imam Omar Koné n’y va pas avec le dos de la cuillère lorsqu’ il livre ses réflexions sur les dérives des intégristes islamistes.

Apparu au VIIIème siècle, le Soufisme est un mouvement spirituel, mystique et ascétique de l’islam basé sur l’amour de Dieu et le développement humain dans la compassion.

“Beaucoup de choses abjectes et répréhensibles que nous voyons aujourd’hui dans les pays arabo-musulmans n’ont rien à voir avec l’islam, son enseignement et ses traditions. Les intégristes musulmans ont dénaturé l’essence des messages coraniques. Ce que l’Iran fait aujourd’hui -il faut le dire et le souligner avec force-, c’est un grand danger, pas seulement pour le peuple d’Israël, mais pour toute l’humanité”, a dit l’imam Omar Koné au cours d’un débat sur le thème “Judaïsme et Islam: convergences et divergences” auquel il a participé récemment avec l’écrivain et cinéaste Pierre Lasry.

Cet événement a été organisé par le Comité francophone de la Bibliothèque Publique Juive de Montréal, en collaboration avec l’Alliance Israélite Universelle.

D’après l’imam Omar Koné, l’idéologie intégriste islamiste a été forgée de toutes pièces par “quelques hurluberlus qui ont basé leur propre existence et leur légitimité sur l’exclusion et l’oppression de ceux qui ne partagent pas leurs vues extrémistes sur l’islam et le monde”.

 Les intégristes n’ont pas l’apanage de cette “idéologie exécrable”, ajouta-t-il.

“Les grands mouvements fascistes ont eu recours à ce procédé odieux. Il faut donc souligner les dérives des intégristes islamistes et les combattre. Il faut rappeler aux Musulmans, qui ont aujourd’hui la tête dans un sac et ne comprennent pas l’étendue de ce phénomène très pernicieux, le danger que cette idéologie sectaire et exclusionniste représente pour le monde musulman et l’humanité, dit-il. Les Musulmans sont les premiers concernés par cette instrumentalisation des textes coraniques à des fins politiques et idéologiques. Ils ne peuvent pas demeurer indifférents et inertes face à cette menace lancinante.”

Au cours de cette soirée, l’imam Omar Koné et Pierre Lasry ont débattu de ce qui rapproche et de ce qui éloigne les Juifs et les Musulmans d’un point de vue religieux.

Un thème capital n’a pas été abordé: le conflit entre l’État d’Israël et le monde arabo-musulman.

Pourquoi avoir éludé cette question sulfureuse au cours de ce débat? Parce que c’est un sujet qui fâche? a demandé l’auteur de cet article au cours de la période réservée aux questions.

La réponse de l’imam Omar Koné fut directe et sans fioritures:

“La question israélo-palestinienne ne devrait pas nous fâcher, elle fait partie de la dimension des humains qui se sont toujours battus pour beaucoup de choses. À mon avis, cette question n’a pas des fondements religieux mais plutôt politiques.”

Les rapports entre les peuples juif et musulman ont été beaucoup plus harmonieux dans le passé, rappela-t-il.

“Je préfère regarder le rapport très singulier entre Juifs et Musulmans à certaines périodes de l’Histoire. Par exemple, le rapport que l’Empire Ottoman a eu avec les Juifs, qui ont souvent occupé des fonctions au plus haut niveau de la hiérarchie et de la gouvernance de l’État. Le rapport que le Maroc a eu avec sa Communauté juive. Le rapport que les Iraniens avaient avec les Juifs avant la révolution khomeyniste -pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’Iran a donné beaucoup de passeports aux Juifs d’Europe pour essayer de les sauver de cette horreur épouvantable qu’a été la Shoah.”

L’imam Omar Koné regrette que le dialogue entre Israël et le monde arabo-musulman relève aujourd’hui du ressort de leaders qui, selon lui, “ne sont pas à la hauteur de la tâche ardue qu’on attend qu’ils accomplissent”.

“Aujourd’hui, le dialogue judéo-musulman est dans les mains de gens qui n’ont que très peu de bonne volonté, de part et d’autre. Des leaders influents au niveau décisionnel ont peu de foi et se réfèrent très peu aux textes sacrés, c’est-à-dire à l’obligation que nous avons d’équilibrer les choses, de juger les choses en termes de justice.”

L’écrivain Pierre Lasry, qui a publié cette année deux romans remarquables, très captivants et magnifiquement écrits -L’homme qui n’avait rien à dire (Éditions Midbar) et Don Juan et les moulins à vent (Éditions Du Marais)-, égrena aussi quelques réflexions sur l’intégrisme islamiste et le conflit israélo-arabe.

“Le nationalisme qui éclôt aujourd’hui dans le monde arabe est du même type de celui qui a décimé l’Europe le siècle dernier: 50 millions de morts. Espérons qu’il n’y ait pas autant de victimes civiles innocentes dans le monde islamique. Le mal, ce n’est pas entre les Musulmans et les non-Musulmans, c’est entre les Musulmans eux-mêmes. Je le dis sans arrêt. Quand l’Irak fait la guerre à l’Iran, c’est deux millions de morts. La guerre entre Israël et les Palestiniens, c’est 30000 morts d’un côté et 40000 morts de l’autre côté. Ce sont des “peanuts” a côté de ce qui se passe au Darfour!”

Pierre Lasry cita quelques sourates coraniques soulignant avec beaucoup d’emphase les liens singuliers qui unissent le peuple d’Israël à Dieu et à sa Terre. Notamment: la sourate 6 du Coran, verset 154-155: “Dieu a transmis à Moïse la Torah, un Livre complet et béni”; la sourate 7, verset 37: “Allah a fait hériter au peuple juif la Terre sainte de l’Ouest à l’Est du Jourdain, ce qui inclut Jérusalem…”

“Quand on rappellera avec insistance aux Musulmans dans quels ravins funestes l’humanité a sombré quand les Européens au XIXème siècle sont devenus des fascistes ou des marxistes-lénistes qui ont déporté 60 millions de personnes dans les goulags au nom d’une idéologie totalitaire et fascisante. Quand on leur lira les sourates du Coran que je viens de citer. Quand on leur dira qu’à la fin des temps, ce n’est pas juste les femmes qui vont s’en sortir mais les Juifs aussi car ces derniers sont la femme maltraitée des nations… les Musulmans prendront alors vraiment conscience du gigantesque danger et de la duperie grotesque que représente l’idéologie islamiste”, a dit Pierre Lasry.

Un membre de l’assistance demanda à l’imam Omar Koné si sa vision modérée et pacifiste de l’islam, qui contraste fortement avec la vision de l’islam prônée par les islamistes, ne le plaçait pas dans la ligne de mire des fondamentalistes musulmans?

“Peut-être moins au Québec parce que nous avons la chance de vivre dans une démocratie, où la sécurité des individus est assurée peu importe leurs idées, répondit-il. Ailleurs, c’est sûr que ma sécurité serait moins assurée. Au Liban, dans certains endroits de l’Irak… il y a des choses que vous ne pouvez pas dire. Mais j’ai assez d’atouts et d’éléments de la Loi et de l’esprit de l’islam dans ma poche pour pouvoir dire à mes détracteurs: “Ce que vous faites est complètement à côté de la plaque! Ça ne correspond ni à l’islam, ni a son esprit, ni à l’exemple prophétique, ni à aucune des Lois islamiques. Vous n’avez aucune légitimité pour parler au nom de l’islam.”

Sophie Jama, présidente du Comité francophone de la Bibliothèque Publique Juive, a été la modératrice de ce débat.

Imam Omar Koné of the Sufi Centre of Montreal and author/filmmaker Pierre Lasry recently discussed the similarities and differences between Judaism and Islam.

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