"Le silence a tué Ilan Halimi"

Publié le par shlomo


Par ANICA POMMERAY

Interrogé par l'édition française du Jerusalem Post, l'avocat des parties civiles dans l'affaire Halimi, Me Francis Szpiner, annonce une plaidoirie sans détours : une condamnation effective et exemplaire de "tous ceux qui se sont tus"

Depuis bientôt deux semaines, la sordide affaire du meurtre d'Ilan Halimi refait surface derrière les portes de la cour d'assises des mineurs de Paris. Enlevé le 21 janvier 2006 en région parisienne, le jeune homme a été torturé pendant trois semaines avant d'être découvert agonisant le long d'une voie ferrée. Il est décédé pendant son transfert à l'hôpital. Principal accusé dans l'affaire : Youssouf Fofana, chef présumé du "gang des barbares", soupçonné d'avoir orchestré plusieurs autres tentatives d'enlèvement et de racket.

Pourquoi Halimi ? Le but était d'extorquer de l'argent à la famille de la victime, supposée riche parce que juive, selon les premières conclusions de l'enquête. Réfugié en Côte d'Ivoire peu de temps après les faits, Fofana a été rapatrié en France le 5 mars 2006 et mis en examen pour "association de malfaiteurs, enlèvement, séquestration en bande organisée avec actes de tortures et de barbarie et assassinat" avec circonstance aggravante de faits commis "en raison de l'appartenance de la victime à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée". Il encourt aujourd'hui la réclusion à perpétuité.

Appelé à comparaître le 27 avril dernier, Fofana n'est pas seul sur le banc des accusés. Vingt-six autres personnes au total (16 hommes et 10 femmes) sont impliquées. Et presque autant de chefs d'accusation : non-assistance à personne en danger, non-dénonciation de crimes, complicité d'enlèvement, séquestration avec actes de torture et de barbarie... Sur les 27 personnes inculpées, 19 ont été emprisonnées.

Le huis clos : un choix "regrettable"

Malgré le déferlement médiatique qui a suivi la sombre affaire, le procès se tient aujourd'hui à huis clos. Le droit français interdit la publicité des débats si une ou plusieurs personnes inculpées étaient mineures au moment des faits.

Pourtant, les parties civiles espéraient encore. "La loi a été modifiée il y a quelques années. Et les mineurs devenus majeurs peuvent désormais demander la publicité du procès", rappelle Me Francis Szpiner, avocat de la famille Halimi. Cela n'a pourtant pas été le cas. Un choix "regrettable", selon lui, puisque le public n'aura ainsi pas la possibilité de tirer les véritables enseignements de ce procès, "de comprendre comment se développe un tel crime", poursuit-il. Des circonstances qui tendent aussi à nourrir un certain nombre de frustrations, estime l'avocat. Devant la cour d'assises des mineurs de Paris, des groupes de jeunes piétinent, guettent les entrées et sorties.

Eclatent alors quelques altercations : le jour de l'ouverture du procès, la mère de Youssouf Fofana et un de ses fils sont violemment pris à parti. Simple dérapage ou début des règlements de comptes ? "Nous avons immédiatement condamné les violences qui se sont déroulées en dehors du procès", répond Szpiner. "Mais il s'agit là d'une accumulation de frustrations de la part de personnes qui espéraient en suivre le déroulement et qui s'en sont finalement vues privées."

"Les provocations ne nous atteignent pas"

Particulièrement attaché à dénoncer le caractère antisémite de cette affaire, l'avocat de SOS Attentats (Me Szpiner a plaidé, entre autres, dans les affaires du DC 10 d'UTA, Carlos et Action directe) ne laisse rien passer. Et certainement pas les provocations régulières de Fofana qui fait quotidiennement la démonstration de ses véritables motivations, selon Szpiner.

Bientôt deux semaines de procès et, comme s'il n'avait plus rien à perdre, Fofana multiplie les commentaires déplacés. Le sourire aux lèvres, il crie "Allah vaincra" dès sa première comparution. Au moment de décliner son identité et sa date de naissance, il répond : "Arabe africain islamiste salafiste" et le 13 février 2006 à Sainte-Geneviève des Bois - date et lieu de la mort de sa victime. "Youssouf Fofana se met dans une posture qui l'amène à revendiquer son antisémitisme", explique le représentant de la famille Halimi. "Il fait précisément cela pour bénéficier du soutien des groupes antisémites." Mis à part ses déclarations choquantes, le choix des avocats du meurtrier présumé fait également beaucoup parler.Et notamment la présence de Me Isabelle Courtant-Peyre, représentante entre autres de Carlos, du négationniste Roger Garaudy (auteur des Mythes fondateurs de la politique israélienne) et plus récemment de la "Tribu Ka".

"Ces provocations ne nous atteignent pas et ne font que révéler la réalité de Fofana. Il se place délibérément dans le camp des antisémites pour bénéficier de leur soutien", souligne l'avocat. Indignées par le comportement déplacé de l'accusé, les parties civiles avaient quitté la salle d'audience dès le deuxième jour du procès. "La famille est revenue. Mais, c'était important de faire ce coup d'éclat. Depuis, l'avocat général se montre beaucoup plus sévère. Et, très sincèrement, après le calvaire qu'a traversé la famille Halimi, rien de ce qu'il dira dans les prochaines semaines ne pourra être pire."

Combattre le silence

Le procès du gang des barbares doit se poursuivre jusqu'au 10 juillet prochain. Dans l'attente, la position de Me Francis Szpiner reste claire : "Nous savons tous que le silence a tué Halimi. Alors, il est important que les condamnations de ceux qui se sont tus ne soient pas seulement exemplaires mais effectives." Tâche pour laquelle il est également très important de ne pas "inverser les victimes" dans cette affaire, précise l'avocat.

Mardi 5 mai, Me Didier Seban annonce avoir reçu une lettre de menace signée par l'"Organisation juive". Deux jours plus tard, jeudi 7 mai, les "conditions inhumaines et dégradantes" de détention des inculpés sont dénoncées par les avocats de la défense. On entend même le terme "déportation" pour qualifier leur transport... Me Szpiner fustige. "Nous nous sommes évidemment associés à la suspension de l'audience. On ne juge pas des gens dans ces conditions.
Il s'agit de l'honneur de la République. Mais il faut aussi se montrer raisonnables quant aux termes employés." Illustration d'une défense assez pauvre, selon l'avocat, "certaines personnes ont tendance à monter des événements en épingle afin de détourner l'attention de la réalité de ce procès", dit-il. "Mais, après tout, on se défend comme on peut..."
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Publié dans ANTISEMITISME

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