Iran-Contestation : Un mouvement autonome attaché aux symboles

Publié le par shlomo


Amnesty international a publié le chiffre des morts des manifestations de ces 5 derniers jours en Iran. 15 morts. On est loin du chiffre émis par les sources iraniennes. Tout se passe sans nous. Les Occidentaux parlent de ce qui les intéresse : le discours du Guide Suprême, Moussavi, et mots d’ordre de quelques vieux ayatollahs : pourtant le mouvement n’est pas mort. Il serait une erreur de l’enterrer. Hier, Téhéran et d’autres grandes villes ont connu une nouvelle journée de manifestations géantes autonomes et il en sera de même aujourd’hui.



La foule massive présente dans les rues de l’Iran fait peur à l’Occident. Ses médias n’en parlent pas ou s’ils en parlent, c’est pour la relier à Moussavi. Pourtant, ce qui est arrivé au cours de ces 5 derniers jours parle d’une réelle rupture.

Lundi 15 juin| La foule a été dans la rue : 60 fois plus nombreuse que la capacité de mobilisation du régime. Elle a lancé le mort d’ordre d’une grève générale pour mardi, le régime a eu peur et a fait intervenir les groupes de frappes et les mitraillettes. Plusieurs manifestants sont touchés dont une femme enceinte, la photo a fait le tour du net iranien : les médecins ont sorti un nouveau-né perforé.
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Les gens fous de rage attaquent la base des miliciens toute proche et arrivent à la prendre au bout de deux jours.
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Mardi 16 juin| Moussavi est aux abonnés absents. Selon le quotidien République Islamique, il est reçu par le Guide Suprême car la foule s’était donné rendez-vous sur la Place Haft-e Tir, dont le nom fait référence à une bombe qui a détruit le siège du Parti République Islamique le 28 juin 1980. (28 juin)

Le régime panique et interdit aux journalistes de couvrir l’événement. A Téhéran, la nuit est chaude, idem dans d’autres villes…

Moussavi appelle à la démobilisation !

Mercredi 17 juin| L’appel n’a pas eu de prise sur le mouvement autonome. La foule revient plus nombreuse dans une nouvelle marche silencieuse où désormais on ne voit plus beaucoup de rubans verts des partisans de Moussavi. Puis on reçoit les chiffres des morts de la part d’un groupe d’anciens militaires qui ont gardé le contact avec des collègues après la révolution. C’est accablant : 249 morts. Pour le compte du régime, Moussavi tente de calmer le jeu : il appelle les Iraniens à se vêtir de noir et s’équiper de bougies pour se réunir dans des mosquées en signe de deuil en mémoire des 7 morts admis par le régime. Il espérait casser la descente quotidienne du mouvement autonome de la protestation. La foule désobéit.


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Ville ou région (R) morts blessés arrêtés
Ahwaz 6 11 -
Andimeshk 3 8 -
Arak 2 3 11
Baabol 3 7 -
Baaneh 3 - -
Bandar Pahlavi 7 7 14
Bushehr 1 - -
Esfehan 7 - -
Hamedan 6 - -
Karaj 7 - -
Kazeroun 1 8 -
Kermanshah 7 - -
Khoramshahr 4 14 -
Lorestan (R) 25 - -
Mahabad 12 - -
Maragheh 2 - -
Mash’had 9 - -
Orumiyeh 13 11 -
Qom 4 9 -
Rasht 4 - -
Saari 5 - -
Saghez 11 - -
Sanandaj 26 128 -
Saraavan 8 - -
Shiraz 11 26 16
Shoush et Haft Tapeh 12 - -
Sistan et Baluchestan (R) 29 19 69
Tabriz 11 - -
Tehéran 23 79 -
Total 251 322 129 702

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Jeudi 18 juin| Au lieu d’aller dans les mosquées, la foule investit la Place des armes (Toupkhaneh) où 100 ans plutôt les habitants de Téhéran avaient pendu un mollah intégriste qui fut l’inspirateur de Khomeiny. Il a aussi oublié de se vêtir en noir et d’allumer des bougies pour pleurnicher. Ils portent des écriteaux sur lesquels on peut lire : « on est prêt à mourir » et 100,000 personnes entonnent ensemble l’hymne national interdit par Khomeiny sur une place qui porte désormais son nom.

Pour ne pas perdre la face, Moussavi rejoint la foule et fait un discours sur le toit de sa voiture, mais il s’en va sans lancer de nouvel appel à la démobilisation ou une autre manifestation, étant donné qu’il suit désormais les marcheurs autonomes. A l’heure où il quitte la place, comme beaucoup d’autres il ne sait pas les plans des meneurs invisibles de ces manifestations. Leur appel pour la marche du lendemain est diffusé sur le web vers 6 heures du matin le lendemain : Rendez-vous le vendredi 19 juin au même endroit qu’hier et samedi 16 h sur la Place de la Révolution.

Vendredi 19 juin| Moussavi est battu : la foule réinvestit cette place près du bazar sans que le chef fantoche du mouvement ne puisse réagir à temps pour s’approprier le rassemblement. Vu le nombre désormais très réduit de rubans verts, le régime met Moussavi à la retraite et c’est l’autre soi-disant modéré, Karroubi qui prend la suite pour appeler les Téhéranais à manifester en sa faveur le samedi 16 h sur la Place de la Révolution.

Parallèlement, le régime évoque le ralliement de plusieurs vieux ayatollahs à la contestation et les journalistes Occidentaux ont repris en cœur cette soi-disant info ! Après avoir attribué la paternité de cette contestation autonome à Moussavi, nous devons à présent lutter contre cette nouvelle rumeur qui entend relier cette foule au régime.

Quelle est la logique de cette désinformation ? Cette foule qui ne suit pas les directives des figures soi-disant modérées ou qui a crié « mort à la république Islamique » est la preuve de l’illégitimité du régime.

Cette présence massive abolit tous les contrats en vigueur entre les Occidentaux et les mollahs. En affirmant contre vents et marées que cette contestation n’est pas hostile au régime, l’Europe cherche à isoler le mouvement en espérant qu’il s’essouffle. Total a même demandé au régime de lui fournir des troupes pour garder ses bureaux. C’est bête, les Iraniens en colère pourraient les confondre avec une des bases de la milice.

Le régime est beaucoup moins optimiste, c’est pourquoi il a appelé en renfort tous les vieux mollahs qualifiés de dissidents pour faire écran. Il a aussi modifié la composition des invités de la prière de vendredi habituellement composés d’écoliers, de militaires et de bazaris.

Hier pour faire son discours, Khamenei avait fait appel à 3,000 mollahs qui sont arrivés depuis Qom à pied ! Le régime n’a plus confiance dans les transports en commun qui viennent de se rallier au mouvement autonome, ni dans les jeunes recrues de l’armée et encore moins dans les bazaris.

Amnesty a beau tempérer le nombre des morts, et la presse d’éviter de montrer les images des affrontements qui continuent, le mouvement autonome des Iraniens n’est pas prêt de s’essouffler et vu l’incroyable imagination des meneurs, on attend avec impatience les slogans qu’ils réserveront au vieux mollah ripoux Karroubi.
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Publié dans IRAN NUCLEAIRE

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