Iran : Un groupe d’activistes dresse le bilan du mouvement

Publié le par shlomo


Le 13 juin, le régime a décidé de simuler une contestation des résultats électoraux de la victoire d’Ahmadinejad pour inciter Obama à prendre parti en faveur de Moussavi pour donner une légitimité mondiale à ce dernier sur la base de laquelle il aurait pu mener une politique de refus de dialogue sur le nucléaire. Pour mettre en scène cette fausse contestation, le régime a ouvert une brèche dans laquelle s’est engouffré un authentique mouvement populaire de contestation du régime tout entier. Après 8 jours de manifestations et d’affrontements, le mouvement marque une pause. Quel a été le bilan de cette première étape vers un possible changement de régime ?



Pendant 10 jours (15 au 25 juin), le monde a vécu à l’heure iranienne. On a vu sur Internet des images amateurs d’une répression inouïe, aussi des images de manifestants tués à bout portant, des gens de tout âge en train de se battre contre les miliciens du régime. Bref on a redécouvert un Iran différent de celui décrit par certains journalistes comme Delphine Minoui. Ce fut d’abord une révolution pour les étrangers qui regardaient l’Iran.

Malheureusement, ce regard a été mutilé car le régime a fait intervenir ses lobbyistes pour relier la contestation à Moussavi et les efforts de nos compatriotes n’ont pas trouvé l’écho qui leur convenait en Europe.

Les Iraniens qui ont pris part aux manifestations en sont conscients et se posent la question d’un changement de slogans, un usage plus répandu de « Mort à la République Islamique » à la place de « Mort au dictateur » qui est actuellement scandé par les foules. Selon un groupe estudiantin de contestation (de tendance gauche révolutionnaire radicale), ce changement est le plus urgent. Pour rependre ce slogan et familiariser les Iraniens avec, il propose le lancement immédiat d’une campagne d’écriture de slogans Mort à la République Islamique sur les murs des villes iraniennes.

Ce groupe très cartésien a aussi décortiqué les méthodes et les outils mis en œuvre par la milice au cours du dernier rassemblement qui a été durement réprimé. Ce groupe note ainsi que la milice a longuement filmé les gens depuis les toits environnants et depuis les hélicoptères pour dresser une carte des points faibles de la masse comme les vieux et les femmes avant de donner l’assaut. La charge assistée par des caméras à bord des hélicoptères aurait permis de fendre la foule et d’y installer en son centre le groupe de matraquage qui a ainsi réussi à exploser la cohésion générale.

Le plan a bien fonctionné car la Place Bahârestan où étaient réunis les Iraniens est de petite taille et très fermée. La petite foule a paniqué et les gens ont fui vers des ruelles adjacentes où les petits groupes étaient plus faciles à réprimer (vidéo 1), les autres restés sur place étaient mitraillés depuis les toits ou bombardés de grenades lacrymogènes (vidéo


Si la méthode a impressionné nos amis cartésiens, en revanche la composition de la milice les a agréablement surprise : ils ont constaté que contrairement à la propagande du régime, il y avait peu de jeunes dans la milice présente sur le terrain : les matraqueurs ont généralement plus de trente ans et les commandants en tenue civile ont la cinquantaine, c’est-à-dire l’âge de la préretraite en Iran.

Dans un article publié hier, sur la base de témoignages de manifestants et d’informations fournies par l’ex-fondateur des Pasdaran qui vit aujourd’hui en exil, nous avons expliqué que les troupes présentes cette semaine face aux manifestants étaient formées de mercenaires iraniens ou libanais placés sous le commandement des agents du ministère de l’intérieur qui remplaçaient au pied levé les Pasdaran qui avaient refusé de réprimer la masse. Cela n’enlève rien à la constatation du groupe des étudiants d’extrême gauche : les agents dont dispose le régime sont vieux donc faciles à épuiser si le mouvement reprend en évitant les erreurs commises pendant le dernier rassemblement (rester immobile et à découvert, exposé à des troupes postées en hauteur, agir sans plan de repli…).

Le mouvement de contestation est en pleine évolution et à la recherche d’idées. En attendant la reprise des marches, le mouvement de grève lancé la semaine dernière s’installe doucement dans le bazar, nous en profitons pour lancer un appel aux mouvements contestataires européens ou encore à des spécialistes de la stratégie militaire pour nous soumettre des idées tactiques applicables en Iran pour aider ce mouvement.

Il y a une semaine quand nos compatriotes étaient la cible des miliciens, vous avez été nombreux à nous envoyer des manuels des premiers soins pour les blessés par armes blanches ou par balles et aussi des techniques de protection contre les différents types de gaz lacrymogènes utilisés par les forces anti-émeutes. Il faut à présent mettre les bouchées doubles pour préparer la seconde phase de la contestation. Il est cependant nécessaire de préciser que le but n’est pas d’organiser des actions violentes, mais d’empêcher la milice d’agir. Il faut des plans qui puissent permettre aux Iraniens de toutes les générations (surtout les vieux) de descendre massivement et en toute sécurité dans la rue pour imposer leur volonté aux mollahs et leurs alliés. Il est donc primordial que la foule puisse garder sa cohésion.


www.iran-resist.org

Publié dans IRAN NUCLEAIRE

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