POUR L'UNITE DE JERUSALEM

Publié le par shlomo

Réponse au professeur David Ruzié, à propos de « l’opportunité » de diviser Jérusalem, P.I. Lurçat
Une fière et fervente réponse d’un Juif de Jérusalem, qui sait, lui, la valeur de Jérusalem pour la nation juive et ne reconnaît à personne - fût-il Premier ministre ou professeur d’université - le droit d’en disposer au gré des caprices de la politique internationale.
(Menahem Macina).
 

 

 

Jérusalem, 03/01/08

 

Professeur émérite de droit international public, auteur de nombreux ouvrages et articles, David Ruzié est un intervenant régulier du débat public sur Israël dans les médias français. Ainsi, dans une lettre récente adressée au journal Le Monde, il réagissait à un article parlant de Tel-Aviv comme de la « capitale » de l’Etat d’Israël, et rappelait le principe fondamental du droit international qui veut que chaque Etat puisse librement choisir sa capitale.

De manière étonnante, le professeur Ruzié vient d’effectuer un virage à 180 degrés, en publiant un article intitulé "Un langage de raison", dans lequel il qualifie de « frappée au coin du bon sens » la déclaration du Premier Ministre Ehoud Olmert, qui présente comme « inéluctable » un partage de Jérusalem avec les Palestiniens. Pour justifier cette prise de position surprenante - dont il reconnaît lui-même qu’elle est « diamétralement opposée » aux opinions qu’il a défendues depuis plusieurs décennies -, le Prof. Ruzié n’avance pour toute argumentation que des « considérations d’opportunité » qu’il résume ainsi : « partager Jérusalem illustre la volonté d’Israël de faire la paix avec ses voisins, quelle que soit l’ampleur du sacrifice, sur le plan sentimental ».

M. Ruzié reprend à son compte l’argumentation d’Ehoud Olmert, qui estime que la présence de M. Bush aux Etats-Unis, de Nicolas Sarkozy en France, d’Angela Merkel en Allemagne, de Gordon Brown en Grande-Bretagne et de Tony Blair comme envoyé spécial dans la région est une « coïncidence qui relève du miracle » et que les conditions sont par conséquent favorables pour conclure la paix avec Mahmoud Abbas, qui « veut la paix avec Israël et accepte Israël tel qu’il se définit » [sic].

En d’autres termes, l’éminent professeur n’a pas d’autres arguments à avancer pour justifier son étonnante volte-face en faveur du partage de Jérusalem que celui, énoncé mille fois par les partisans de Shalom Akhshav, depuis plus de vingt ans, et récemment adopté par Ehoud Olmert, selon lequel il faut « faire la paix » et que tous les sacrifices sont bons pour cela.

Ce qui est, à mon avis, le plus attristant dans cette prise de position - plus encore que le virage effectué par un ardent défenseur d’Israël et sa défection dans le combat urgent pour la sauvegarde de l’unité de Jérusalem -, c’est de constater la pauvreté de son argumentation. Chacun a le droit de changer d’opinion, certes, et le Prof. Ruzié peut devenir un chantre de « la paix maintenant », ou de la « paix à tout prix », mais on pouvait attendre, de sa part, un article plus circonstancié et plus de rigueur intellectuelle, pour se ranger dans le camp de ceux qui veulent diviser Jérusalem… La capitale du Roi David ne mérite-t-elle pas mieux que ces quelques lignes, hâtivement publiées sur Internet, et par lesquelles il se prononce pour son partage ?

Dans ce même texte, le Pr. Ruzié cite un article qu’il écrivait il y a trente ans, à l’occasion d’un colloque des intellectuels juifs de langue française consacré à « Jérusalem, l’unique et l’universel » (1). Il y développait longuement « le point de vue selon lequel les Palestiniens n’avaient aucun droit à revendiquer Jérusalem comme capitale ». Pourquoi ce qui était vrai il y a trente ans ne l’est-il plus aujourd’hui ? Est-ce que la réalité de Jérusalem a changé ? Ou peut-être le Prof. Ruzié ne voit-il plus la réalité de la même manière, et pense-t-il, comme notre Premier Ministre - qu’il défend bec et ongles -, que le temps est venu de renoncer à tous nos principes et à tout ce qui nous est cher, au nom de la « paix ».

 

En réalité, ce que le professeur Ruzié appelle des considérations « d’opportunité », se résume, pour Ehoud Olmert, à des considérations de pur opportunisme politique. Olmert, comme son prédécesseur Sharon, est prêt à toutes les concessions pour assurer sa survie politique. Et David Ruzié, observateur avisé de la scène israélienne, ne peut ignorer qu’en raison de sa gestion désastreuse de la guerre du Liban, le gouvernement Olmert ne jouit d’aucune légitimité dans l’opinion pour entamer des négociations et prendre des décisions qui engagent l’avenir du pays et de sa capitale. Il ne peut ignorer non plus que le gouvernement Olmert n’a pas la légitimité politique ou morale pour faire des concessions sur Jérusalem - que tous les gouvernements précédents se sont refusés à faire depuis 1967 – ni, a fortiori, pour diviser la ville réunifiée par une décision de la Knesset, après avoir été reconquise par la force des armes et par le sang des soldats de Tsahal.

Le Pr. Ruzié a bien évidemment le droit de tourner casaque et d'estimer - après avoir soutenu le contraire pendant trente ans - qu'il est temps, aujourd'hui, de diviser Jérusalem et de céder aux diktats américains ou européens, en mettant la ville sainte juive à portée de Qassam, tout comme Ashkelon et Sderot, bombardées aujourd'hui parce qu'un Premier Ministre a, lui aussi, changé d'avis à la fin de ses jours. Le Prof. Ruzié peut même prétendre que c'est dans l'intérêt de la « paix » qu'il nous faut renoncer à Jérusalem, et que la capitale d'Israël doit être transférée à Tel-Aviv, pour plaire au Quai d’Orsay et pour ne pas faire mentir les articles du Monde, qui situent l’Institut français de Tel-Aviv dans la « capitale d’Israël ».

Mais il y a une chose que le Pr. Ruzié ne peut pas faire, malgré toute son érudition : c'est de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ! Car tout enfant juif ayant atteint l'âge de raison comprend bien, aujourd'hui, que ce n'est pas la paix que veulent les ennemis d'Israël et que préparent nos dirigeants, avec le soutien de Sarkozy, Merkel, Bush et des autres « grands » de ce monde. Aucune considération « d'opportunité » ne peut justifier de livrer à nos ennemis ce qui nous appartient en vertu du droit historique, du droit de la Torah et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Quant au droit international, chacun sait qu'il n'est souvent que l'habillage juridique des volontés de puissance et des équilibres politiques du moment.

L’analyse du texte du Prof. Ruzié montre qu’il n’invoque aucun argument sérieux, juridique ou politique, pour justifier le partage de Jérusalem, si ce n’est la volonté unilatérale de renoncer à nos droits au nom d’une paix hypothétique. C’est ce même unilatéralisme qui sous-tendait le retrait de Gaza, dont tout le monde connaît aujourd’hui les conséquences désastreuses. Tout l’édifice idéologique des partisans du « retrait » unilatéral (ou des « négociations » à tout prix, ce qui revient au même) repose, en dernier ressort, sur un sentiment de lassitude (« Nous sommes fatigués de vaincre », dixit Olmert) et sur le refus de défendre nos droits et d’assumer le destin juif.

En fin de compte, l’article du Prof. Ruzié révèle surtout la faiblesse des arguments tirés du droit international pour défendre la cause d’Israël. Si un professeur émérite, auteur de traités de droit, devenus classiques, et ardent défenseur d’Israël dans les médias, finit par changer d’avis au point d’accepter le partage de Jérusalem, c’est que tous ses arguments ne valaient peut-être pas l’encre avec laquelle ils étaient écrits. Car comment espérer convaincre le monde entier de la justesse de nos droits sur cette terre, si même nos professeurs les plus éminents y renoncent ?

Au-delà de la polémique, cette affaire illustre sans doute, une fois de plus, l’inanité de la prétention de fonder l’existence juive en Eretz Israel sur des arguments tirés exclusivement du droit international, au lieu d’invoquer – de manière concomitante - les droits imprescriptibles tirés de notre Torah éternelle. Jérusalem a été la capitale du peuple juif il y a plusieurs millénaires, elle l'est restée même quand celui-ci était dispersé et rêvait d'y retourner, et elle le restera quelles que soient les vicissitudes de l'histoire et les décisions d’opportunité des gouvernants israéliens.

A quelques kilomètres de chez moi, dans le quartier de Har Homa, à Jérusalem – que les médias du monde entier qualifient de « colonie israélienne » – on construit actuellement des dizaines d’appartements pour des nouveaux immigrants venus des quatre coins du monde, de France, des Etats-Unis, et même d’Iran ! En voyant les ouvriers construire ces maisons, réalisant ainsi les prophéties du « Rassemblement des exilés », je me sui souvenu d’un texte du philosophe juif allemand, Theodor Lessing, assassiné par les nazis, que cite André Neher dans son livre, Jérusalem, vécu juif et message (2).

Ce texte (3) a été rédigé en 1929, alors que le Yishouv juif en Eretz Israel était en proie aux pogromes des Arabes qui semaient la mort et la terreur, à Hébron, à Jérusalem (dans le quartier de Talpiot où j’habite, où ils vandalisèrent la maison de l’écrivain Agnon), et ailleurs. Ce texte semble empli de pressentiments d’une catastrophe qui approche, comme si Lessing, comme tant d’autres écrivains juifs de son époque, avait vu venir la Shoah… Mais le texte de Lessing semble avoir été écrit aussi en réponse aux intellectuels juifs qui prennent toujours pour objectivité la subjectivité de l’autre, pour reprendre la formule heureuse d’Eliane Amado Levi-Valensi, et en réponse au professeur Ruzié.

« Les juifs modernes, libres-penseurs, libéraux, progressistes, hautement cultivés, sont très fiers du fait que, durant le dernier siècle, des Juifs aussi soient devenus chanceliers d’Etat, ministres, généraux, chercheurs de haut niveau, professeurs, écrivains, poètes, que sais-je encore ? Mais il vaudrait bien mieux avoir honte que tant des nôtres ont été les gaspilleurs frauduleux du trésor de notre peuple. Car ils n’étaient peut-être qu’un reflet phosphorescent du corps de notre peuple en train de se désagréger. Ils n’étaient que l’éclair passager d’une journée de fugitive lumière européenne dans laquelle notre noblesse s’est brûlée vive elle-même.

Honte à tous les fils qui préfèrent "s’adonner à la littérature", ou "choisir une carrière académique" dans le luxe des capitales occidentales, au lieu de porter des pierres sur la grande route menant à Jérusalem. »

 

© Pierre Itshak Lurçat

 

(1) « Jérusalem, l’unique et l’universel », Actes du colloque des intellectuels juifs de langue française, PUF 1979.

 

(2) André Neher, Jérusalem, vécu juif et message, éd. du Rocher, 1984.


(3) Il a été écrit par Theodor Lessing, en préface à son ouvrage consacré au thème, très actuel, de la « haine de soi juive » (Jüdische Selbsthass), titre de son livre paru en 1930, traduit en français, sous le titre La haine de soi, le refus d’être juif (éd. Berg International).

 


Mis en ligne le 4 janvier 2008, par M.
Macina, sur le site upjf.org

Publié dans ISRAEL

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