Nicolas Sarkozy invente la diplomatie de la pusillanimité

Publié le par shlomo


par Jean-Pierre Bensimon, pour Objectif-info

Thème : Proche-Orient

  Nicolas Sarkozy va achever sans le moindre résultat son voyage de deux jours au Proche-Orient. Pour justifier ce déplacement, il a déclaré selon la correspondante du Figaro, Isabelle Lassère "La démarche européenne est risquée. Mais si face à une situation aussi dramatique on ne se déplace pas… qui se déplacera ?" (1).

Or en ce moment, c'est plutôt une foule de personnalités qui se pressent au Proche-Orient. Dans un article à la fois amusé et grave (2), Anne Applebaum, journaliste au Washington Post, énumère les figures éminentes de ce qu'elle appelle une "mass migration": Karel Schwarzenberg et deux ministres des affaires étrangères pour la Présidence de l'Europe, Javier Solana, Tony Blair, le russe Dimitri Medvedev, et last but not least, notre président national. Selon elle "comme le fait d'avoir une équipe olympique qui gagne beaucoup de médailles d'or, avoir sa politique moyen-orientale à soi est devenu, semble-t-il, un signe de prestige international".

Certes, mais la presse allemande pointe un chaos dont il ne sortira rien de bon, tandis que l'agence de renseignement Stratfor estime que Sarkozy veut voler la vedette à la présidence tchèque. Effectivement, en se présentant comme le porteur des décisions européennes, le locataire de l'Élysée humilie un petit pays membre de l'Union européenne, la république Tchèque, comme naguère Chirac qui avait demandé aux petits pays européens de "se taire" au moment de la guerre d'Irak. Il y aura donc en Europe un peu plus de méfiance et l'on s'étonnera qu'un autre petit pays comme l'Irlande n'ait vraiment aucun désir de ratifier la loi fondamentale d'une Union où les grands pays s'essuient les pieds sur les chaussures de petits.

Mais après tout, Nicolas Sarkozy était peut-être porteur d'une idée, d'une lumière, indispensable dans le sombre présent de la région. Il venait avec une demande claire mais presque menaçante, l'établissement immédiat d'un cessez-le-feu de 48 heures. Après avoir violemment dénoncé les frappes aériennes israéliennes "disproportionnées", puis l'incursion terrestre propre "à compliquer la recherche de la paix", après avoir fait adopter par l'Europe la demande d'un cessez-le-feu permanent assorti d'un déploiement d'observateurs, le président ajoutait hier : "Le Hamas a agi de façon impardonnable et irresponsable ... Le Hamas porte une lourde responsabilité pour la souffrance des Palestiniens à Gaza". Évolution de sa position ? Pas le moins du monde. Nicolas Sarkozy, qui n'est pas avare de sa salive et lui accorde des vertus sans doute excessives, prononçait des paroles qui devaient, selon lui, le rendre sympathique ou tout à fait irrésistible aux Israéliens, à seule fin d'obtenir ce qu'il recherchait.

C'est cela la diplomatie de la pusillanimité. Israël endure depuis huit ans des tirs de fusées palestiniennes qui désorganisent la vie collective locale. 9400 tirs en huit ans, 3200 depuis le début de l'année 2008. Ces tirs ciblent exclusivement la population civile et désignent donc leur auteur, le Hamas, comme une entité terroriste, statut qui lui a d'ailleurs été attribué par l'ensemble du monde occidental, France comprise. De plus cette guerre balistique est d'ampleur croissante puisque les fusées palestiniennes évoluent en nombre et en qualité au point de toucher des villes très importantes comme Askelon, Ashdod et Beer-Shev'a. Cette progression est d'ailleurs tellement rapide que le Jérusalem Post révélait hier que l'armée avait demandé aux municipalités de Rishon Lezion et Rehovot, encore plus éloignées, de construire des abris.

L'offensive israélienne n'est donc pas un coup de sang, un accès de colère ou de fièvre, mais la réponse longuement mûrie à une agression devenue insupportable politiquement et socialement. Si l'on prend en compte l'existence des fronts nord avec le Hezbollah et la Syrie surdotés en missiles, et la menace nucléaire iranienne qui se précise, la guerre d'usure du Hamas au Sud met en cause la pérennité de l'État juif. Aujourd'hui, les Israéliens n'ont pas le choix, face à un ennemi fanatique, à la fois suicidaire et génocidaire. Ils devaient agir.

L'argument des dommages causés aux populations civiles est le plus irrecevable de tous. Les responsables, les auteurs de ces dommages, sont les terroristes qui ont installé leurs moyens de combat au cœur des populations civiles, transformé les hôpitaux, les mosquées, les universités et les demeures familiales, en entrepôts d'armes, en pas de tir de missiles, en casernes et en centres de commandement. Parce que le Hamas a pris les gazaouis en otage, parce qu'il les a transformés en boucliers humains, faut-il qu'Israël accepte de disparaître de la surface de la planète? D'autant que ce pays utilise des procédés qu'aucune armée au monde n'a imaginé ni systématisé à ce point pour épargner justement cette population civile. Les tirs aériens sont précédés de multiples avertissements, y compris sur les portables personnels. Les cibles sont rigoureusement analysées, et malgré la guerre, Israël autorise des ravitaillements, y compris en fuel dont il sait que le Hamas s'en saisira en partie pour sa logistique de transport.

  Disparaitre de la surface de la planète ou non, tel est l'enjeu pour le minuscule État juif. Nicolas Sarkozy ne semble pas s'en soucier beaucoup. Si Israël décidait aujourd'hui d'un cessez-le-feu, qu'adviendrait-il ? Le Hamas serait considéré ipso facto comme le vainqueur de la confrontation. Il verrait son prestige exploser dans la rue arabe, il aurait fourni la preuve que les stratégies terroristes sont gagnantes, envoyant un message insurrectionnel dans les pays arabes sunnites et les territoires palestiniens qui subissent actuellement de plein fouet les efforts de déstabilisation de l'Iran. Et bien sûr il reconstituerait rapidement ses forces pour la poursuite de son projet génocidaire. La demande de Sarkozy aboutirait en réalité à retenir le bras d'Israël et à préserver les capacités de nuisance du Hamas, au grand dam d'Israël, des principaux pays arabes et du camp de Mahmoud Abbas. Ce serait aussi la garantie de guerres permanentes. Beau résultat pour le Hamas, pas pour la stabilité de la région.

Si l'on quitte un instant la pusillanimité pour aborder sérieusement les solutions véritables au défi actuel, il faut remplir des conditions de forme et des conditions de fond.

Sur la forme, il faut d'abord du silence, du secret, du travail de fond, loin des sunlights et des caméras, ce qui semble répugner au président français. Rappelons que les accords d'Oslo, sans doute un grand échec mais ils ont eu des effets diplomatiques, avaient été précédés par une longue phase totalement secrète, en tout petit comité. Par contre Annapolis qui n'a abouti à rien était un show politico-diplomatique américain, avec une multitude de participants inutiles.

  C'est cette voie du travail sérieux qu'empruntent en ce moment les Américains, stupidement accusés d'être absents pour cause de transition politique. Bien au contraire, ils sont très présents, le plus loin possible des caméras, et ils posent les questions de fond, seconde condition d'un travail fructueux. Si l'on veut aujourd'hui un cessez-le-feu qui aille vraiment dans le sens de la paix et non de l'aggravation du conflit, il faut soit éradiquer le Hamas, soit lui enlever tout moyen de s'armer. Il faut donc rompre définitivement ses lignes d'approvisionnement, couper la jugulaire qui le relie à l'Égypte pour son armement. Ce serait l'équivalent d'une castration que l'on imposerait à un psychopathe récidiviste, rebelle à tout traitement. Sous l'égide des Américains, des négociations sont en cours pour exploiter cette piste, très complexe à mettre véritablement en œuvre.

Malheureusement, Sarkozy est allé au Proche Orient avec une proposition vide de sens, sans contenu opérationnalisable, une attitude bling bling de plus, qui n'a pas rehaussé le prestige de la France. On l'accueille partout très poliment comme un personnage un peu excentrique, pour rire ensuite dans son dos. N'a-t-il vraiment rien d'autre à faire de ses journées se demandaient hier les Israéliens ?

Justement ! Pendant que le président voyage et donne le "la" aux média avec ses dénonciations tonitruantes des initiatives de survie d'Israël, une propagande anti israélienne ravageuse sévit dans le pays, tellement tenté de rejeter les juifs par la conjonction de sa tradition antisémite, d'une extrême gauche maladivement antisioniste et des courants proches des Frères Musulmans de plus en plus nombreux dans les populations arabo-musulmanes. Sur le territoire de la démocratie française, c'est la démocratie sœur israélienne qui est accusée et salie, du sommet de l'état jusqu'à la plupart des média influents, alors qu'elle fait face à un mouvement officiellement terroriste et ouvertement génocidaire. On donne la même légitimité morale, la même fiabilité, à ceux qui reçoivent des fusées et à ceux qui ont juré dans leur Charte, l'élimination des Juifs jusqu'au dernier pour la gloire de l'Islam. Et les accusations, nourries par les images de la propagande du Hamas complaisamment relayées, sont les images traditionnelles des accusations immémoriales portées contre les Juifs, le meurtre des enfants ou des femmes, l'amour du sang, la responsabilité des guerres. Tout comme les micros trottoirs passés en boucle par les radios, quand leurs correspondants sur le terrain donnent la parole à des Palestiniens bien choisis, qui confirment avec des paroles d'une sincérité touchante, l'éternelle inhumanité des juifs.

Comment éviter que le climat ainsi créé dégage aujourd'hui des senteurs de pogrom ? Ce genre de saveur émanait déjà de la manifestation tenue samedi à Paris, il suffit de regarder le reportage réalisé par OummaTV pour la circonstance (3). Et le 5 janvier, jour de l'arrivée du président au Proche Orient, une voiture bélier en flammes était projetée contre une synagogue à Toulouse, tandis qu'une seconde, remplie de cocktails Molotov attendait à proximité. Le président a du travail, aujourd'hui, pour réconcilier la France avec ses fondements moraux et politiques, même si aucune caméra ne le projettera pour cela sous les paillettes des réseaux internationaux de télévision.

Publié dans FRANCE

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