LES LIMITES DES PALESTINIENS " MODERES "

Publié le par shlomo

L'attitude retorse d'Abbas et de son équipe illustre les limites des Palestiniens 'modérés'
Jean-Pierre Bensimon, le responsable du site Objectif-info, nous livre ici son diagnostic sur ce qu'il conviendrait de faire pour que la conférence des pays donateurs, qui va s'ouvrir demain à Paris, ne consiste pas seulement à donner des fonds à l'Autorité palestinienne sans être en mesure d'en contrôler étroitement la destination réelle, mais soit l'occasion, pour ces pays, de faire pression sur les dirigeants palestiniens pour qu'ils mettent un terme définitif au terrorisme palestinien, au lieu de répéter sans cesse qu'il est le résultat de l'occupation israélienne. Une brève analyse, claire et chirurgicale, comme celles dont Bensimon est coutumier. (Menahem Macina).
 

16 décembre 2007

 

Sur le site d’Objectif-Info.

 

 

Une conférence de pays donateurs s'ouvre à Paris, ce lundi. Il s'agit de réunir des fonds au bénéfice des Palestiniens. Ces derniers ont fixé, cette fois-ci, la barre très haut. Ils réclament 5,6 milliards d'euros pour leur plan de trois ans, avant tout pour combler les déficits accumulés et payer une nuée de fonctionnaires, généralement des membres des services de sécurité. Moins du tiers des sommes demandées devrait aller à des projets de développement.

Et voilà qu'avant la tenue de la conférence, les fameux modérés, Mahmoud Abbas en personne, et son premier ministre Salam Fayyad, se sont livrés à des manœuvres qui devraient alerter les futurs donateurs.

Ils ont multiplié les déclarations imputant à Israël la paralysie économique des Territoires. Selon eux, sans évolution de la situation sur le terrain, l'aide financière serait largement inutile et la conférence sans grande portée. A les entendre, si les restrictions imposées aux Palestiniens ne sont pas supprimées, ce sera la suffocation économique, la généralisation de la pauvreté et une prime à l'extrémisme. Ils exigent la levée des barrages en Cisjordanie et la fin du bouclage de la Bande de Gaza. Ils demandent donc aux pays donateurs de jouer d'abord un rôle politique, c'est-à-dire d'exercer des pressions redoublées sur Israël.

Il est vrai que les restrictions à la circulation ne sont pas très favorables à l'activité économique. Mais les barrages sont rendus nécessaires par l'activité des milices armées. Sans milices, sans risques d'attentat ou d'enlèvement, pas de barrages. Il revenait justement à Mahmoud Abbas, au moins depuis son élection à la présidence de l'Autorité palestinienne en 2005, de démanteler les structures terroristes.

Et il n'a rien fait, sans vergogne, prétendant qu'il voulait éviter la "guerre civile". Le déficit financier de son "Autorité" est lié aux salaires d'un nombre impressionnant de fonctionnaires, en fait souvent des membres des "services de sécurité". Que font ces "services" de leurs journées ? Quand Israël a voulu remettre les opérations de maintien de l'ordre à Naplouse, à Mahmoud Abbas, celui-ci n'est pas parvenu à trouver 500 policiers pour faire ce travail. Il en a réuni 300 après bien des atermoiements. Par contre, quand Ehoud Olmert s'est rendu à Jéricho au mois d'août pour une rencontre au sommet, un groupe appartenant aux services de sécurité palestiniens a préparé un attentat. Les services israéliens ont déjoué l'entreprise et communiqué à Abbas l'identité du groupe qui a été arrêté, puis relâché en catimini, quelques semaines plus tard. A la fin du mois de novembre, un Israélien père de deux jeunes enfants, Ido Zoldan, a été assassiné par balles en Cisjordanie. Les trois agresseurs étaient membres de la police palestinienne. L'Autorité palestinienne "baigne" littéralement dans le terrorisme, et son chef demande à Israël de baisser la garde. Quel but poursuit-il ?   

Le "modéré" Abbas ose demander la "levée du bouclage de Gaza". Ne sait-il pas que les missiles tirés depuis Gaza pleuvent sur Israël ? Deux mille Kassam, obus et mortiers depuis le début de l'année. Ne sait-il pas que, tous les jours, des tunnels sont creusés par les milices pour lancer des opérations commando ? Cette situation contraint, bien sûr, Israël à assurer l'étanchéité de sa frontière. C'est le minimum que l'on puisse demander à un Etat. C'est aussi ce que font les Égyptiens le long de la ligne Philadelphie, au sud. N'est-il pas dans les fonctions de Mahmoud Abbas d'assurer l'ordre dans les Territoires et l'absence d'attaques contre Israël, aux termes des accords d'Oslo ? Il disposait, à Gaza, de forces très importantes payées par l'aide internationale et en partie armées par les Américains. Mais, à la première alerte, ses chefs ont décampé, laissant les troupes fidèles à la hache du Hamas et les armes à ses entrepôts.

Le problème est effectivement politique et non économique. Tant que les milices palestiniennes ne seront pas démantelées, aucun progrès du niveau de vie du petit peuple ne sera possible. L'expérience a montré que les tentatives d'implantation d'activités économiques dans les territoires aboutissaient toujours à un échec, du fait des clans armés. Dans les années 90, Stef Wertheimer, un richissime homme d'affaires israélien voulut créer un parc industriel à Rafah (au sud de Gaza). Les hommes d'Arafat, qui ne parvenaient pas à le mettre sous leur coupe, y mirent le feu. D'autres investisseurs tentèrent l'expérience de grands centres commerciaux entre 1995 et 2000, à Tulkarem et à Kalkilya. Les Palestiniens décidèrent qu'ils étaient trop près de la frontière pour en prendre le contrôle, et ce fut l'échec. Aujourd'hui ils proposent la création d'un parc à Tarkumiya, près des collines d'Hébron. Ils veulent y créer des emplois pour les Gazaouis et réclament un libre passage à travers Israël. Comment Israël accepterait-il un libre passage qui ouvrirait les portes de la Judée et de la Samarie au Hamas et au Djihad islamique ? La demande sonne comme une complaisance pour les milices islamistes de Gaza et non comme une opposition au terrorisme.

En réalité, un développement économique ne s'improvise pas de l'extérieur. La condition d'un développement palestinien c'est le renforcement d'une classe moyenne productive. Pour qu'elle joue son rôle productif, il faut lui assurer la sécurité. Or, cette classe émigre, aujourd'hui, justement parce que sa sécurité est compromise par les milices mafieuses qu'Abbas a laissées prospérer. Le démantèlement des structures terroristes, prescrit dès la première phase de la Feuille de route, n'est pas seulement la condition de la sécurité d'Israël, c'est aussi la condition de la sécurité des Palestiniens et de l'élévation de leur niveau de vie. Non seulement Abbas a joué au président absent, mais voilà que ses collaborateurs promettent de s'allier au Hamas si Israël lançait une opération à Gaza pour sécuriser sa frontière et ses habitants durement touchés. Les "modérés" sont donc prêts à s'associer au Hamas, c’est-à-dire à protéger, et non à démanteler, les structures terroristes. Le problème politique est là, nulle part ailleurs, et les donateurs devraient en avoir conscience.

Les Occidentaux - avant tout, les Américains - font le calcul qu'avec de l'argent et un peu de bien-être économique, le petit peuple palestinien préférera les modérés d'Abbas aux fondamentalistes de Haniyeh. Or, la condition première de ce bien-être, le résultat qui conditionne tous les autres, c'est l'éradication des terroristes, qu'ils soient laïcs et corrompus, ou islamistes et fanatiques. C'est sur cette question, et non sur ses déclarations, qu'il faut évaluer la capacité de Mahmoud Abbas à sortir les Palestiniens de l'impasse. C'est en vain que l'on attend de lui le moindre signe positif. Au lendemain de la conférence d'Annapolis, la TV Palestinienne montrait une carte aux couleurs palestiniennes d'où Israël était rayé. La veille, la radio palestinienne officielle "Ramadan" qualifiait les années 40 d'Hitler "d'années d'or", et sa défaite et sa mort, de "fin amère". Le surlendemain, avant de se rendre à Riyad, Abbas renouvelait son refus de reconnaître la judéité d'Israël.

David Martinon, le porte-parole de l'Élysée l'a souligné, il ne s'agit pas de secourir les "Territoires" mais de financer l'édification de "l'État palestinien". Dans la foulée de la Conférence d'Annapolis du 27 novembre, c'est "l'État palestinien" qui est à l'ordre du jour diplomatique. L'intention est excellente, mais David Martinon n'a pas indiqué selon quelle formule, de l'argent, beaucoup d'argent semble-t-il, se transmute en construction d'un nouvel Etat pacifique. D'autant que l'on a déjà transféré des fonds dans les Territoires depuis Oslo, beaucoup de fonds. Au point que les Palestiniens sont, de beaucoup, les premiers bénéficiaires de l'aide internationale. Que sont devenus ces financements ? D'un côté, ils ont permis l'entretien, l'armement et les activités d'innombrables milices et services de sécurité, impliqués dans le terrorisme ; de l'autre, ils ont alimenté un système de corruption dont l'ampleur confère un second record du monde aux Palestiniens. Ce n'est pas le petit peuple qui s'est ainsi enrichi, mais une aristocratie locale, activiste et terroriste jusqu'au bout des ongles. David Martinon ne nous a pas dit ce qu'il comptait faire pour éviter la répétition de ce processus lamentable. La situation financière de la France justifie la prudence, et même la parcimonie. Elle nécessite que l'on s'assure que les fonds iront bien à la paix et pas à la guerre. L'équipe des Palestiniens dits "modérés", autour de Abbas, n'inspire vraiment pas confiance, et la manœuvre politique visant à mettre au compte d’Israël le "mal" palestinien et non au compte de l'incurie du leadership palestinien, est un très mauvais signe.

 

Jean-Pierre Bensimon

 

© Objectif-Info

 

Mis en ligne le 16 décembre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org

Publié dans ISRAEL

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